Chabane Ouahioune :
« La fraternité a nourri mon écriture »
Entretien réalisé par la R.M.
Né le 22 avril 1922 à Tassaft Ouguemoune (wilaya Tizi-Ouzou), Chabane Ouahioune, juriste de formation, a marqué les années 1980 par la publication de nombreux romans édités à la SNED : La maison au bout des champs (1979) son premier roman suivi de Les conquérants du parc rouge, Ce mal des siècles, Tiferzizwit ou le parfum de la mélisse… etc.
Vous avez marqué la décennie 1970-1980 par la publication de plusieurs romans et les années 1990 par des chroniques de presse Lettres de Kabylie. Après cette période prolifique, vous vous êtes tu. Pourquoi ?
Chabane Ouahioune : Les raisons de mon silence sont multiples. En premier lieu, une grave maladie cardiaque de mon épouse m'affecte beaucoup, m'oblige à rester auprès d'elle pour la soutenir, prévenir ses crises et souvent la faire soigner d'urgence ici ou en France. Cette impossibilité de me déplacer a restreint mes contacts avec le monde des écrivains et journalistes. Ne vivant plus cette ambiance nécessaire, j'ai perdu petit à petit le goût et l'envie d'écrire. L'insécurité des routes et des villes m'empêche, même quand je peux confier mon épouse à des proches dévoués, de me déplacer assez souvent pour continuer à renouer avec l'écriture. Des difficultés, dissensions et mésententes ont opposé des organismes qui détiennent certains pouvoirs aux écrivains et journalistes. Ces désaccords, et quelques fois disputes, m'ont affecté et choqué au point que j'ai décidé de m'en tenir le plus loin possible, donc de cesser d'écrire. Car, partisan de l'entente et de l'union des Algériens, je m'efforce de rester franc, un « saheb lehna », un ami de la paix ou tranquillité. Je me sens ulcéré par certains excès dans le dialogue autorités-journalistes et écrivains, au point que si j'écrivais encore, je ne pourrais m'empêcher de déverser mon fiel à mon tour ; ce qui aggraverait les problèmes et m'attirerait des ennuis que mon âge avancé ne me permettrait peut-être pas de supporter ou d'affronter dignement. La fatigue provenant de l'âge est une réalité. Il arrive un moment où tous les ressorts s'affaiblissent, où la mémoire défaille (j'ai 84 ans). De plus, à cet âge très avancé, on pense en avoir fini avec tout, on devient pessimiste et l'on se dit : « A quoi bon écrire ? Cela ne servira à rien.» Les querelles politiques s'étant exacerbées, j'ai la certitude que, quoi que j'écrive, même en tachant de rester prudent et modéré, je ne pourrai éviter de heurter certains esprits, de les mécontenter et de m'attirer leur colère.
Peut-on dire que Tiferzizwit ou le parfum de la Mélisse est votre principal roman ?
Ma réponse dépend de ce que vous entendez par « principal » Si vous assimilez cet adjectif à « important » ou à « meilleur », je répondrai non. Si par « principal » vous affirmez que c'est ce livre qui me tient à cœur, je répondrai oui. Ce roman, je l'ai pensé et écrit dans mon cœur, à chaud, au cœur de la guerre d'Algérie que j'ai entièrement vécue dans mon village, qui est celui du glorieux Colonel Amirouche. Ce roman, c'est donc notre guerre vécue sur ses lieux de déroulement, vue de l'intérieur de la Kabylie et « du dedans des esprits », non de loin ou par l'intermédiaire de journaux ou de récits postérieurs plus au moins fantaisistes. Ayant vécu au cœur de la tourmente, j'ai pu observer mes compatriotes, surtout les humbles, noter leurs misères et bonheur, sentir leurs émotions, mesurer leur révolte, leurs combats, leurs lassitudes et déprimes, leurs espérances et sursauts ; j'ai pu admirer et noter leur cohésion inébranlable et surtout leur courage et leur simplicité, plutôt, leur « courage dans la simplicité » exempt de gloriole, dont j'ai parlé ailleurs, et qui est chose rare. Je me suis délecté à voir travailler, agir et
combattre les êtres les plus faibles en apparence, les plus frustrés. Hand, le vieux berger, Driss et Maha, deux jeunes anonymes, se révélaient des guerriers accomplis, modulables et admirables. Ce livre, je l'ai écrit avec le désir de montrer le vrai visage de la Kabylie, cette région montagneuse, boisée et herbue qui embaume en toutes saisons. Son parfum dominant ne peut être pour moi, fils du Djurdjura, que le plus précieux, celui de la mélisse ou citronnelle appelée Tiferzizwith pour deux raisons : d'abord parce qu'elle est appréciée par les abeilles ; ensuite parce que ses feuilles ont des nervures qui les font ressembler aux ailes des abeilles. Donc cette œuvre est mon chant d'amour offert à ma région natale, la Kabylie, partie remarquable de ma patrie l'Algérie.
Ce texte, l'avez-vous conçu comme un roman écologique ? Dans lequel vous vous faites le chantre des sources et des paysans ?
Oui et non. L'écologie est une science qui étudie les milieux où vivent et se regroupent les êtres vivants ainsi que les rapports de ces êtres avec le milieu. Or, la science, c'est l'érudition et la précision. Mon roman est loin d'être une œuvre scientifique. En revanche, il est malaisé, sinon impossible, dans un roman isolé, de choisir un thème principal ou unique qui se détache nettement et totalement de l'environnement. Tout se tient et s'entre- pénètre dans l'existence. Dans mon œuvre Thiferzizwith… je me suis attaché à décrire un genre de vie (la vie rurale), à rapporter des qualités humaines (travail, sagesse, courage…), à décrire des aspects plaisants, des composantes prenantes de la nature, mais sur le mode poétique, sans insister sur leur rôle écologique. J'ai voulu qu'on y trouve surtout une « sociologie » élargie où l'on rencontre l'ethnographie, la démographie, et puisque vous le voulez, l'écologie. Cela, uniquement dans son aspect poétique qui nous émeut et nous fait aimer intensément notre environnement, pour moi la Kabylie, exalter la beauté et la richesse des paysages dans toutes mes œuvres qui la concernent.
Peut-on établir une similitude entre « La maison au bout des champs » et l'écriture de Jean Giono dans Regain, Colline... romans qui développent le rapport entre l'homme et la nature…
Oui. J'ai souvent lu Giono, et peut-être suis-je imprégné, inconsciemment de son esprit. Cependant, le titre La maison au bout des champs a un caractère symbolique. Celui de la maison isolée, au bout du village, que l'on ne voit pas souvent mais qui a une grande importance. C'est celle d'une famille pauvre, ignorée par les riches, mais qui vit dans la propreté, le courage et le dévouement qui la rendent en réalité très respectable, plus que celles des nantis, peut être. J'ai démontré en rapportant des faits très proches de la vérité que cette humble maison, quoique peu considérée, voire négligée par les autres, a joué un rôle admirable et honorable dans notre lutte. Ainsi, en plus des rapports de l'homme avec la nature, il faut y lire la gloire patriotique des petites communautés et des humbles.
Les conquérants du parc rouge, Ce mal des siècles se basent sur des événements vécus dans l'émigration à peine transposés pour les besoins de la fiction littéraire. Avez-vous vécu cette émigration ? Comment cette réalité a-t-elle nourri votre écriture?
J'ai effectivement vécu tout près de l' Hôtel du Parc Rouge dont je connaissais et rencontrais quelques clients dans leurs chambres. Ces derniers me renseignaient sur leur existence ; ce qui rend les récits très proches de la vérité. C'est donc ainsi que j'ai vécu l'émigration, mais en marge des points et des moments « chauds », puisque ma formation intellectuelle, ma domiciliation et mes préoccupations m'éloignaient de la véritable existence des exilés. Les événements qui se déroulaient au Parc Rouge, quoiqu'un peu loin de moi, me touchaient, car il s'agissait d'épreuves ou de joies éprouvées par des Algériens, par mes frères, et quelques Africains. C'est pourquoi, j'ai voulu les consigner noir sur blanc pour édifier ceux qui les ignorent et en préserver le souvenir. C'est la fraternité qui a nourri mon écriture.
N'y a-t-il pas un côté moral dans vos romans ? D'un côté, les « bons » et les « mauvais » ; de l'autre, vous considérez que les vraies valeurs se trouvent du côté de la tradition et de la fidélité aux ancêtres. Cela tient-il de votre formation de juriste ?
Ma formation de juriste n'intervient en rien dans mes propos et mes œuvres. Nos ancêtres n'étaient pas nécessairement meilleurs que nos contemporains. Il faut que la morale et les valeurs ne restent pas statiques dans le temps. Ce que l'on estime un bien à un moment peut s'avérer un mal à un autre et réciproquement. Les conditions de vie changent et même sont sujettes à ces bouleversements ; alors, forcément, les valeurs le sont aussi. Ce qui pouvait être utile à nos ancêtres peut bien nous être nocif. Mais il reste des socles immuables auxquels nous avons tendance à ne pas donner autant de valeur que nos anciens : la fraternité, la justice, la droiture, la solidarité, la patience, la miséricorde, la discipline, le dévouement…Cela dit, il reste certain qu'il a toujours existé des « bons » et des « mauvais », et qu'il est nécessaire de les séparer, même en risquant de passer pour un moralisateur prétentieux et féru de soi-même. Personnellement, je ne suis pas irréprochable mais je ne crains de dénoncer les mauvais.
Votre écriture est qualifiée de « simple et lisible pour tous » Partagez-vous cet avis ?
Oui. Mon écriture est volontairement simple. Je pense qu'un roman est destiné à reposer l'esprit, à le décongestionner, surtout à notre époque où le stress nous malmène constamment. On doit trouver du plaisir à lire. Donc, je m'exprime le plus normalement du monde sciemment, pour ne pas lasser le lecteur, le faire suer et l'obliger à consulter le dictionnaire à toutes les pages. De plus, je m'adresse à la majorité de gens simples, modérément instruits et non à nos rares savants qui n'ont nul besoin de mes lumières. J'écris tout net, en évitant toute recherche d'effet littéraire. La littérature, il est vrai, suppose des expressions d'érudits, des styles étudiés et une élaboration complexe des textes. Elle ne peut viser qu'une minorité de grands intellectuels. Ce qui n'est pas mon désir. Mon but est de toucher la masse de mes compatriotes en exprimant ce qui a façonné notre personnalité algérienne, notre cœur et notre âme. Si on exprime les choses simples de la vie, avec l'esprit littéraire, on les déforme nécessairement ; on détruit leur authenticité et leur saveur. Ces vérités échappent à beaucoup de censeurs littéraires.
Dans les anthologies consacrées à la littérature algérienne, vous êtes classé parmi d'autres auteurs sous la rubrique Les écrivains du terroir…
Certes, je suis, jusqu'à un certain point, et dans certaines de mes œuvres, un écrivain du terroir. Mais cela ne m'amoindrit en rien. On ne démérite pas à se pencher sur le terroir. Au contraire, il excite la curiosité et l'intérêt de nombre de lecteurs. Mais je ne suis pas que cela. J'ai écrit au sujet des Hauts Plateaux. Là où je traite du terroir, je veille à évoquer les « vues extérieures » qui ne concernent pas uniquement un seul coin de terre. La démographie ne saurait tenir dans le seul terroir, ni la sociologie, ni la philosophie que mes œuvres évoquent amplement. Par ailleurs, Ce mal des siècles écrit à l'étranger et relatant des événements ayant eu pour théâtre un pays étranger, loin de la Kabylie et de l'Algérie, ne peut être considéré comme une œuvre du terroir. J'y ai disséqué le racisme, mal de tous les temps et de tous les pays. Les conquérants du Parc Rouge décrit des quartiers de la région parisienne et rapporte des faits qui s'y sont déroulés. On y est loin du terroir. Il en est de même pour Itinéraires brûlants qui brosse les luttes de fidaïs dans la région de Dellys, comme j'ai évoqué d'autres luttes en d'autres lieux. Et la guerre d'Algérie, d'envergure internationale, ne relève pas du simple terroir. Sans vouloir vexer personne, j'affirme que la plupart des auteurs d'anthologies ne sont pas restés objectifs. Dans leurs appréciations, on trouve des relents d'influences politiques et ethniques. Je suis bien placé pour exprimer cette affirmation car, en ma qualité de lecteur-correcteur à la SNED, j'ai lu bon nombre de livres et j'ai constaté que certaines anthologies ne les jugent pas à leur valeur réelle. J'ai même réécrit certaines oeuvres (ce que l'on ne sait pas) sur la demande de leurs auteurs, et l'on en dit beaucoup de bien. Pour ma part, j'ai écrit librement, en toute indépendance et bonne foi, sans chercher à nuire à personne, à combler les désirs, ni à suivre les conseils de quiconque. Je n'ai jamais sollicité l'aide ni l'avis de quelqu'un. C'est pourquoi, on ne parle pas beaucoup de mes travaux.
Vos romans n'ont pas été réédités pourquoi ? Envisagez-vous une réédition ?
La disparition de l'ENAL, mon premier éditeur, a rendu difficile toute réimpression. Les offres qui m'ont été soumises par d'autres organismes ne m'ont pas intéressé. Comme je ne voyage plus pour des raisons que j'ai déjà exposées, j'ai perdu contact avec les Editions. De plus, l'Edition a été très perturbée par l'influence de tendances politiques des écrivains. Ce qui me chagrine et m'enlève l'envie de me faire rééditer.
Vos chroniques Lettre de Kabylie constituent-elles un prolongement de votre œuvre romanesque ?
Oui. Elles ont le même caractère que mes livres : terroir, quelques fois même folklore, mais aussi beaucoup d'universalité et universalisme. Nul lecteur, de bonne foi, ne peut me cantonner ou me cloîtrer dans ma seule Kabylie. Ces piges que je choisissais librement m'ont permis de préciser, de compléter, de renforcer (sans le dire) certains passages de mes livres où je ne pouvais trop insister sans nuire au suivi de mon texte. Ainsi, j'ai pu présenter des personnages curieux et sérieux (Bouzid- Malika des sources), décrire des scènes de fêtes, exposer des pensées intimes, expliquer des mots de philosophes et de grands hommes (Marc Aurèle et autres). J'y ai développé des adages de chez nous. J'ai pu y décrire longuement des sites entrevus dans mes œuvres : « Mon ruisseau », « L'olivier bossu » « La route de Granite », « nos frères », « Le mensonge de l'étoile », « Billet de retour »… Bref, ces chroniques m'ont permis de prospecter librement, presque de façon anarchique, les recoins des cœurs des hommes, les remous de leur conscience, la variété des splendeurs naturelles. Elles m'ont permis aussi de vagabonder à travers les siècles pour y puiser des vérités éternelles et des errements humains tout aussi éternels. J'ai tenu, de plus, à retrouver des exemples de grandes qualités des hommes : noblesse, courage, compassion … Cette diversité reposait les esprits et excitait la curiosité.
publié par Chabane OUAHIOUNE dans: Culture
Mohamed Iguerbouchen
Il est né en 1907, à Aït-Ouchen (commune des Aghribs) dans la Grande Kabylie. Âgé de 17 ans, il suivit des cours de musique et, déjà, il se sentit imprégné de la noblesse de cet art. En 1923, il s'embarqua pour l'Angleterre. Comment ? tout simplement parce que les sons mélodieux qu'il improvisait sur sa flutte de "petit berger" avaient vibré dans le coeur d'un riche Écossais, qui possédait des domaines dans le Cherchellois, qui décida un jour d'embarquer avec lui ce jeune musicien plein de promesses. Et puis, les chants de ce jeune kabyle ne lui rappelaient-ils pas les "lochs" de sa patrie ?
Reçu avec beaucoup de plaisir dans la famille de son protecteur, le petit Iguerbouchen fut ébloui par ce cadre grandiose et merveilleux. Ceci doubla son courage et il se promit de faire honneur à sa "Kabylie". C'est avec le professeur Livingson, de la Royal Academy of Music, qu'il apprit la théorie musicale et aborda les études de l'harmonie.
De l'Angleterre à l'Autriche A son intelligence développé et à son travail des plus assidus vint s'ajouter la "chance". En effet, M. Fraser Ross, qui possédait des terres de chasse en Autriche, l'emmena à Vienne, où il continua ses études d'harmonie et de contrepoint avec le professeur Alfred Grunfeld. Nul ne pouvait plus douter de ses talents puisque, en 1925, alors qu'il n'avait que 18 ans, le jeune Mohamed donna un concert à Bregenz, sur le lac de Constance, où il exécuta ses magnifiques oeuvres parmi lesquelles deux rapsodies mauresques sur des thèmes spécifiquement algériens, qui furent très appréciées. Après trois années d'études, M. Iguerbouchen, nanti de plusieurs diplômes, revint revoir ses parents à Alger. Il ne devait pas y séjourner longtemps. Ses talents avaient été appréciés un peu partout à travers le monde, et en particulier d'une firme importante de films en coproduction qui le chargea de composer une partition musicale pour un film intitulé "Aziza". Cela devait être pour lui le début d'une ascension vertigineuse dans le domaine des films.
Aux merveilleuses symphonies succède la musique de films De 1930 à 1934, M. Iguerbouchen se consacra à la composition d'oeuvres symphoniques. Il dut bientôt y renoncer pour composer la musique d'un court métrage sur la casbah, intitulé "Dzaïr". Ce film ne manqua pas d'attirer l'attention de certains producteurs. M. Duvivier lui demanda son concours musical pour réaliser le célèbre film "Pépé le Moko". En 1934, après avoir subi un examen, M. Iguerbouchen fut admis à la Société des auteurs et compositeurs de musique comme auteur et compositeur et, dans la même année, comme membre de la Société des auteurs dramatiques. N'est-ce pas là un succès digne d'être cité ? Après la musique de "Pépé le Moko", il écrivit, en 1937 la partition sur le film en couleur "Terre idéale" sur la Tunisie.
Le faux russe Igor BOUCHEN L'année suivante, en 1938, M. Iguerbouchen découvrit à Paris un chanteur qui devait faire parler de lui : Salim Halali, bien connu aujourd'hui dans le monde musical arabe. Après l'avoir formé, il lui fit enregistrer un cinquantaine de chansons dont la popularité fut sans limites. Une vingtaine d'autres, mais celle-ci kabyles, devaient allonger son répertoire. Dans le courant de cette même année, M. André Sarrouy réalisa le célèbre film "Kaddour à Paris". Cette fois-ci encore, M. Iguerbouchen en composa la musique dont le succès devait surpasser les autres œuvres, à tel point qu'il attira... les anglais. En effet, à cette époque, la Metro-Goldwin devait l'inviter à Londres pour la première diffusion du film "Casbah", version américaine de "Pépé le Moko". Cette fois-ci encore, le succès fut incontestable. La BBC l'invita à diriger une de ses oeuvres symphoniques. Il présenta la "3e Rapsodie mauresque" pour grand orchestre symphonique. Cette interprétation déchaîna le public anglais qui ne croyait plus à un musicien kabyle, mais à un "russe". C'est alors que M. Mohamed Iguerbouchen devint M. "Igor Bouchen".
On l'apprécie, aux 4 coins du monde Chargé de la direction musicale de Paris Mondial, au début de 1940, M. Iguerbouchen devait ensuite composer une vingtaine de court-métrage pour la firme Jean Mercier : "Eaux vives", "Glaciers", "Le plus bel homme du monde", etc... et les film de Georges Letourneur de Marçay : "Doigt de Lumière", "L'Empire au service de la France", "Les Hommes bleus", etc. Comme les jours succèdent aux jours, les chansons succèdent aux symphonies, les films aux symphonies et les mélodies aux films. C'est ainsi que notre compatriote devait composer, au début de 1945, une centaine de mélodies d'après les poèmes des "Milles et Une Nuits", de Rabindranath Tagore. Dès la Libération, M. Iguerbouchen reprit ses activités musicales, malgré les innombrables difficultés créées par les événements. Il écrivit la musique du film populaire "Fort de la Solitude", ainsi que "Ecole foraine", de Gina Manès, et "Renégate", de Jacques Severac. Au cours de cette même année, il fut nommé sociétaire définif de la Société des auteurs et compositeur de musique. Il fut chargé par M. François Mitterrand, alors ministre de l'information, de créer la chaîne kabyle.
Mélodies et symphonies populaires L'infatigable M. Iguerbouchen ne se donna aucun répit. A la dernière note de la composition de son dernier film, il reprit le vaste champ des symphonies. Il composa alors "Kabyliya", symphonie pour orchestre symphonique, "Saraswati", poème symphonique ; "Danse devant la mort", ballet, et deux rapsodies kabyle pour grand orchestre. Une quarantaine d'émissions littéraires originale d'une durée de trente minutes intitulées "Chants d'amour de l'Islam", furent diffusées sur la chaîne Paris-Inter, ainsi qu'une quarantaine d'autres, sous le titre de "Cabarets d'orient".
Un ballet pour le roi du Maroc Le travail assidu et organisé de notre musicien kabyle ne laisse indifférent M. Si Kaddour Benghabrit, ministre plénipotentiaire, qui le sollicita à composer la musique d'un ballet. Celui-ci, intitulé "Ferrier Orientaler", fut réalisé à la télévision de Paris. Max de Rieux et Iguerbouchen, pour la musique, réalisèrent une autre oeuvre intitulée "La mort d'Abou Nouas et de Salama, son épouse". Après la composition d'une cinquantaine de chansons kabyles pour son élève Farid Ali, il réalisa un poème symphonique pour grand orchestre. Quatre-vingts musiciens interprétèrent ce poème intitulé "Minuit à Grenoble", qui fut dédié au Roi du Maroc. En 1953, ce fut la création du concerto pour piano et grand orchestre symphonique "la Rapsodie algérienne", qui remporta un grand succès.
Un film réalisé au coeur d'Alger Harcelé par les innombrables demandes de participation, M. Iguerbouchen dut en repousser une énorme partie et opta pour le grand film "Maria Pilar", réalisé par Pierre Cardinal et qui est devenu "Au coeur de la Casbah". Venue spécialement de Paris pour la présentation de ce film, dont la vedette fut Viviane Romance, M. Iguerbouchen écrivit ensuite la partition de plusieurs pièces de Théâtre franco-musulman diffusées par la RTF avec le concours de Jacques Bertheaux, de la Comédie-Française. En 1955, six rapsodies kabyles pour orchestre symphonique furent écrites à Alger, ainsi qu'une vingtaine de scénarios pour la télévision : "Sadok le marchand de tapis", "Djouder le pêcheur", "La Sultane de l'amour", etc.
Un glorieux retour à Alger Bien que sollicité par les firmes internationales, dont la MGM, M. Iguerbouchen, envahi par l'amour de son pays, a préféré se joindre à ses compatriotes afin de leur imprégner l'art qu'il avait conquis à travers le monde musical. C'est ainsi, qu'en 1956 il débuta comme chef d'orchestre aux ELAK (émission de langues arabe et kabyle) ; 165 oeuvres modernes réalisées à la fin de l'année composèrent une synthèse entre la musique orientale et occidentale : mambos, valses, marches, boléros, etc. Succédèrent en suite des mélodies pour la célèbre chanteuse Souleiha, ainsi que des oeuvres orchestrales telles que "Rapsodie concertante", "Fantaisie algérienne", "Concerto pour alto et orchestre", des trios, quatuors pour flûte, luth, quanoun, derbouka... Énumérer les multiples émissions et le nombre toujours croissant des chansons de notre compatriote se résumerait à rédiger une série illimitée de titres. Toutefois, quelques-uns retiennent notre attention puisque le public algérois et même algérien ne les ignore certainement pas : "Les Mille et un aspect de la musique de l'Inde", "Musique et chant populaire à travers le monde" , "Découverte du Sahara", "L'Appel du Sud", "Aventure à Grenade", opérette de Iguerbouchen et Stambouli, poème de Saïd Hayef, Mohamed Réda, "La Chanson du bonheur", "Les Trésors de la musique", "La Pomme d'Adam" et "Mahakma en délire", de Saïd Hayef, etc, etc.
Un amis d'Albert Camus Membre du comité d'honneur de l'Association des journalistes, écrivains et artistes de France et d'Outre-mer, M. Mohamed Iguerbouchen a été formé dans le domaine littéraire, par Albert Camus qui fut, de 1930 à 1934, son intime ami, ensuite par Guillot de Saix, à Paris, et élève du professeur Destaing de l'école de Langues orientales de Paris, de 1939 à 1942 pour les langues berbères : chleuh, chaouia, tamacheq. A ceci s'ajoute un parler très correcte et très normal de l'anglais, l'allemand, l'espagnole et l'arabe. Tout ceci contribue à orner les nombreux prix de musique, dont un premier prix à Vienne.
Après avoir parcouru les multiples étapes de la vie de ce grand artiste qui est Mohamed Iguerbouchen, ce rare et peut-être le seul compositeur musulman ayant une formation musicale classique qui lui permet avec la même aisance de traiter toutes sortes de thèmes d'inspiration occidentale ou spécifiquement folkloriques
Il est né en 1907, à Aït-Ouchen (commune des Aghribs) dans la Grande Kabylie. Âgé de 17 ans, il suivit des cours de musique et, déjà, il se sentit imprégné de la noblesse de cet art. En 1923, il s'embarqua pour l'Angleterre. Comment ? tout simplement parce que les sons mélodieux qu'il improvisait sur sa flutte de "petit berger" avaient vibré dans le coeur d'un riche Écossais, qui possédait des domaines dans le Cherchellois, qui décida un jour d'embarquer avec lui ce jeune musicien plein de promesses. Et puis, les chants de ce jeune kabyle ne lui rappelaient-ils pas les "lochs" de sa patrie ?
Reçu avec beaucoup de plaisir dans la famille de son protecteur, le petit Iguerbouchen fut ébloui par ce cadre grandiose et merveilleux. Ceci doubla son courage et il se promit de faire honneur à sa "Kabylie". C'est avec le professeur Livingson, de la Royal Academy of Music, qu'il apprit la théorie musicale et aborda les études de l'harmonie.
De l'Angleterre à l'Autriche A son intelligence développé et à son travail des plus assidus vint s'ajouter la "chance". En effet, M. Fraser Ross, qui possédait des terres de chasse en Autriche, l'emmena à Vienne, où il continua ses études d'harmonie et de contrepoint avec le professeur Alfred Grunfeld. Nul ne pouvait plus douter de ses talents puisque, en 1925, alors qu'il n'avait que 18 ans, le jeune Mohamed donna un concert à Bregenz, sur le lac de Constance, où il exécuta ses magnifiques oeuvres parmi lesquelles deux rapsodies mauresques sur des thèmes spécifiquement algériens, qui furent très appréciées. Après trois années d'études, M. Iguerbouchen, nanti de plusieurs diplômes, revint revoir ses parents à Alger. Il ne devait pas y séjourner longtemps. Ses talents avaient été appréciés un peu partout à travers le monde, et en particulier d'une firme importante de films en coproduction qui le chargea de composer une partition musicale pour un film intitulé "Aziza". Cela devait être pour lui le début d'une ascension vertigineuse dans le domaine des films.
Aux merveilleuses symphonies succède la musique de films De 1930 à 1934, M. Iguerbouchen se consacra à la composition d'oeuvres symphoniques. Il dut bientôt y renoncer pour composer la musique d'un court métrage sur la casbah, intitulé "Dzaïr". Ce film ne manqua pas d'attirer l'attention de certains producteurs. M. Duvivier lui demanda son concours musical pour réaliser le célèbre film "Pépé le Moko". En 1934, après avoir subi un examen, M. Iguerbouchen fut admis à la Société des auteurs et compositeurs de musique comme auteur et compositeur et, dans la même année, comme membre de la Société des auteurs dramatiques. N'est-ce pas là un succès digne d'être cité ? Après la musique de "Pépé le Moko", il écrivit, en 1937 la partition sur le film en couleur "Terre idéale" sur la Tunisie.
Le faux russe Igor BOUCHEN L'année suivante, en 1938, M. Iguerbouchen découvrit à Paris un chanteur qui devait faire parler de lui : Salim Halali, bien connu aujourd'hui dans le monde musical arabe. Après l'avoir formé, il lui fit enregistrer un cinquantaine de chansons dont la popularité fut sans limites. Une vingtaine d'autres, mais celle-ci kabyles, devaient allonger son répertoire. Dans le courant de cette même année, M. André Sarrouy réalisa le célèbre film "Kaddour à Paris". Cette fois-ci encore, M. Iguerbouchen en composa la musique dont le succès devait surpasser les autres œuvres, à tel point qu'il attira... les anglais. En effet, à cette époque, la Metro-Goldwin devait l'inviter à Londres pour la première diffusion du film "Casbah", version américaine de "Pépé le Moko". Cette fois-ci encore, le succès fut incontestable. La BBC l'invita à diriger une de ses oeuvres symphoniques. Il présenta la "3e Rapsodie mauresque" pour grand orchestre symphonique. Cette interprétation déchaîna le public anglais qui ne croyait plus à un musicien kabyle, mais à un "russe". C'est alors que M. Mohamed Iguerbouchen devint M. "Igor Bouchen".
On l'apprécie, aux 4 coins du monde Chargé de la direction musicale de Paris Mondial, au début de 1940, M. Iguerbouchen devait ensuite composer une vingtaine de court-métrage pour la firme Jean Mercier : "Eaux vives", "Glaciers", "Le plus bel homme du monde", etc... et les film de Georges Letourneur de Marçay : "Doigt de Lumière", "L'Empire au service de la France", "Les Hommes bleus", etc. Comme les jours succèdent aux jours, les chansons succèdent aux symphonies, les films aux symphonies et les mélodies aux films. C'est ainsi que notre compatriote devait composer, au début de 1945, une centaine de mélodies d'après les poèmes des "Milles et Une Nuits", de Rabindranath Tagore. Dès la Libération, M. Iguerbouchen reprit ses activités musicales, malgré les innombrables difficultés créées par les événements. Il écrivit la musique du film populaire "Fort de la Solitude", ainsi que "Ecole foraine", de Gina Manès, et "Renégate", de Jacques Severac. Au cours de cette même année, il fut nommé sociétaire définif de la Société des auteurs et compositeur de musique. Il fut chargé par M. François Mitterrand, alors ministre de l'information, de créer la chaîne kabyle.
Mélodies et symphonies populaires L'infatigable M. Iguerbouchen ne se donna aucun répit. A la dernière note de la composition de son dernier film, il reprit le vaste champ des symphonies. Il composa alors "Kabyliya", symphonie pour orchestre symphonique, "Saraswati", poème symphonique ; "Danse devant la mort", ballet, et deux rapsodies kabyle pour grand orchestre. Une quarantaine d'émissions littéraires originale d'une durée de trente minutes intitulées "Chants d'amour de l'Islam", furent diffusées sur la chaîne Paris-Inter, ainsi qu'une quarantaine d'autres, sous le titre de "Cabarets d'orient".
Un ballet pour le roi du Maroc Le travail assidu et organisé de notre musicien kabyle ne laisse indifférent M. Si Kaddour Benghabrit, ministre plénipotentiaire, qui le sollicita à composer la musique d'un ballet. Celui-ci, intitulé "Ferrier Orientaler", fut réalisé à la télévision de Paris. Max de Rieux et Iguerbouchen, pour la musique, réalisèrent une autre oeuvre intitulée "La mort d'Abou Nouas et de Salama, son épouse". Après la composition d'une cinquantaine de chansons kabyles pour son élève Farid Ali, il réalisa un poème symphonique pour grand orchestre. Quatre-vingts musiciens interprétèrent ce poème intitulé "Minuit à Grenoble", qui fut dédié au Roi du Maroc. En 1953, ce fut la création du concerto pour piano et grand orchestre symphonique "la Rapsodie algérienne", qui remporta un grand succès.
Un film réalisé au coeur d'Alger Harcelé par les innombrables demandes de participation, M. Iguerbouchen dut en repousser une énorme partie et opta pour le grand film "Maria Pilar", réalisé par Pierre Cardinal et qui est devenu "Au coeur de la Casbah". Venue spécialement de Paris pour la présentation de ce film, dont la vedette fut Viviane Romance, M. Iguerbouchen écrivit ensuite la partition de plusieurs pièces de Théâtre franco-musulman diffusées par la RTF avec le concours de Jacques Bertheaux, de la Comédie-Française. En 1955, six rapsodies kabyles pour orchestre symphonique furent écrites à Alger, ainsi qu'une vingtaine de scénarios pour la télévision : "Sadok le marchand de tapis", "Djouder le pêcheur", "La Sultane de l'amour", etc.
Un glorieux retour à Alger Bien que sollicité par les firmes internationales, dont la MGM, M. Iguerbouchen, envahi par l'amour de son pays, a préféré se joindre à ses compatriotes afin de leur imprégner l'art qu'il avait conquis à travers le monde musical. C'est ainsi, qu'en 1956 il débuta comme chef d'orchestre aux ELAK (émission de langues arabe et kabyle) ; 165 oeuvres modernes réalisées à la fin de l'année composèrent une synthèse entre la musique orientale et occidentale : mambos, valses, marches, boléros, etc. Succédèrent en suite des mélodies pour la célèbre chanteuse Souleiha, ainsi que des oeuvres orchestrales telles que "Rapsodie concertante", "Fantaisie algérienne", "Concerto pour alto et orchestre", des trios, quatuors pour flûte, luth, quanoun, derbouka... Énumérer les multiples émissions et le nombre toujours croissant des chansons de notre compatriote se résumerait à rédiger une série illimitée de titres. Toutefois, quelques-uns retiennent notre attention puisque le public algérois et même algérien ne les ignore certainement pas : "Les Mille et un aspect de la musique de l'Inde", "Musique et chant populaire à travers le monde" , "Découverte du Sahara", "L'Appel du Sud", "Aventure à Grenade", opérette de Iguerbouchen et Stambouli, poème de Saïd Hayef, Mohamed Réda, "La Chanson du bonheur", "Les Trésors de la musique", "La Pomme d'Adam" et "Mahakma en délire", de Saïd Hayef, etc, etc.
Un amis d'Albert Camus Membre du comité d'honneur de l'Association des journalistes, écrivains et artistes de France et d'Outre-mer, M. Mohamed Iguerbouchen a été formé dans le domaine littéraire, par Albert Camus qui fut, de 1930 à 1934, son intime ami, ensuite par Guillot de Saix, à Paris, et élève du professeur Destaing de l'école de Langues orientales de Paris, de 1939 à 1942 pour les langues berbères : chleuh, chaouia, tamacheq. A ceci s'ajoute un parler très correcte et très normal de l'anglais, l'allemand, l'espagnole et l'arabe. Tout ceci contribue à orner les nombreux prix de musique, dont un premier prix à Vienne.
Après avoir parcouru les multiples étapes de la vie de ce grand artiste qui est Mohamed Iguerbouchen, ce rare et peut-être le seul compositeur musulman ayant une formation musicale classique qui lui permet avec la même aisance de traiter toutes sortes de thèmes d'inspiration occidentale ou spécifiquement folkloriques
publié par hardeur dans: Culture
Mouloud Mammeri
Mouloud Mammeri est un écrivain, anthropologue et linguiste algérien né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoune (Ath Yenni) en Haute Kabylie, mort en février 1989 dans un accident de voiture près de Aïn Defla à son retour d'un colloque à Oujda (Maroc). Enseignant à Medea puis à Beni Aknoun, il participe à la Guerre d'Algérie.
La chaire de berbère ayant été supprimée en 1962 à l'université d'Alger, il n'assure des cours dans cette langue qu'au gré des autorisations. Il a recueilli et publié les textes du poète kabyle Si Mohand. Entre 1969 et 1980, il dirige le Centre national de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnologiques, (CRAPE). En 1980, c'est l'interdiction d'une de ses conférences qui est à l'origine des événements du Printemps berbère. En 1982, il fonde le Centre d’Études et de Recherches Amazighes, (CER.AM) et la revue Awal (La Parole).
Sommaire
1 Biographie
2 Citation
3 Bibliographie
4 Liens Extèrnes
Biographie
Mobilisé en 1939 et libéré en 1940, il s’inscrit à la Faculté des Lettres d’Alger. Remobilisé après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
A la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de Lettres et rentre en Algérie en Septembre 1947. Il enseigne à Médéa, puis à Ben Aknoun et doit, sous la pression des événements, quitter Alger en 1957.
De 1957 à 1962, il reste au Maroc et rejoint l'Algérie au lendemain de son indépendance. Mouloud MAMMERI dirigea alors le Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques d’Alger (C.R.A.P.E.) jusqu’en 1979 tout en donnant des cours à l’Université d’Alger. Il eut également un passage éphémère à la tête de la première union nationale des écrivains algériens qu’il abandonnera pour discordance de vue et de rôle de l’écrivain dans la société.
Il fut maître de la chaîne de Berbère à l’université d’Alger de 1962 à 1969 où certaines matières telles l’ethnologie et l’anthropologie jugées sciences coloniales durent disparaître des enseignements universitaires. Il anima alors bénévolement des cours de langue Berbère jusqu’en 1973.
En 1982, il fondait à Paris le Centre d’Etudes et de Recherches Amazighes (C.E.R.AM.) et la revue Awal (La parole), comme il animait également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (E.H.E.S.S.). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d’éléments fondamentaux sur la langue et la littérature amazighes.
Mouloud MAMMERI trouva la mort dans un accident de la route près de Aïn Defla le 25 Février 1989 à son retour d’un colloque à Oujda (Maroc).
Citation
Vous me faites le chantre de la culture berbère et c'est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l'enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer.
Réponse de Mouloud Mammeri à propos des donneurs de leçons, texte circulant en Algérie sous forme dactylographiée, avril 1980 (?)
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Bibliographie
Repères bibliographiques et œuvres de l'auteur :
Romans :
« La colline oubliée », Paris, PLON, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Editions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978.
« Le sommeil du juste », Paris , PLON, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Editions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978.
« L’opium et le bâton », Paris, PLON, 1965, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Editions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978.
« La traversée », Paris, PLON, 1982, 2nde édition, Alger, BOUCHENE, 1992.
Nouvelles :
« Ameur des arcades et l’ordre », Paris, 1953, PLON, « La table ronde », N°72.
« Le zèbre », Preuves, Paris, N° 76, Juin 1957, PP. 33-67.
« La meute », Europe, Paris, N°567-568, Juillet-Août 1976.
« L’Hibiscus », Monréal, 1985, Dérives N°49, PP. 67-80.
« Le désert Atavique », Paris, 1981, quotidien LE MONDE du 16 Août 1981.
« Ténéré Atavique », Paris, 1983, Revue Autrement N°05.
« Escales », Alger, 1985, Révolution africaine.
Théâtre :
« Le Foehn ou la preuve par neuf », Paris, PubliSud, 1982, 2nde édition, Paris, pièce jouée à Alger en 1967.
« Le banquet », précédé d’un dossier, la mort absurde des aztèques, Paris, Librairie académique PERRIN, 1973.
« La cité du soleil », sortie en trois tableaux, Alger, 1987, Laphomic, M. MAMMERI : Entretien avec T. DJAOUT, PP. 62-94.
Traduction et critique littéraire :
« Les isefra de Si Mohand ou M’hand », texte berbère et traduction, Paris, Maspéro, 1969.
« Poèmes kabyles anciens », textes berbères et français, Paris, Maspéro, 1980.
« L ‘Ahellil du Gourara », Paris, M.S.H., 1984.
« Yenna-yas Ccix Muhand », Alger, Laphomic, 1989.
« Machaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas.
« Tellem chaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas, 1980.
Grammaire et linguistique :
« Tajerrumt n tmazigt (tantala taqbaylit) », Paris, Maspéro, 1976.
« Précis de grammaire berbère », Paris, Awal, 1988.
« Lexique français-touareg », en collaboration avec J.M. CORTADE, Paris, Arts et métiers graphiques, 1967.
« Amawal Tamazigt-Français et Français-Tamazigt », Imedyazen, Paris, 1980.
« Awal », cahiers d’études berbères, sous la direction de M. MAMMERI, 1985-1989, Paris, Awal
publié par wikipedia dans: Culture
Si Mohand Ou M'Hand
Biographie
Si Mohand Ou M'Hand Ath Hammadouche est né vers 1845 et est mort en 1906 (d'après Boulifa). Si la date de sa mort semble établie, celle de sa naissance est approximative. En effet, l'Etat Civil en Kabylie n'a pas eu d'existence officielle avant 1891. Il naquit donc dans l'ancien village de Chéraïouia où son père Mehand Améziane Ou Hammadouche, originaire de Aguemoun, s'était réfugié pour échapper à une vendetta. Après 1857, le village de Chéraïouia fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen). L'autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 Km au nord, près de Tizi-Rached, qui appartenait à une zaouïa.
En fait, la population s'est répartie, pour une faible part sur ce terrain où naquit la nouvelle Chéraïouia, mais pour la plupart aux alentours de Fort-National.
Les parents de Si Mohand s'installèrent à Akbou, au lieu-dit Sidi-Khelifa. Son oncle paternel, Cheikh Arezki Ou Hammadouche, maître en droit musulman y avait ouvert une zaouïa où un taleb enseignait le Coran, non seulement aux enfants de la famille mais aussi à tous ceux du village. C'est là que Si Mohand commença ses études avant de rejoindre l'importante zaouïa de Sidi Abderrahmane Illoulen (Michelet). La famille était aisée et l'enfance de Si Mohand heureuse.
En 1871, lors de l'insurrection, la famille s'est engagée aux côtés de Cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Le père, Mehand Améziane fut exécuté à Fort-National, l'oncle Arezki déporté en Nouvelle-Calédonie et leurs biens confisqués au profit de l'Etat. La famille ruinée et anéantie se dispersa, la mère se retira dans la nouvelle Chéraïouia avec son jeune fils Méziane et là commença la vie de vagabond de Si Mohand, errant de ville en ville. Son frère aîné Akli s'enfuit à Tunis avec l'essentiel des ressources de la famille.
Si Mohand passa quelque 30 ans d'errance entre la Kabylie et la région de Bône (Annaba) où de nombreux Kabyles travaillaient comme ouvriers agricoles ou comme mineurs. Un autre de ses oncles, Hend N'Aït Saïd , était d'ailleurs installé dans les faubourgs de Bône.
Si Mohand mourrut en 1906 à l'hôpital des Soeurs Blanches de Michelet et fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb.
Liberté 4 avril 2006
Quelle place pour Si Mohand u M’hand dans le programme scolaire ?
“Si Mohand u M’hand, un poète, une œuvre, une société” est le thème d’un colloque qui s’est ouvert, avant-hier, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Organisée par l’association qui porte le nom du poète, la rencontre a vu la participation d’une brochette d’écrivains et d’enseignants universitaires.
Dans une allocution d’ouverture, Ould Ali L’hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, a mis en exergue l’importance que revêt ce genre de manifestations pour faire connaître tous ceux qui ont marqué de leur empreinte la culture algérienne. “Cette rencontre se veut une occasion d’hommage, de débat et de bilan. D’hommage parce que l’homme célèbre est et demeure une icône de notre histoire récente. Sa poésie aide à fixer quelques repères historiques et contribue à rétablir bien des vérités.
De débat, qui sera animé par des communicants de renom entre universitaires, hommes de culture et militants. Chacun y apportera un éclairage sur une période très mouvementée de notre passé, sur un homme à l’héritage si consistant et sur une société qui continue à s’y identifier, aussi bien au passé qu’à l’homme en tant qu’acteur. De bilan, qu’il faudra dresser sans complaisance car le poète est au centre de plusieurs débats allant de la poésie à l’histoire en passant par la littérature, la sociologie et l’anthropologie.”
Des questionnements persistent et nos honorables conférenciers tenteront d’apporter les réponses. M. Ould Ali rappellera que cet événement s’insère dans un programme global étalé sur une année et qui commémore le centenaire du barde. “Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu et ce colloque vient clôturer cette occasion particulière. Car le témoin d’une époque que fut Si Mohand u M’hand mérite de retrouver la place qui lui revient dans l’histoire de notre pays. Son œuvre gagnera à être vulgarisée et enseignée dans tous les paliers de l’enseignement. Aussi, nous participons activement, aux côtés d’acteurs, de militants et d’hommes de culture, à l’initiative visant à classer l’œuvre de Si Mohand u M’hand et de cheikh Mohand Oulhocine au niveau de l’Unesco, comme patrimoine universel.”
naugurant le cycle de conférences, Bali Madjid, enseignant, a souligné : “Si Mohand u M’hand est et demeure le plus connu et reconnu de nos poètes. Un siècle après sa mort, son œuvre autant que son mythe se perpétuent.” Pour sa part Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), a indiqué que l’œuvre du barde n’est pas épuisée à ce jour avant de s’interroger : “Quelle place pour ses poèmes dans le cursus scolaire ?” Lui succédant, Saïd Chemakh, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, a consacré son exposé à “Thamurth dans la poésie de Si Mohand”. La journée d’hier a été marquée par l’animation de quatre communications. Ghobrini Mohamed, ancien journaliste, actuellement conseiller à la communication au bureau des Nations unies à Alger, a parlé de son dernier livre Dialogue de géants, un montage poétique imaginaire entre Si Mohand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine. Rachid Mokhtari a revisité les isefras de Si Mohand dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil. De leur côté, Abdennour Abdesselam, linguiste, et Madjid Rabia, poète, ont développé respectivement deux thèmes, à savoir “L’étude comparative Si Muhand u M’hand-Baudelaire” et “Si Muhand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine”. En marge de ces conférences, une vente-dédicace de livres et de recueils de poésies a eu lieu dans le hall de la Maison de la culture. La projection du film Si Muh, l’insoumis et son making-off était également au programme.
A. TAHRAOUI
Le Jeune Indépendant 4 avril 2006
La poésie de l’errance
A Si Muhend anwi-k id yerran, a twalid zman, ma k-ghiden widen yettrun. L’hommage d’un géant de la chanson kabyle à un célèbre poète ayant la même langue d’expression était le vœu du regretté Slimane Azem, qui avait compris que Si Muhend U M’hend avait encore un rôle à jouer et qu’il avait encore beaucoup à dire si la mort ne l’avait emporté.
En cette année 2006, le centenaire de la disparition du poète de l’errance a été célébré dans différentes régions du pays. C’est ainsi qu’un colloque ayant pour thème «Un poète, une œuvre, une société» a été organisé à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, dimanche et lundi derniers.
L’association Si Muhend U M’hend, qui travaille à ce point depuis près d’une année, a finalement réussi à le réaliser. Tous les participants se sont accordés à dire que l’immense héritage du poète ne pouvait être résumé en deux jours de débats et d’échanges.
Si Muhend a découvert sa passion et laissé exprimer son génie après les incursions coloniales de 1857 qui avaient totalement déchiré sa famille, celle des Aït Hamadouche. Son village natal, Icharïouene, dans le aârch de Tizi Rached, a été complètement rasé par les occupants et son père exécuté.
Sa mère s’était alors réfugiée dans un autre village avec son frère cadet, tandis que son grand frère quittait le pays en famille pour s’installer en Tunisie. A l’âge de douze ans, Muhend se retrouvait seul, dans un monde dominé par la loi du plus fort et où l’Algérie subissait les affres de la colonisation française.
Livré à lui-même et n’ayant personne à ses côtés, Si Muhend commence son voyage d’errant. Il lance ses sentences un peu partout et récite des poèmes en chaque circonstance. Il ne répétait jamais ce qu’il avait déjà exprimé. C’est pour cette raison qu’il avait eu des problèmes avec chikh Muhend U L’hocine qui lui avait demandé un poème déjà récité à l’occasion de leur première rencontre.
Comme le poète s’était refusé à accéder à cette demande, chikh Muhend s’était mis en colère et lui avait «jeté un sort» : celui de mourir errant et d’être enterré à Aseqif N t’mana, un cimetière réservé aux étrangers, dans la région d’Icharïouène.
Durant toute son «errance» sans répit, Si Muhend a traversé plusieurs villes d’Algérie, de Tunisie, avant qu’une maladie suivie d’une hospitalisation à l’hôpital des sœurs blanches d’Aïn El-Hammam ne l’emportât. Il a rendu l’âme le 28 décembre 1905.
L’errant sans abri et sans destination laisse une poésie qui témoigne d’une époque, d’une histoire, mais aussi d’un peuple. Si Muhend avait crié sa misère, les souffrances de son peuple, son destin malheureux, son aventure. Ses malheurs ne l’ont pas empêché d’écrire des poésies sur l’amour, la femme et l’espoir.
Les conférenciers ayant participé au colloque ont basé leurs interventions sur les éléments de la personnalité de Si Muhend u M’hend, sur son art, miroir de son peuple, et sur la langue qu’il utilisait, sans crainte ni peur. Huit communications sur l’œuvre du poète ont été données par des chercheurs et des hommes de lettres.
Ainsi, Bali Madjid avec «Si Muhend, l’intemporel», Youcef Merahi avec «Laissez Si Muhend à son mythe», Saïd Chemmakh à travers le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend et Muhend», Akli Salhi avec «Si Muhend et la poésie kabyle d’aujourd’hui…» A noter également la communication de Ghobrini Mohammed ayant pour thème «Si Muh u M’hend/ Chikh Muhend : dialogue des géants» et celle de Rachid Mokhtari «Les isfras de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil».
Le colloque a été agrémenté de ventes dédicaces de certains ouvrages, comme ceux de Rachid Mokhtari, de Youcef Merahi, de Mohammed Ghobrini ou de Boualem Rabia. Des montages poétiques ainsi que la projection du film Si Muhend U M’hend, l’insoumis ont également été du programme.
Les travaux du colloque ont été clôturés dans l’après-midi d’hier, après d’ultimes débats.
T. Drifa
Liberté 2 avril 2006
Si Mohand u M’hend, un poète, une œuvre, une société
La maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou abritera, aujourd’hui et demain, un colloque consacré à la vie et à l’œuvre du poète Si Mohand u M’hend. Le programme de cette manifestation à laquelle devraient prendre part des écrivains et enseignants universitaires prévoit huit communications.
Une projection du film Si Mohand u M’hend l’insoumis, une exposition permanente et une vente-dédicace de livres et recueils de poésie en présence de MM. Rachid Mokhtari, Youcef Merahi, Mohamed Gobrini, Abdennour Abdesselam et Boualem Rabia seront également au menu.
Né au courant de l’année 1845, à Icheraïouène, l’un des villages composant l’agglomération de Tizi Rached, Si Mohand u M’hend a connu l’exil dès sa tendre enfance.
En 1857, le général Randon, chargé de réduire le Djurdjura à sa juste expression, fait exproprier les habitants et raser le village du poète afin de bâtir sur son emplacement Fort Napoléon, qui deviendra plus tard Fort National, aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen. Après l’insurrection kabyle de 1871, à laquelle les Ath Hamadouche prennent part activement, ses parents, qui étaient représentants de la Rahmania pour les Ath Irathen, sont, à l’instar de tous les autres insurgés, durement réprimés. Cheikh Arezki, son oncle, est déporté en Nouvelle Calédonie, Saïd, le frère de Arezki, s’enfuit en Tunisie, le père de Mohand, Ameziane, est exécuté à Fort National. Le futur poète a failli y passer lui aussi. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier de l’armée française qui avait jugé sa mort “inutile”. Tous les biens des Ath Hamadouche seront séquestrés. Ils se sont alors dispersés en se réfugiant dans d’autres hameaux limitrophes.
La mère du poète, Fatima n’Ath Saïd, se retire à Icheraïouène, avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son frère aîné, se rend en Tunisie avec l’essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu’il emporta avec lui. Resté seul, Si Mohand va désormais commencer une vie d’errance. De Kabylie à Tunis via Alger, la misère de ses concitoyens kabyles exilés a réveillé en son âme l’inspiration de rimer des vers. Le barde ne chantait pas l’exploit des héros mythiques mais le mal-être des Algériens des débuts des “bienfaits” de la colonisation et la nostalgie d’une époque perdue à tout jamais. Sa poésie spontanée, limpide et puissante a enchanté des générations entières.
Certains de ses vers ont été “érigés” en proverbes tellement ils étaient, et sont encore, significatifs. Si Mohand u M’hend est le poète kabyle de la tradition orale le plus célèbre et le plus documenté. Atteint d’un mal incurable et empirant de jour en jour (un abcès au nombril, selon Dermenghem, une gangrène au pied, dit le poète), Si Mohand rendra l’âme le 28 décembre 1905. Il est enterré à Asqif n’Tmana, près de Aïn El Hammam, selon la parole prophétique du cheikh. De nombreux ouvrages ont été consacrés à sa vie et à son œuvre, lui qui a souffert de la méchanceté et de l’incompréhension des hommes.
Comme l’écrivait Mouloud Feraoun dans Les poèmes de Si Mohand, le poète découvre avec effroi qu’il n’est lui-même qu’une illusion et qu’il n’y a de vrai que le Créateur.
À ce sujet, Si Mohand u M’hend disait : “Ô Dieu, aie pitié de moi/Je suis celui à qui tu as ôté la vie/Et qui n’attend plus rien de ce monde…/Mon Dieu, tu es le roc éternel/Et moi l’invisible poussière/Que le vent en a arrachée…”
A. TAHRAOUI
L'Expression 1er avril 2006
Si Muhend U’Mhend revient cette semaine
Le poète est entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine.
Si Muhend U’Mhend, ce barde de la Kabylie dont le nom est passé à la postérité, revient cette semaine avec le colloque organisé sous l’égide du ministère de la Culture, en collaboration avec la Maison de la culture Mouloud-Mammeri et l’association culturelle Si Muhend U Mhend, et ce, les 2 et 3 avril prochain.
L’ouverture de l’exposition se fera aujourd’hui et la cérémonie d’ouverture demain. Suivront ensuite, et le même jour, une communication avec Madjid Bali sous le thème «Si Muhend l’intemporel», M.Youcef Merahi interviendra, lui, avec une communication sous le thème : «Laissons Si Muhend à son mythe», puis le Dr Chemakh interviendra avec une conférence sous le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend».
Le lendemain 3 avril, plusieurs communications sont prévues telles «Si Muhend U Mhend et Ccix Muhend: dialogue de géants», «Les Isefra de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil», et enfin, une projection du film: Si Muhend U Mhend, l’insoumis!»
Rappelons que le barde kabyle est né à Icheraiouene, un village de l’agglomération de Tizi Rached en 1845, fils de Muhand Ameziane N’ath Hamadouche et de Fatma Ath Saïd. Il serait décédé en 1905 des suites d’une gangrène au pied alors que d’autres parlent d’un abcès au nombril. Le poète disait toujours qu’il «était atteint d’un mal incurable».
Il est enterré au cimetière d’Aïn El Hammam à Asquif N’temana. Si Muhend U Mhend a quitté la Kabylie après le rouleau compresseur des armées d’occupation avec le maréchal Randon vers 1857.
L’armée d’occupation fit raser Icheraiouene et bâtit sur son emplacement le Fort Napoléon devenu, plus tard, le Fort National et enfin, Larbaâ Nath Irathen. Après cet événement, les parents de Si Muhend s’installent à Sidi Khelifa, un petit hameau près d’Ighil Gherfi dans les environs de Larbaâ Nath Irathen.
Les parents de Si Muhend devaient d’ailleurs venir avant cela de Aguemoune, un autre village de Larbaâ Nath Irathen pour fuir une vendetta avant de s’installer à Icheraiouene. Les Aït Hamadouche prirent une part active lors du soulèvement de 1871. Ces derniers étant les représentants de la confrérie de la Rahmania pour les Ath Irathen. Aussi, et à l’instar de tous les autres insurgés, ils furent impitoyablement réprimés. Cheikh Arezki, l’oncle de Si Muhend est déporté en Nouvelle-Calédonie, Saïd, l’autre oncle, s’enfuit en Tunisie, Mohand Ameziane, le père, est exécuté à Fort National et Si Muhend lui-même ne dut la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier français qui a jugé «sa mort inutile».
Les biens des Aït Hamadouche furent placés sous séquestre et la famille se dispersa en trouvant refuge dans les autres villages. La mère de Si Muhend, Fatma N’ath Saïd, se retire à Icheraiouene avec Meziane le plus jeune des enfants, Akli, son aîné se rend en Tunisie où il fonde un foyer et acquiert un petit magasin et une fermette. Si Muhend, définitivement «libéré» des contingences, parcourut la région entre la Kabylie et la Tunisie en chantant ses poèmes et en vivant d’expédients. Si Muhend chantait le quotidien et aussi la nostalgie des temps anciens. Spontanée, simple, limpide mais très puissante, sa poésie a enchanté des générations.
Le poète est d’ailleurs entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine. Une vie d’errance et de privations le mena à l’hôpital des Soeurs Blanches de Michelet (Aïn El Hammam) où il mourut le 28 décembre 1905.
Aujourd’hui encore, ses poèmes transmis de bouche à oreille et transcrits aussi bien par Feraoun que par Mammeri pour les modernes, sont encore égrenés par les jeunes et moins jeunes.
A. SAÏD
Mouloud Feraoun : Poèmes de Si Mohand
Isefra (poèmes)
[Transcription de Mouloud Feraoun]
- 1 -
Ceci est mon poème;
Plaise à Dieu qu'il soit beau
Et se répande partout.
Thikelta ad hhedjigh asfrou
Oua lahh addlhhou
Addinaddi ddeg louddiath
.
Qui l'entendra l'écrira,
Ne le lâchera plus
Et le sage m'approuvera :
Oui thislan ar dha thiarou
Our as iverou
Oui ilan ddelfahhem izrath
:
Que Dieu leur inspire pitié;
Lui seul peut nous en préserver :
Qu'elles s’éloignent, nous n'avons plus rien !
An helel Rebbi athet ihheddou
Ghoures ai neddaou
Add vaddent addrim nekfath
.
- 2 -
Ce siècle fait fuir
Qui a enrichi les chiens
Vous êtes brisés, ô nobles coeurs !
El qern agi iserhhav
Ddeg revhhen leklav
Therzem ia oulad bab allahh
.
Je dois aux méchants mes cheveux blancs,
Ma raison m'a abandonné,
Je suis "le fils dépravé".
Selmahna ensen aï nechav
Dderaï iou ighav
Semani edaria malahh
.
Il faut donc me résigner
Puisque le lâche se fait craindre
Tant pis, ô mon âme, tant pis !
Djigh echi netalav
Mi ddouddaï mouhhav
Chahh ! a raï ou, chahh !
Younès Adli : Si Mohand Ou M'Hand, Errance et révolte
(Poésie) - Auto édition, Alger, 2000
Isefra (poèmes)
[Transcription de Younès Adli]
- 1 Résistance : n°74 page 171 -
Les règles sont désormais perverties,
C'est ainsi établi
Les vils ont pris le dessus.
Ddenya fmedden tfusel
Di lefhem yetnesel
Zwamel bedlen tikli
Tous les hommes bien nés
Ont pris la forêt
Bravant les affres de l'adversité
Krabbw'illan d lasel
Di lghaba yehmel
âaryan talab'ur telli
Dieu a ainsi destiné ce siècle
Qui nous enserre dans l'inquiétude
Jusqu'à trébucher à chaque pas.
Lqern akk'i t id yersel
Deg-wnezgum nehsel
Mi nger asurif neghli.
- 2 Conseils : n°52 page 43 -
Toi l'intelligent,
Ne sois jamais
De la compagnie de l'homme hautain
A lfahem a k-nxebber
Albâad ma meqwer
Ur ttili deg tayfa-s
Si tu lui fais appel
Il ira crier sur tous les toits
Et te méprisera à outrance
Ma tqesd-t ur k-itesser
Ad yezg a k-ihqer
Hsut iâeda tilas
Alors, sois humble
Eloigne-toi de lui
Apprends à oublier même le paradis lorsqu'il te rejette
Ma tellid d uhdiq wexer
Xir baâed meqar
Igenet ma tugi-k anef-as.
- 3 La femme : n°13 page 91 -
Mon cœur pensif
S'étonne des réalités
Et jure de ne plus s'égayer
Ata wul-iw yetpensi
Yegul ur yedsi
Yetewhim i lehqayeq
Me voilà forcé de partir
Sans le sou
Sans revoir ma bien-aimée
Rhil ad ruhegh forsi
Adrim ixusi
Abrid ar taâzizt yeghleq
Elle se priva de dîner
Elle éclata en sanglots
A s'étouffer.
Wellah ma tecc imensi
Ala imeti
Imi nsel ala tnehheq.
Poésie : Si Mohand ou M’hand ouvrira le cycle "Regard sur les figures de notre culture" du HCA
(Liberté 11/10/2000)
Le célèbre poète amazigh, le bohême et vagabond Si Mohand ou M’hand, ouvrira un cycle de conférences et de rencontres culturelles intitulé "Regard sur les figures de notre culture" que se propose d‘organiser le Haut commissariat à l’amazighité (HCA) dans le cadre de son programme pour l’année en cours. Ainsi,une journée d’études sera consacrée le 12 octobre prochain au Centre de loisirs scientifiques au plus illustre des figures de la poésie orale amazighe de la fin du XIXe siècle.
L’œuvre du poète, son itinéraire, sa vie de vagabond et de bohême ainsi que le contexte sociohistorique qui a vu naître son génie,feront l’objet de plusieurs conférences et d’un débat qui vont réunir d’éminents spécialistes et universitaires.
Fascinant, adulé mais aussi honni, Si Mohand ou M’hand dont les œuvres ont été réunies et présentées au large public, grâce à un travail de longue haleine entrepris par feu Mouloud Mammeri, a légué un héritage littéraire des plus précieux en amazigh. Son œuvre est un reflet de la société algérienne de l’après-guerre insurrectionnelle de 1871.
Si Mohand ou M’hand Ath Hamadouche est né vers 1845 à Icheraoun,près de Tizi Rached. Sa famille s’engage dans la révolte de 1871 dirigée par cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Son père a été fusillé et sa famille se trouvera tout de suite ruinée et anéantie.
Depuis, le futur poète ne cessa d’errer de ville en ville et de hameau en hameau à travers l’immense Kabylie, prenant très vite goût à cette vie de troubadour au point où ni le mariage ni la vie de famille ne réussirent à le "fixer". Le mythe du poète errant est ainsi né, il continuera dans cette voie jusqu’à sa mort dans un hôpital de Sœurs blanches en 1905.
Deux autres figures de culture algérienne contemporaine seront au rendez-vous dans le cadre de ce cycle :le musicien et compositeur Iguerbouchen, mort en 1954 et dont l’œuvre est mondialement reconnue, et le chanteur populaire et non moins troubadour ,Aïssa Djermouni dont les chansons de melhoun chaoui continuent, après plus d’un demi-siècle de sa disparition, à retentir dans les fêtes de mariage de Aïn El Beïda et des Aurès, jusqu’à nos jours.
Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand
Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand s’est ouvert à Tizi-Ouzou le 16 août 2000. Pendant trois jours, les daïrates de Larbâa Nath Irathen et Tizi-Rached organisent diverses festivités. Le fes
Biographie
Si Mohand Ou M'Hand Ath Hammadouche est né vers 1845 et est mort en 1906 (d'après Boulifa). Si la date de sa mort semble établie, celle de sa naissance est approximative. En effet, l'Etat Civil en Kabylie n'a pas eu d'existence officielle avant 1891. Il naquit donc dans l'ancien village de Chéraïouia où son père Mehand Améziane Ou Hammadouche, originaire de Aguemoun, s'était réfugié pour échapper à une vendetta. Après 1857, le village de Chéraïouia fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen). L'autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 Km au nord, près de Tizi-Rached, qui appartenait à une zaouïa.
En fait, la population s'est répartie, pour une faible part sur ce terrain où naquit la nouvelle Chéraïouia, mais pour la plupart aux alentours de Fort-National.
Les parents de Si Mohand s'installèrent à Akbou, au lieu-dit Sidi-Khelifa. Son oncle paternel, Cheikh Arezki Ou Hammadouche, maître en droit musulman y avait ouvert une zaouïa où un taleb enseignait le Coran, non seulement aux enfants de la famille mais aussi à tous ceux du village. C'est là que Si Mohand commença ses études avant de rejoindre l'importante zaouïa de Sidi Abderrahmane Illoulen (Michelet). La famille était aisée et l'enfance de Si Mohand heureuse.
En 1871, lors de l'insurrection, la famille s'est engagée aux côtés de Cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Le père, Mehand Améziane fut exécuté à Fort-National, l'oncle Arezki déporté en Nouvelle-Calédonie et leurs biens confisqués au profit de l'Etat. La famille ruinée et anéantie se dispersa, la mère se retira dans la nouvelle Chéraïouia avec son jeune fils Méziane et là commença la vie de vagabond de Si Mohand, errant de ville en ville. Son frère aîné Akli s'enfuit à Tunis avec l'essentiel des ressources de la famille.
Si Mohand passa quelque 30 ans d'errance entre la Kabylie et la région de Bône (Annaba) où de nombreux Kabyles travaillaient comme ouvriers agricoles ou comme mineurs. Un autre de ses oncles, Hend N'Aït Saïd , était d'ailleurs installé dans les faubourgs de Bône.
Si Mohand mourrut en 1906 à l'hôpital des Soeurs Blanches de Michelet et fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb.
Liberté 4 avril 2006
Quelle place pour Si Mohand u M’hand dans le programme scolaire ?
“Si Mohand u M’hand, un poète, une œuvre, une société” est le thème d’un colloque qui s’est ouvert, avant-hier, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Organisée par l’association qui porte le nom du poète, la rencontre a vu la participation d’une brochette d’écrivains et d’enseignants universitaires.
Dans une allocution d’ouverture, Ould Ali L’hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, a mis en exergue l’importance que revêt ce genre de manifestations pour faire connaître tous ceux qui ont marqué de leur empreinte la culture algérienne. “Cette rencontre se veut une occasion d’hommage, de débat et de bilan. D’hommage parce que l’homme célèbre est et demeure une icône de notre histoire récente. Sa poésie aide à fixer quelques repères historiques et contribue à rétablir bien des vérités.
De débat, qui sera animé par des communicants de renom entre universitaires, hommes de culture et militants. Chacun y apportera un éclairage sur une période très mouvementée de notre passé, sur un homme à l’héritage si consistant et sur une société qui continue à s’y identifier, aussi bien au passé qu’à l’homme en tant qu’acteur. De bilan, qu’il faudra dresser sans complaisance car le poète est au centre de plusieurs débats allant de la poésie à l’histoire en passant par la littérature, la sociologie et l’anthropologie.”
Des questionnements persistent et nos honorables conférenciers tenteront d’apporter les réponses. M. Ould Ali rappellera que cet événement s’insère dans un programme global étalé sur une année et qui commémore le centenaire du barde. “Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu et ce colloque vient clôturer cette occasion particulière. Car le témoin d’une époque que fut Si Mohand u M’hand mérite de retrouver la place qui lui revient dans l’histoire de notre pays. Son œuvre gagnera à être vulgarisée et enseignée dans tous les paliers de l’enseignement. Aussi, nous participons activement, aux côtés d’acteurs, de militants et d’hommes de culture, à l’initiative visant à classer l’œuvre de Si Mohand u M’hand et de cheikh Mohand Oulhocine au niveau de l’Unesco, comme patrimoine universel.”
naugurant le cycle de conférences, Bali Madjid, enseignant, a souligné : “Si Mohand u M’hand est et demeure le plus connu et reconnu de nos poètes. Un siècle après sa mort, son œuvre autant que son mythe se perpétuent.” Pour sa part Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), a indiqué que l’œuvre du barde n’est pas épuisée à ce jour avant de s’interroger : “Quelle place pour ses poèmes dans le cursus scolaire ?” Lui succédant, Saïd Chemakh, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, a consacré son exposé à “Thamurth dans la poésie de Si Mohand”. La journée d’hier a été marquée par l’animation de quatre communications. Ghobrini Mohamed, ancien journaliste, actuellement conseiller à la communication au bureau des Nations unies à Alger, a parlé de son dernier livre Dialogue de géants, un montage poétique imaginaire entre Si Mohand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine. Rachid Mokhtari a revisité les isefras de Si Mohand dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil. De leur côté, Abdennour Abdesselam, linguiste, et Madjid Rabia, poète, ont développé respectivement deux thèmes, à savoir “L’étude comparative Si Muhand u M’hand-Baudelaire” et “Si Muhand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine”. En marge de ces conférences, une vente-dédicace de livres et de recueils de poésies a eu lieu dans le hall de la Maison de la culture. La projection du film Si Muh, l’insoumis et son making-off était également au programme.
A. TAHRAOUI
Le Jeune Indépendant 4 avril 2006
La poésie de l’errance
A Si Muhend anwi-k id yerran, a twalid zman, ma k-ghiden widen yettrun. L’hommage d’un géant de la chanson kabyle à un célèbre poète ayant la même langue d’expression était le vœu du regretté Slimane Azem, qui avait compris que Si Muhend U M’hend avait encore un rôle à jouer et qu’il avait encore beaucoup à dire si la mort ne l’avait emporté.
En cette année 2006, le centenaire de la disparition du poète de l’errance a été célébré dans différentes régions du pays. C’est ainsi qu’un colloque ayant pour thème «Un poète, une œuvre, une société» a été organisé à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, dimanche et lundi derniers.
L’association Si Muhend U M’hend, qui travaille à ce point depuis près d’une année, a finalement réussi à le réaliser. Tous les participants se sont accordés à dire que l’immense héritage du poète ne pouvait être résumé en deux jours de débats et d’échanges.
Si Muhend a découvert sa passion et laissé exprimer son génie après les incursions coloniales de 1857 qui avaient totalement déchiré sa famille, celle des Aït Hamadouche. Son village natal, Icharïouene, dans le aârch de Tizi Rached, a été complètement rasé par les occupants et son père exécuté.
Sa mère s’était alors réfugiée dans un autre village avec son frère cadet, tandis que son grand frère quittait le pays en famille pour s’installer en Tunisie. A l’âge de douze ans, Muhend se retrouvait seul, dans un monde dominé par la loi du plus fort et où l’Algérie subissait les affres de la colonisation française.
Livré à lui-même et n’ayant personne à ses côtés, Si Muhend commence son voyage d’errant. Il lance ses sentences un peu partout et récite des poèmes en chaque circonstance. Il ne répétait jamais ce qu’il avait déjà exprimé. C’est pour cette raison qu’il avait eu des problèmes avec chikh Muhend U L’hocine qui lui avait demandé un poème déjà récité à l’occasion de leur première rencontre.
Comme le poète s’était refusé à accéder à cette demande, chikh Muhend s’était mis en colère et lui avait «jeté un sort» : celui de mourir errant et d’être enterré à Aseqif N t’mana, un cimetière réservé aux étrangers, dans la région d’Icharïouène.
Durant toute son «errance» sans répit, Si Muhend a traversé plusieurs villes d’Algérie, de Tunisie, avant qu’une maladie suivie d’une hospitalisation à l’hôpital des sœurs blanches d’Aïn El-Hammam ne l’emportât. Il a rendu l’âme le 28 décembre 1905.
L’errant sans abri et sans destination laisse une poésie qui témoigne d’une époque, d’une histoire, mais aussi d’un peuple. Si Muhend avait crié sa misère, les souffrances de son peuple, son destin malheureux, son aventure. Ses malheurs ne l’ont pas empêché d’écrire des poésies sur l’amour, la femme et l’espoir.
Les conférenciers ayant participé au colloque ont basé leurs interventions sur les éléments de la personnalité de Si Muhend u M’hend, sur son art, miroir de son peuple, et sur la langue qu’il utilisait, sans crainte ni peur. Huit communications sur l’œuvre du poète ont été données par des chercheurs et des hommes de lettres.
Ainsi, Bali Madjid avec «Si Muhend, l’intemporel», Youcef Merahi avec «Laissez Si Muhend à son mythe», Saïd Chemmakh à travers le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend et Muhend», Akli Salhi avec «Si Muhend et la poésie kabyle d’aujourd’hui…» A noter également la communication de Ghobrini Mohammed ayant pour thème «Si Muh u M’hend/ Chikh Muhend : dialogue des géants» et celle de Rachid Mokhtari «Les isfras de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil».
Le colloque a été agrémenté de ventes dédicaces de certains ouvrages, comme ceux de Rachid Mokhtari, de Youcef Merahi, de Mohammed Ghobrini ou de Boualem Rabia. Des montages poétiques ainsi que la projection du film Si Muhend U M’hend, l’insoumis ont également été du programme.
Les travaux du colloque ont été clôturés dans l’après-midi d’hier, après d’ultimes débats.
T. Drifa
Liberté 2 avril 2006
Si Mohand u M’hend, un poète, une œuvre, une société
La maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou abritera, aujourd’hui et demain, un colloque consacré à la vie et à l’œuvre du poète Si Mohand u M’hend. Le programme de cette manifestation à laquelle devraient prendre part des écrivains et enseignants universitaires prévoit huit communications.
Une projection du film Si Mohand u M’hend l’insoumis, une exposition permanente et une vente-dédicace de livres et recueils de poésie en présence de MM. Rachid Mokhtari, Youcef Merahi, Mohamed Gobrini, Abdennour Abdesselam et Boualem Rabia seront également au menu.
Né au courant de l’année 1845, à Icheraïouène, l’un des villages composant l’agglomération de Tizi Rached, Si Mohand u M’hend a connu l’exil dès sa tendre enfance.
En 1857, le général Randon, chargé de réduire le Djurdjura à sa juste expression, fait exproprier les habitants et raser le village du poète afin de bâtir sur son emplacement Fort Napoléon, qui deviendra plus tard Fort National, aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen. Après l’insurrection kabyle de 1871, à laquelle les Ath Hamadouche prennent part activement, ses parents, qui étaient représentants de la Rahmania pour les Ath Irathen, sont, à l’instar de tous les autres insurgés, durement réprimés. Cheikh Arezki, son oncle, est déporté en Nouvelle Calédonie, Saïd, le frère de Arezki, s’enfuit en Tunisie, le père de Mohand, Ameziane, est exécuté à Fort National. Le futur poète a failli y passer lui aussi. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier de l’armée française qui avait jugé sa mort “inutile”. Tous les biens des Ath Hamadouche seront séquestrés. Ils se sont alors dispersés en se réfugiant dans d’autres hameaux limitrophes.
La mère du poète, Fatima n’Ath Saïd, se retire à Icheraïouène, avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son frère aîné, se rend en Tunisie avec l’essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu’il emporta avec lui. Resté seul, Si Mohand va désormais commencer une vie d’errance. De Kabylie à Tunis via Alger, la misère de ses concitoyens kabyles exilés a réveillé en son âme l’inspiration de rimer des vers. Le barde ne chantait pas l’exploit des héros mythiques mais le mal-être des Algériens des débuts des “bienfaits” de la colonisation et la nostalgie d’une époque perdue à tout jamais. Sa poésie spontanée, limpide et puissante a enchanté des générations entières.
Certains de ses vers ont été “érigés” en proverbes tellement ils étaient, et sont encore, significatifs. Si Mohand u M’hend est le poète kabyle de la tradition orale le plus célèbre et le plus documenté. Atteint d’un mal incurable et empirant de jour en jour (un abcès au nombril, selon Dermenghem, une gangrène au pied, dit le poète), Si Mohand rendra l’âme le 28 décembre 1905. Il est enterré à Asqif n’Tmana, près de Aïn El Hammam, selon la parole prophétique du cheikh. De nombreux ouvrages ont été consacrés à sa vie et à son œuvre, lui qui a souffert de la méchanceté et de l’incompréhension des hommes.
Comme l’écrivait Mouloud Feraoun dans Les poèmes de Si Mohand, le poète découvre avec effroi qu’il n’est lui-même qu’une illusion et qu’il n’y a de vrai que le Créateur.
À ce sujet, Si Mohand u M’hend disait : “Ô Dieu, aie pitié de moi/Je suis celui à qui tu as ôté la vie/Et qui n’attend plus rien de ce monde…/Mon Dieu, tu es le roc éternel/Et moi l’invisible poussière/Que le vent en a arrachée…”
A. TAHRAOUI
L'Expression 1er avril 2006
Si Muhend U’Mhend revient cette semaine
Le poète est entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine.
Si Muhend U’Mhend, ce barde de la Kabylie dont le nom est passé à la postérité, revient cette semaine avec le colloque organisé sous l’égide du ministère de la Culture, en collaboration avec la Maison de la culture Mouloud-Mammeri et l’association culturelle Si Muhend U Mhend, et ce, les 2 et 3 avril prochain.
L’ouverture de l’exposition se fera aujourd’hui et la cérémonie d’ouverture demain. Suivront ensuite, et le même jour, une communication avec Madjid Bali sous le thème «Si Muhend l’intemporel», M.Youcef Merahi interviendra, lui, avec une communication sous le thème : «Laissons Si Muhend à son mythe», puis le Dr Chemakh interviendra avec une conférence sous le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend».
Le lendemain 3 avril, plusieurs communications sont prévues telles «Si Muhend U Mhend et Ccix Muhend: dialogue de géants», «Les Isefra de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil», et enfin, une projection du film: Si Muhend U Mhend, l’insoumis!»
Rappelons que le barde kabyle est né à Icheraiouene, un village de l’agglomération de Tizi Rached en 1845, fils de Muhand Ameziane N’ath Hamadouche et de Fatma Ath Saïd. Il serait décédé en 1905 des suites d’une gangrène au pied alors que d’autres parlent d’un abcès au nombril. Le poète disait toujours qu’il «était atteint d’un mal incurable».
Il est enterré au cimetière d’Aïn El Hammam à Asquif N’temana. Si Muhend U Mhend a quitté la Kabylie après le rouleau compresseur des armées d’occupation avec le maréchal Randon vers 1857.
L’armée d’occupation fit raser Icheraiouene et bâtit sur son emplacement le Fort Napoléon devenu, plus tard, le Fort National et enfin, Larbaâ Nath Irathen. Après cet événement, les parents de Si Muhend s’installent à Sidi Khelifa, un petit hameau près d’Ighil Gherfi dans les environs de Larbaâ Nath Irathen.
Les parents de Si Muhend devaient d’ailleurs venir avant cela de Aguemoune, un autre village de Larbaâ Nath Irathen pour fuir une vendetta avant de s’installer à Icheraiouene. Les Aït Hamadouche prirent une part active lors du soulèvement de 1871. Ces derniers étant les représentants de la confrérie de la Rahmania pour les Ath Irathen. Aussi, et à l’instar de tous les autres insurgés, ils furent impitoyablement réprimés. Cheikh Arezki, l’oncle de Si Muhend est déporté en Nouvelle-Calédonie, Saïd, l’autre oncle, s’enfuit en Tunisie, Mohand Ameziane, le père, est exécuté à Fort National et Si Muhend lui-même ne dut la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier français qui a jugé «sa mort inutile».
Les biens des Aït Hamadouche furent placés sous séquestre et la famille se dispersa en trouvant refuge dans les autres villages. La mère de Si Muhend, Fatma N’ath Saïd, se retire à Icheraiouene avec Meziane le plus jeune des enfants, Akli, son aîné se rend en Tunisie où il fonde un foyer et acquiert un petit magasin et une fermette. Si Muhend, définitivement «libéré» des contingences, parcourut la région entre la Kabylie et la Tunisie en chantant ses poèmes et en vivant d’expédients. Si Muhend chantait le quotidien et aussi la nostalgie des temps anciens. Spontanée, simple, limpide mais très puissante, sa poésie a enchanté des générations.
Le poète est d’ailleurs entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine. Une vie d’errance et de privations le mena à l’hôpital des Soeurs Blanches de Michelet (Aïn El Hammam) où il mourut le 28 décembre 1905.
Aujourd’hui encore, ses poèmes transmis de bouche à oreille et transcrits aussi bien par Feraoun que par Mammeri pour les modernes, sont encore égrenés par les jeunes et moins jeunes.
A. SAÏD
Mouloud Feraoun : Poèmes de Si Mohand
Isefra (poèmes)
[Transcription de Mouloud Feraoun]
- 1 -
Ceci est mon poème;
Plaise à Dieu qu'il soit beau
Et se répande partout.
Thikelta ad hhedjigh asfrou
Oua lahh addlhhou
Addinaddi ddeg louddiath
.
Qui l'entendra l'écrira,
Ne le lâchera plus
Et le sage m'approuvera :
Oui thislan ar dha thiarou
Our as iverou
Oui ilan ddelfahhem izrath
:
Que Dieu leur inspire pitié;
Lui seul peut nous en préserver :
Qu'elles s’éloignent, nous n'avons plus rien !
An helel Rebbi athet ihheddou
Ghoures ai neddaou
Add vaddent addrim nekfath
.
- 2 -
Ce siècle fait fuir
Qui a enrichi les chiens
Vous êtes brisés, ô nobles coeurs !
El qern agi iserhhav
Ddeg revhhen leklav
Therzem ia oulad bab allahh
.
Je dois aux méchants mes cheveux blancs,
Ma raison m'a abandonné,
Je suis "le fils dépravé".
Selmahna ensen aï nechav
Dderaï iou ighav
Semani edaria malahh
.
Il faut donc me résigner
Puisque le lâche se fait craindre
Tant pis, ô mon âme, tant pis !
Djigh echi netalav
Mi ddouddaï mouhhav
Chahh ! a raï ou, chahh !
Younès Adli : Si Mohand Ou M'Hand, Errance et révolte
(Poésie) - Auto édition, Alger, 2000
Isefra (poèmes)
[Transcription de Younès Adli]
- 1 Résistance : n°74 page 171 -
Les règles sont désormais perverties,
C'est ainsi établi
Les vils ont pris le dessus.
Ddenya fmedden tfusel
Di lefhem yetnesel
Zwamel bedlen tikli
Tous les hommes bien nés
Ont pris la forêt
Bravant les affres de l'adversité
Krabbw'illan d lasel
Di lghaba yehmel
âaryan talab'ur telli
Dieu a ainsi destiné ce siècle
Qui nous enserre dans l'inquiétude
Jusqu'à trébucher à chaque pas.
Lqern akk'i t id yersel
Deg-wnezgum nehsel
Mi nger asurif neghli.
- 2 Conseils : n°52 page 43 -
Toi l'intelligent,
Ne sois jamais
De la compagnie de l'homme hautain
A lfahem a k-nxebber
Albâad ma meqwer
Ur ttili deg tayfa-s
Si tu lui fais appel
Il ira crier sur tous les toits
Et te méprisera à outrance
Ma tqesd-t ur k-itesser
Ad yezg a k-ihqer
Hsut iâeda tilas
Alors, sois humble
Eloigne-toi de lui
Apprends à oublier même le paradis lorsqu'il te rejette
Ma tellid d uhdiq wexer
Xir baâed meqar
Igenet ma tugi-k anef-as.
- 3 La femme : n°13 page 91 -
Mon cœur pensif
S'étonne des réalités
Et jure de ne plus s'égayer
Ata wul-iw yetpensi
Yegul ur yedsi
Yetewhim i lehqayeq
Me voilà forcé de partir
Sans le sou
Sans revoir ma bien-aimée
Rhil ad ruhegh forsi
Adrim ixusi
Abrid ar taâzizt yeghleq
Elle se priva de dîner
Elle éclata en sanglots
A s'étouffer.
Wellah ma tecc imensi
Ala imeti
Imi nsel ala tnehheq.
Poésie : Si Mohand ou M’hand ouvrira le cycle "Regard sur les figures de notre culture" du HCA
(Liberté 11/10/2000)
Le célèbre poète amazigh, le bohême et vagabond Si Mohand ou M’hand, ouvrira un cycle de conférences et de rencontres culturelles intitulé "Regard sur les figures de notre culture" que se propose d‘organiser le Haut commissariat à l’amazighité (HCA) dans le cadre de son programme pour l’année en cours. Ainsi,une journée d’études sera consacrée le 12 octobre prochain au Centre de loisirs scientifiques au plus illustre des figures de la poésie orale amazighe de la fin du XIXe siècle.
L’œuvre du poète, son itinéraire, sa vie de vagabond et de bohême ainsi que le contexte sociohistorique qui a vu naître son génie,feront l’objet de plusieurs conférences et d’un débat qui vont réunir d’éminents spécialistes et universitaires.
Fascinant, adulé mais aussi honni, Si Mohand ou M’hand dont les œuvres ont été réunies et présentées au large public, grâce à un travail de longue haleine entrepris par feu Mouloud Mammeri, a légué un héritage littéraire des plus précieux en amazigh. Son œuvre est un reflet de la société algérienne de l’après-guerre insurrectionnelle de 1871.
Si Mohand ou M’hand Ath Hamadouche est né vers 1845 à Icheraoun,près de Tizi Rached. Sa famille s’engage dans la révolte de 1871 dirigée par cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Son père a été fusillé et sa famille se trouvera tout de suite ruinée et anéantie.
Depuis, le futur poète ne cessa d’errer de ville en ville et de hameau en hameau à travers l’immense Kabylie, prenant très vite goût à cette vie de troubadour au point où ni le mariage ni la vie de famille ne réussirent à le "fixer". Le mythe du poète errant est ainsi né, il continuera dans cette voie jusqu’à sa mort dans un hôpital de Sœurs blanches en 1905.
Deux autres figures de culture algérienne contemporaine seront au rendez-vous dans le cadre de ce cycle :le musicien et compositeur Iguerbouchen, mort en 1954 et dont l’œuvre est mondialement reconnue, et le chanteur populaire et non moins troubadour ,Aïssa Djermouni dont les chansons de melhoun chaoui continuent, après plus d’un demi-siècle de sa disparition, à retentir dans les fêtes de mariage de Aïn El Beïda et des Aurès, jusqu’à nos jours.
Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand
Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand s’est ouvert à Tizi-Ouzou le 16 août 2000. Pendant trois jours, les daïrates de Larbâa Nath Irathen et Tizi-Rached organisent diverses festivités. Le fes
publié par hardeur dans: Culture
M'hamed Issiakhem (1928-1985)
Issiakhem est l'un des fondateurs de la peinture moderne en Algérie.
M'hamed Issiakhem naît le 17 juin 1928 au Douar Djennad (Azeffoun) en Grande Kabylie. A partir de 1931 il passe son enfance à Relizane. En 1943 il manipule une grenade, volée dans un camp militaire, qui explose. Deux de ses sœurs et un neveu meurent. Hospitalisé pendant deux ans, il est amputé du bras gauche. De 1947 à 1951 il est à Alger élève de la Société des Beaux-Arts puis de l’Ecole des Beaux-Arts et suit les cours du miniaturiste Omar Racim. En 1951 il rencontre Kateb Yacine. De 1953 à 1958 il fréquente Ecole des Beaux-Arts de Paris où il retrouve Kateb Yacine - les deux artistes demeureront inséparables. En 1958 Issiakhem quitte la France pour séjourner en RFA puis résider en RDA.
En 1962, boursier de la Casa Vélasquez de Madrid, Issiakhem rentre en Algérie. Il est alors dessinateur au quotidien Alger Républicain. En 1963 il est membre fondateur de l’Union Nationale des Arts Plastiques, de 1964 à 1966 chef d’atelier de peinture à l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger puis directeur pédagogique de l’Ecole des Beaux-Arts d’Oran. Il illustre alors plusieurs œuvres de Kateb Yacine. De 1965 à 1982 il crée les maquettes des billets de banque et de nombreux timbres-poste algériens. En 1967 il réalise avec Kateb Yacine un film pour la télévision, Poussières de juillet, en 1968 les décors du film La voie, de Slim Riad. En 1971 Issiakhem est professeur d’art graphique à l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger et crée les décors pour le film Novembre. Il voyage en 1972 au Viêt Nam et reçoit en 1973 une médaille d’or à la Foire Internationale d’Alger pour la décoration du stand du Ministère du Travail et des Affaires sociales.
De 1973 à 1978 Issiakhem est dessinateur de presse. Il dirige en 1977 la réalisation d’une fresque pour l’aéroport d’Alger. Le Ministère du Travail et des Affaires sociales publie à Alger une plaquette dont Kateb Yacine écrit la préface sous le titre Issiakhem, Œil-de-lynx et les américains, trente-cinq années de l’enfer d’un peintre. En 1978 Issiakhem séjourne quelques mois à Moscou et reçoit en 1980 le Premier Simba d’Or (Lion d’Or) de Rome, distinction de l’UNESCO pour l’art africain. Il meurt le 1er décembre 1985 à la suite d’une longue maladie.
Bibliographie sélective
Algérie, Expressions multiples : Baya, Issiakhem, Khadda, (préfaces de Jean Pélégri, Benamar Mediene et Michel.-Georges Bernard), Cahiers de l’ADEIAO n°5, Paris, 1987.
M’hamed Issiakhem et Kateb Yacine, Les jumeaux pathétiques, par Benamar Mediene, UNESCO, Djazaïr, Une année de l’Algérie en France, Alger, 2003.
Issiakhem est l'un des fondateurs de la peinture moderne en Algérie.
M'hamed Issiakhem naît le 17 juin 1928 au Douar Djennad (Azeffoun) en Grande Kabylie. A partir de 1931 il passe son enfance à Relizane. En 1943 il manipule une grenade, volée dans un camp militaire, qui explose. Deux de ses sœurs et un neveu meurent. Hospitalisé pendant deux ans, il est amputé du bras gauche. De 1947 à 1951 il est à Alger élève de la Société des Beaux-Arts puis de l’Ecole des Beaux-Arts et suit les cours du miniaturiste Omar Racim. En 1951 il rencontre Kateb Yacine. De 1953 à 1958 il fréquente Ecole des Beaux-Arts de Paris où il retrouve Kateb Yacine - les deux artistes demeureront inséparables. En 1958 Issiakhem quitte la France pour séjourner en RFA puis résider en RDA.
En 1962, boursier de la Casa Vélasquez de Madrid, Issiakhem rentre en Algérie. Il est alors dessinateur au quotidien Alger Républicain. En 1963 il est membre fondateur de l’Union Nationale des Arts Plastiques, de 1964 à 1966 chef d’atelier de peinture à l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger puis directeur pédagogique de l’Ecole des Beaux-Arts d’Oran. Il illustre alors plusieurs œuvres de Kateb Yacine. De 1965 à 1982 il crée les maquettes des billets de banque et de nombreux timbres-poste algériens. En 1967 il réalise avec Kateb Yacine un film pour la télévision, Poussières de juillet, en 1968 les décors du film La voie, de Slim Riad. En 1971 Issiakhem est professeur d’art graphique à l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger et crée les décors pour le film Novembre. Il voyage en 1972 au Viêt Nam et reçoit en 1973 une médaille d’or à la Foire Internationale d’Alger pour la décoration du stand du Ministère du Travail et des Affaires sociales.
De 1973 à 1978 Issiakhem est dessinateur de presse. Il dirige en 1977 la réalisation d’une fresque pour l’aéroport d’Alger. Le Ministère du Travail et des Affaires sociales publie à Alger une plaquette dont Kateb Yacine écrit la préface sous le titre Issiakhem, Œil-de-lynx et les américains, trente-cinq années de l’enfer d’un peintre. En 1978 Issiakhem séjourne quelques mois à Moscou et reçoit en 1980 le Premier Simba d’Or (Lion d’Or) de Rome, distinction de l’UNESCO pour l’art africain. Il meurt le 1er décembre 1985 à la suite d’une longue maladie.
Bibliographie sélective
Algérie, Expressions multiples : Baya, Issiakhem, Khadda, (préfaces de Jean Pélégri, Benamar Mediene et Michel.-Georges Bernard), Cahiers de l’ADEIAO n°5, Paris, 1987.
M’hamed Issiakhem et Kateb Yacine, Les jumeaux pathétiques, par Benamar Mediene, UNESCO, Djazaïr, Une année de l’Algérie en France, Alger, 2003.
publié par hardeur dans: Culture