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Jeudi 18 Janvier 2007
Chekh H'ssisen (1920-1959) Brillant Interprète de Chaâbi De son vrai nom Ahcène Larbi Benameur, H'ssissen est né le 8 décembre 1920 au 15 rue Monthabor à la Casbah d'Alger au sein d'une famille originaire de Maâtkas (Tizi-Ouzou). Il a marque son époque par la finesse de son interprétation des grandes qacidate et s'est distingue par sa mémoire prodigieuse qui lui permettait de retenir un long poème après l'avoir lu une ou deux fois.Il l'apprend aussitôt mais en y ajoutant la manière, sans avoir à consulter ses manuscrits, à l'instar de tous les cheikhs de l'époque qui consignaient leur répertoire sur de gros livres. Sa connaissance instinctive de la prosodie lui permettait de placer la note sensible a ou elle devrait être et de donner à la mélodie toute sa souplesse et toute sa finesse. Comme tous les musiciens algériens, il apprit a jouer par lui-même, d'abord de la mandoline, ensuite de la guitare et de la mandole, pour égayer les soirée des jeunes de son quartier. Son talent lui permit très vile de se joindre aux orchestres des plus grands maîtres, Auprès d'eux il se familiarisera avec les modes classiques en usage dans le genre chaâbi, si bien que très vite, avant appris a leur contact une multitude de poèmes, il se mit a composer lui-même. Quelques années avant la Révolution de 1954, il était a la tête de son propre orchestre et sa popularité s'étendait déjà au-delà de a ville d'Alger. Ses activités artistiques se doublaient d'activités politiques - il était le chantre du MTLD qui menait une activité de propagande sur toute l'étendue du territoire algérien - et cela jusqu'à la ''Bataille d'Alger" ou, se sentant menace il prit la décision de s'exiler. il ''monta" d'abord a Paris ou il retrouva une grande partie de ses amis, réfugiés comme lui; c'est a cette époque que sa collaboration avec Missoum lui permit de renouveler le genre, rénovation a laquelle Missoum était très attache: ils composèrent en commun un grand nombre d'ouvres. Il réalisa chez Pacific l'unique enregistrement commercial de sa carrière. C'est a cette époque aussi que, revenant aux sources, il composa, toujours dans le style "chaâbi'', quelques ouvres kabyles ou il prêchait la morale et le retour aux préceptes de l'Islam. Pendant son séjour à Paris, au cours des nombreuses soirées qu'il donnait, accompagné seulement d'un batteur et, tard dans la nuit, par tous les musiciens algériens qui venaient après leur propre travail se joindre a lui pour le plaisir, il réalisa au cabaret "Le Maroc",les enregistrements de la série des Soirées avec H'ssissen. De Paris, il se rendit à Tunis. Il fut incorporé dans la troupe artistique du FLN et participa aux différentes tournées dans les pays amis. Son état de santé déclina très vite et il mourut le 29 septembre 1959 a l'hôpital Saddikia, à Tunis, des suites d'une maladie pulmonaire. Son corps repose au cimetière El-Djeledj aux cotes de sa compatriote Hadjira Bali, une grande chanteuse populaire de l'époque, sour de la comédienne Wafia, épouse de Larbi Zekkal
publié par hardeur dans: Culture
Jeudi 18 Janvier 2007

« Centenaire Si Mohand-ou-Mhand ou la poésie d’expression kabyle d’hier à aujourd’hui"

Si Mohand-ou-Mhand (1849-1905), poète célèbre de la tradition orale kabyle, décédé il y a un siècle, a fait l’objet de plusieurs recueils et d’études spécialisées (voir bibliographie). Son œuvre est relativement bien connue. Le poète est entré dans la légende de son vivant même et ce sera le lieu, dans ce colloque, de faire quelques recommandations pour l’établissement de sa biographie, en tenant compte des récents acquis de l’anthropologie historique, de l’ethnohistoire, et de l’histoire sociale. « Revisiter » Si Mohand-ou-Mhand ne serait pas une mauvaise idée. Ce serait à la fois discuter chaque point de vue des auteurs qui se sont intéressés à l’homme et à l’œuvre et replacer le distingué poète kabyle dans les acquis du savoir en matière des sciences sociales, sur un double plan : méthodologique et épistémologique.

Du vivant de Si Mohand, le monde académique européen accordait une attention de plus en plus grande au matériau de tradition orale. Il ne faut pas oublier que depuis le XVIIIe siècle, érudits et amateurs éclairés recueillaient à travers le vieux continent les « chants des nations », genres bénéficiant du changement de légitimité culturelle : la culture ne peut être que celle du peuple. Partout des chants de bardes suscitaient de l’intérêt. A ces époques, le monde paysan est pensé comme gardien des vestiges de la tradition ancienne. De là est né le travail des folkloristes qui allait aussi de pair avec la découverte de populations exotiques au cours des explorations.

Enquêtes et recensions se multipliaient. Un mouvement général de publications des contes et des chansons populaires se développe en Europe. En France dans les débuts, il a pu être organisé par la puissance publique. En 1852, sous Napoléon III, le ministre de l’instruction publique, Hippolyte Fortoul, a été chargé de lancer une vaste enquête qui a été le point de départ d’une récolte immense. Les Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura du colonel Hanoteau (1867) ont été publiées dans ce contexte.

Par la suite en ce qui concerne le seul domaine kabyle, d’autres collecteurs ont apporté leur contribution : Ben Sedira (1887), Rinn (1887), Mouliéras (1893-8), Luciani (1899), Boulifa (1904). Boulifa, avec son Recueil de poésies kabyles (1904), a été le premier éditeur de plus d’une centaine de pièces poétiques de Si Mohand, sans compter des pièces considérées à tord ou à raison comme apocryphes ou celles dont l’appartenance à l’auteur n’est pas authentifiée. Depuis lors jusqu’à nos jours, le recueil de témoignages oraux et de pièces de littérature populaire, aussi bien sur Si Mohand que sur d’autres promoteurs moins illustres (la poésie anonyme n’est pas déconsidérée), est devenu assez significatif.

L’accumulation des matériaux et des enquêtes en cours sur le terrain ne manquera pas de soulever un certain nombre de questions. Comme par exemple, la reconstruction du passé et les faits de la vie du poète à travers des méthodes d’investigation faites de collecte, de confrontation et de critique des sources, doit se faire selon des normes de rigueur requises. La tradition orale ne continue pas moins à transmettre la parole du groupe. Ces deux discours parallèles (l’un scientifique, l’autre provenant de l’oralité) s’interpénètrent à l’occasion ou cohabitant dans l’univers mental de la société qui a produit au moins l’un des deux.

La parole a précédé l’écriture ! Dans les sociétés maghrébines, les poètes de l’oralité ont traduit les préoccupations de leurs groupes avant que les professionnels de l’écriture ne se mettent à rechercher des traces du passé tant dans les écrits que dans la tradition orale.

Notice biographique

Parfois appelé à tord ou à raison le Verlaine ou le Rimbaud kabyle, Si Mohand Ou Mhand jouit d’une notoriété incontestable dans l’Algérie d’aujourd’hui, grâce en particulier aux nombreuses études qui lui ont été consacrées. Ses poèmes ont été répertoriés et traduits par plusieurs hommes de lettres algériens, et principalement par Mouloud Mammeri (1969).

Si Mohand naquit aux alentours de l’année 1849 à Icheraïouen, village déplacé plus tard près de Tizi-Rached mais qui se trouvait à l’époque dans l’actuel site de Larbaa Nath Iraten (autrefois Fort National). Sa famille était celle des Aït Hamadouche. En 1857, le maréchal Randon se lança à la conquête du cœur kabyle. Le village de Si Mohand fut détruit. En ces temps troublés, le poète suivait des cours dans une école coranique, puis il continua ses études dans la prestigieuse zaouïa de Sidi Abderrahaman des Illoulen, si bien qu’il devint taleb. Issu d’un milieu de paysans aisés, il a eu une enfance assez heureuse, mais sa vie bascula avec l’insurrection de 1871. Sa famille, dont les membres s’engagèrent dans la révolte, furent activement recherchés. L’un s’enfuit en Tunisie, un autre fut déporté en Nouvelle-Calédonie, le père de Si Mohand fut fusillé. Et Mohand lui-même échappa de justesse à la mort. Si Mohand, stable jusqu’ici, se voit brusquement projeté dans l’errance. Alors que les Aït Hamadouche dispersés cherchent refuge ailleurs, lui va parcourir villes et villages, se laisser aller à boire, courir les filles et proclamer dans ses poèmes sa douleur des temps nouveaux.

Il se marie, mais il continue à boire et à fumer du haschisch. Sa belle-mère, pour se débarrasser de lui, tente même de l’empoisonner. Finalement il divorce et s’en va de par les chemins, ne rentrant qu’épisodiquement au pays natal. Il va ainsi parcourir l’Algérie, aller jusqu’en Tunisie où des membres des Aït Hamadouche s’étaient fixés. Bône (actuellement Annaba) et sa région semblent l’attirer. Il s’y fixe un moment, puis repart pour d’autres cieux. Durant sa vie vagabonde, il va partout rimer, et semer des poésies à tous vents. Toute l’œuvre de Si Mohand ressemble à une confession. On peut y voir les rêveries d’un poète solitaire et l’expression subjective et privilégiée des émotions et des sentiments humains. Hormis quelques formules proverbiales, on n’y trouve en effet aucun didactisme ou moralisme. Si Mohand est un « sentimental » qui utilise le sentiment comme fonction prédominante, son rapport au monde l’est également, ainsi que son expression poétique, révélant une grande richesse intérieure et une profonde sensibilité.

Les éditeurs de ses poèmes et commentateurs ont relevé trois thèmes principaux : l’amour, l’exil et le destin. Mais d’autres thuriféraires ont accordé plus d’attention au thème de l’errance. Vers les dernières années de sa vie, il rend à Aïn el Hammam (autrefois Michelet) pour visiter le vénérable Cheikh Mohand Ou Lhoussine. Il meurt en décembre 1905 à l’hôpital Saint-Eugénie, tenu par des Sœurs-Blanches. Le cimetière des Aït Sidi Saïd, groupe maraboutique, se trouve là. Le poète y comptait des amis qui réglèrent les frais des funérailles et l’accueillirent dans leur cimetière. Il demeure parmi eux.

Biographie de Si Muh U Mhand

   Si Muh U Mhend est le poète Kabyle de la tradition orale le plus célèbre et le plus documenté. Il est né à Icheraiouene, l'un des village composant l'agglomération de Tizi-Rached (dans la confédération des At iraten), au cour de l'année  1845.

Fils de Muhand AmezianeN'at Hamadouche et de Fatima At Ssaid. Atteint d'un mal incurable et empirant de jour en jour ( un abcès au nombril, selon Dermenghem ; une gangrène au pied dit le poète ), il est mort en1906 à l'hôpital des sœurs blanches, près de Michelet (AEH) ; il est enterré au cimetière de Tikoubaine, appelé Asqif N Tmana, dans le coin réservé aux étrangers.

Dès sa tendre enfance, il a connu l'exil : après la pacification de la Kabylie en 1857, le général Randon, chargé de réduire le Djurdjura fait exproprier les habitants et raser Icheraiouene, le village de Mohand, afin de bâtir sur son emplacement Fort napoléon, qui deviendra plus tard, Fort National, aujourd'hui Larbaa Nath Irathen. Après cet événement, ses parents préfèrent aller s'installer à Sidi Khelifa, un petit hameau situé près d'Akbou ( Ighil Guerfi, Larbaa Nath Irathen).

Mais déjà avant de s'installer à Icheraiouene  (l'ancien), les parents de Mohand, les Ath Hamadouche, avaient, pour fuir une vendetta, dû quitter Aguemoune, un autre village des Ath Irathene. Après l'insurrection Kabyle de 1871 à laquelle les Ath Hamadouche prennent une part active, les parents de Mohand, qui étaient représentants de la rahmania pour les Ath Irathen, sont  à l'instar de tous les autres insurgé, durement réprimés: Cheikh Arezki, son oncle, est déporté en Nouvelle Calédonie ; Said le frère de Arezki, s'enfuit en Tunisie ; le père de Mohand, Ameziane est exécuté à Fort National, Mohand lui même ne doit la vie sauve qu'a  l'intervention d'un officier qui avait jugé sa mort « inutile ».

Tous les biens des Ath Hamadouche sont séquestrés. Il se sont alors dispersés et se réfugient dans d'autres villages voisins de Tizi-Rached. La mère du poète, Fatima N'at Ssaid, se retire à Icheraiouene, avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son frère aîné, se rend en Tunisie avec l'essentiel de ce qui restait de la  fortune paternelle qu'il emporte avec lui. Il y prend une femme et acquiert un magasin et une petite ferme. Après le partage- inéquitable selon les dires de Mohand - de l'héritage familial, le poète dilapide vite le peu  qui lui en échoit.

Ainsi, libéré d tout et tous, sauf de lui même, il va désormais commencer une vie d’errance, vivant d’expédients et de poésie. Tel ces aèdes hellénique qui, à l’instar d’Homère, parcouraient la Grèce pour chanter les exploits des héros et dieux. Si Mohand parcourait toute la région qui se situait d’Alger à Tunis et déclamait ses vers à ses concitoyens Kabyles exilés pour des raisons politiques ou économiques.

Le barde des At Yiraten ne chantait pas l’exploit des héros mythiques mais bien le quotidien amer des Algériens des débuts de la colonisation et la nostalgie d’un âge d’or perdu à tout jamais. Sa poésie spontanée, limpide et puissante, a enchantée des générations entières et certains de ses vers sont passés en proverbes. Si Muhand est entré dan la légende de son vivant même et le célèbre épisode de sa rencontre avec le véritable Cheikh Mohand est resté gravé dans les mémoires.

Sa vie d’errance et de privation finira par être fatale au poète, son mal ( qu’il ne cessait de chanter) empirait de jour en jour et lui fit admettre à l’hôpital des soeurs blanches de Michelets où il mourut le 28 décembre 1905. Il est enterré à Asqif N tmana prés de Michelet, selon la parole prophétique de Cheikh Mohand.

Un siècle plus tard, Si Muhand demeure l’une des figures les plus prestigieuses de la poésie populaire Kabyle, à l’origine d’une lignée perpétuée jusqu’à ce jour par Slimane Azem,   l Hasnaoui et Matoub Notamment.

La poésie de Si Muhand, chantant la tragique et impuissante condition de l’homme devant le destin implacable fruit du temps, porte aux nues le verbe berbère et fait de notre poète l’un des plus grands interprète de la douloureuse rupture imposée par les temps modernes et le fait entrer par la grande porte dans la littérature universelle.

Si Mohand Ou M'Hand

Biographie

 Si Mohand Ou M'Hand Ath Hammadouche est né vers 1845 et est mort en 1906 (d'après Boulifa). Si la date de sa mort semble établie, celle de sa naissance est approximative. En effet, l'Etat Civil en Kabylie n'a pas eu d'existence officielle avant 1891. Il naquit donc dans l'ancien village de Chéraïouia où son père Mehand Améziane Ou Hammadouche, originaire de Aguemoun, s'était réfugié pour échapper à une vendetta. Après 1857, le village de Chéraïouia fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen). L'autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 Km au nord, près de Tizi-Rached, qui appartenait à une zaouïa.

En fait, la population s'est répartie, pour une faible part sur ce terrain où naquit la nouvelle Chéraïouia, mais pour la plupart aux alentours de Fort-National.

Les parents de Si Mohand s'installèrent à Akbou, au lieu-dit Sidi-Khelifa. Son oncle paternel, Cheikh Arezki Ou Hammadouche, maître en droit musulman y avait ouvert une zaouïa où un taleb enseignait le Coran, non seulement aux enfants de la famille mais aussi à tous ceux du village. C'est là que Si Mohand commença ses études avant de rejoindre l'importante zaouïa de Sidi Abderrahmane Illoulen (Michelet). La famille était aisée et l'enfance de Si Mohand heureuse.

En 1871, lors de l'insurrection, la famille s'est engagée aux côtés de Cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Le père, Mehand Améziane fut exécuté à Fort-National, l'oncle Arezki déporté en Nouvelle-Calédonie et leurs biens confisqués au profit de l'Etat. La famille ruinée et anéantie se dispersa, la mère se retira dans la nouvelle Chéraïouia avec son jeune fils Méziane et là commença la vie de vagabond de Si Mohand, errant de ville en ville. Son frère aîné Akli s'enfuit à Tunis avec l'essentiel des ressources de la famille.

Si Mohand passa quelque 30 ans d'errance entre la Kabylie et la région de Bône (Annaba) où de nombreux Kabyles travaillaient comme ouvriers agricoles ou comme mineurs. Un autre de ses oncles, Hend N'Aït Saïd , était d'ailleurs installé dans les faubourgs de Bône.

Si Mohand mourut en 1906 à l'hôpital des Soeurs Blanches de Michelet et fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb.

Liberté 4 avril 2006

Quelle place pour Si Mohand u M’hand dans le programme scolaire ?

“Si Mohand u M’hand, un poète, une œuvre, une société” est le thème d’un colloque qui s’est ouvert, avant-hier, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Organisée par l’association qui porte le nom du poète, la rencontre a vu la participation d’une brochette d’écrivains et d’enseignants universitaires.

Dans une allocution d’ouverture, Ould Ali L’hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, a mis en exergue l’importance que revêt ce genre de manifestations pour faire connaître tous ceux qui ont marqué de leur empreinte la culture algérienne. “Cette rencontre se veut une occasion d’hommage, de débat et de bilan. D’hommage parce que l’homme célèbre est et demeure une icône de notre histoire récente. Sa poésie aide à fixer quelques repères historiques et contribue à rétablir bien des vérités.

De débat, qui sera animé par des communicants de renom entre universitaires, hommes de culture et militants. Chacun y apportera un éclairage sur une période très mouvementée de notre passé, sur un homme à l’héritage si consistant et sur une société qui continue à s’y identifier, aussi bien au passé qu’à l’homme en tant qu’acteur.

De bilan, qu’il faudra dresser sans complaisance car le poète est au centre de plusieurs débats allant de la poésie à l’histoire en passant par la littérature, la sociologie et l’anthropologie.”

Des questionnements persistent et nos honorables conférenciers tenteront d’apporter les réponses. M. Ould Ali rappellera que cet événement s’insère dans un programme global étalé sur une année et qui commémore le centenaire du barde. “Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu et ce colloque vient clôturer cette occasion particulière. Car le témoin d’une époque que fut Si Mohand u M’hand mérite de retrouver la place qui lui revient dans l’histoire de notre pays. Son œuvre gagnera à être vulgarisée et enseignée dans tous les paliers de l’enseignement. Aussi, nous participons activement, aux côtés d’acteurs, de militants et d’hommes de culture, à l’initiative visant à classer l’œuvre de Si Mohand u M’hand et de cheikh Mohand Oulhocine au niveau de l’Unesco, comme patrimoine universel.”
 
Inaugurant le cycle de conférences, Bali Madjid, enseignant, a souligné : “Si Mohand u M’hand est et demeure le plus connu et reconnu de nos poètes. Un siècle après sa mort, son œuvre autant que son mythe se perpétuent.” Pour sa part Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), a indiqué que l’œuvre du barde n’est pas épuisée à ce jour avant de s’interroger : “Quelle place pour ses poèmes dans le cursus scolaire ?” Lui succédant, Saïd Chemakh, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, a consacré son exposé à “Thamurth dans la poésie de Si Mohand”. La journée d’hier a été marquée par l’animation de quatre communications. Ghobrini Mohamed, ancien journaliste, actuellement conseiller à la communication au bureau des Nations unies à Alger, a parlé de son dernier livre Dialogue de géants, un montage poétique imaginaire entre Si Mohand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine. Rachid Mokhtari a revisité les isefras de Si Mohand dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil. De leur côté, Abdennour Abdesselam, linguiste, et Madjid Rabia, poète, ont développé respectivement deux thèmes, à savoir “L’étude comparative Si Muhand u M’hand-Baudelaire” et “Si Muhand u M’hand et cheikh Mohand Oulhocine”. En marge de ces conférences, une vente-dédicace de livres et de recueils de poésies a eu lieu dans le hall de la Maison de la culture. La projection du film Si Muh, l’insoumis et son making-off était également au programme.
 A. TAHRAOUI

Le Jeune Indépendant 4 avril 2006 : La poésie de l’errance

Si Mohand si tu revenais, tu verrais cette époque, et t’apitoierais sur ceux qui pleurent. « A Si Muhend awi-k id yerran, a twalid zman, ma k-ghiden widen yettrun. » L’hommage d’un géant de la chanson kabyle à un célèbre poète ayant la même langue d’expression était le vœu du regretté Slimane Azem, qui avait compris que Si Muhend U M’hend avait encore un rôle à jouer et qu’il avait encore beaucoup à dire si la mort ne l’avait emporté.

En cette année 2006, le centenaire de la disparition du poète de l’errance a été célébré dans différentes régions du pays. C’est ainsi qu’un colloque ayant pour thème «Un poète, une œuvre, une société» a été organisé à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, dimanche et lundi derniers.

L’association Si Muhend U M’hend, qui travaille à ce point depuis près d’une année, a finalement réussi à le réaliser. Tous les participants se sont accordés à dire que l’immense héritage du poète ne pouvait être résumé en deux jours de débats et d’échanges.

Si Muhend a découvert sa passion et laissé exprimer son génie après les incursions coloniales de 1857 qui avaient totalement déchiré sa famille, celle des Aït Hamadouche. Son village natal, Icharïouene, dans le arch de Tizi Rached, a été complètement rasé par les occupants et son père exécuté.

Sa mère s’était alors réfugiée dans un autre village avec son frère cadet, tandis que son grand frère quittait le pays en famille pour s’installer en Tunisie. A l’âge de douze ans, Muhend se retrouvait seul, dans un monde dominé par la loi du plus fort et où l’Algérie subissait les affres de la colonisation française.

Livré à lui-même et n’ayant personne à ses côtés, Si Muhend commence son voyage d’errant. Il lance ses sentences un peu partout et récite des poèmes en chaque circonstance. Il ne répétait jamais ce qu’il avait déjà exprimé. C’est pour cette raison qu’il avait eu des problèmes avec chikh Muhend U L’hocine qui lui avait demandé un poème déjà récité à l’occasion de leur première rencontre.

Comme le poète s’était refusé à accéder à cette demande, chikh Muhend s’était mis en colère et lui avait «jeté un sort» : celui de mourir errant et d’être enterré à Aseqif N t’mana, un cimetière réservé aux étrangers, dans la région d’Icharïouène.

Durant toute son «errance» sans répit, Si Muhend a traversé plusieurs villes d’Algérie, de Tunisie, avant qu’une maladie suivie d’une hospitalisation à l’hôpital des sœurs blanches d’Aïn El-Hammam ne l’emportât. Il a rendu l’âme le 28 décembre 1905.

L’errant sans abri et sans destination laisse une poésie qui témoigne d’une époque, d’une histoire, mais aussi d’un peuple. Si Muhend avait crié sa misère, les souffrances de son peuple, son destin malheureux, son aventure. Ses malheurs ne l’ont pas empêché d’écrire des poésies sur l’amour, la femme et l’espoir.

Les conférenciers ayant participé au colloque ont basé leurs interventions sur les éléments de la personnalité de Si Muhend u M’hend, sur son art, miroir de son peuple, et sur la langue qu’il utilisait, sans crainte ni peur. Huit communications sur l’œuvre du poète ont été données par des chercheurs et des hommes de lettres.

Ainsi, Bali Madjid avec «Si Muhend, l’intemporel», Youcef Merahi avec «Laissez Si Muhend à son mythe», Saïd Chemmakh à travers le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend et Muhend», Akli Salhi avec «Si Muhend et la poésie kabyle d’aujourd’hui…» A noter également la communication de Ghobrini Mohammed ayant pour thème «Si Muh u M’hend/ Chikh Muhend : dialogue des géants» et celle de Rachid Mokhtari «Les isefras de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil».

Le colloque a été agrémenté de ventes dédicaces de certains ouvrages, comme ceux de Rachid Mokhtari, de Youcef Merahi, de Mohammed Ghobrini ou de Boualem Rabia. Des montages poétiques ainsi que la projection du film Si Muhend U M’hend, l’insoumis ont également été du programme.

 Les travaux du colloque ont été clôturés dans l’après-midi d’hier, après d’ultimes débats.
 T. Drifa

Liberté 2 avril 2006

Si Mohand u M’hend, un poète, une œuvre, une société

La maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou abritera, aujourd’hui et demain, un colloque consacré à la vie et à l’œuvre du poète Si Mohand u M’hend. Le programme de cette manifestation à laquelle devraient prendre part des écrivains et enseignants universitaires prévoit huit communications.

 Une projection du film Si Mohand u M’hend l’insoumis, une exposition permanente et une vente-dédicace de livres et recueils de poésie en présence de MM. Rachid Mokhtari, Youcef Merahi, Mohamed Gobrini, Abdennour Abdesselam et Boualem Rabia seront également au menu.

 Né au courant de l’année 1845, à Icheraïouène, l’un des villages composant l’agglomération de Tizi Rached, Si Mohand u M’hend a connu l’exil dès sa tendre enfance.

 En 1857, le général Randon, chargé de réduire le Djurdjura à sa juste expression, fait exproprier les habitants et raser le village du poète afin de bâtir sur son emplacement Fort Napoléon, qui deviendra plus tard Fort National, aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen. Après l’insurrection kabyle de 1871, à laquelle les Ath Hamadouche prennent part activement, ses parents, qui étaient représentants de la Rahmania pour les Ath Irathen, sont, à l’instar de tous les autres insurgés, durement réprimés. Cheikh Arezki, son oncle, est déporté en Nouvelle Calédonie, Saïd, le frère de Arezki, s’enfuit en Tunisie, le père de Mohand, Ameziane, est exécuté à Fort National. Le futur poète a failli y passer lui aussi. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier de l’armée française qui avait jugé sa mort “inutile”. Tous les biens des Ath Hamadouche seront séquestrés. Ils se sont alors dispersés en se réfugiant dans d’autres hameaux limitrophes.

 La mère du poète, Fatima n’Ath Saïd, se retire à Icheraïouène, avec Meziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son frère aîné, se rend en Tunisie avec l’essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu’il emporta avec lui. Resté seul, Si Mohand va désormais commencer une vie d’errance. De Kabylie à Tunis via Alger, la misère de ses concitoyens kabyles exilés a réveillé en son âme l’inspiration de rimer des vers. Le barde ne chantait pas l’exploit des héros mythiques mais le mal-être des Algériens des débuts des “bienfaits” de la colonisation et la nostalgie d’une époque perdue à tout jamais. Sa poésie spontanée, limpide et puissante a enchanté des générations entières.

 Certains de ses vers ont été “érigés” en proverbes tellement ils étaient, et sont encore, significatifs. Si Mohand u M’hend est le poète kabyle de la tradition orale le plus célèbre et le plus documenté. Atteint d’un mal incurable et empirant de jour en jour (un abcès au nombril, selon Dermenghem, une gangrène au pied, dit le poète), Si Mohand rendra l’âme le 28 décembre 1905. Il est enterré à Asqif n’Tmana, près de Aïn El Hammam, selon la parole prophétique du cheikh. De nombreux ouvrages ont été consacrés à sa vie et à son œuvre, lui qui a souffert de la méchanceté et de l’incompréhension des hommes.

 Comme l’écrivait Mouloud Feraoun dans Les poèmes de Si Mohand, le poète découvre avec effroi qu’il n’est lui-même qu’une illusion et qu’il n’y a de vrai que le Créateur.

 À ce sujet, Si Mohand u M’hend disait : “Ô Dieu, aie pitié de moi/Je suis celui à qui tu as ôté la vie/Et qui n’attend plus rien de ce monde…/Mon Dieu, tu es le roc éternel/Et moi l’invisible poussière/Que le vent en a arrachée…”

 A. TAHRAOUI

L'Expression 1er avril 2006

Si Muhend U’Mhend revient cette semaine

 Le poète est entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine.

 Si Muhend U’Mhend, ce barde de la Kabylie dont le nom est passé à la postérité, revient cette semaine avec le colloque organisé sous l’égide du ministère de la Culture, en collaboration avec la Maison de la culture Mouloud-Mammeri et l’association culturelle Si Muhend U Mhend, et ce, les 2 et 3 avril prochain.

 L’ouverture de l’exposition se fera aujourd’hui et la cérémonie d’ouverture demain. Suivront ensuite, et le même jour, une communication avec Madjid Bali sous le thème «Si Muhend l’intemporel», M.Youcef Merahi interviendra, lui, avec une communication sous le thème : «Laissons Si Muhend à son mythe», puis le Dr Chemakh interviendra avec une conférence sous le thème «Tamurt dans la poésie de Si Muhend».

 Le lendemain 3 avril, plusieurs communications sont prévues telles «Si Muhend U Mhend et Ccix Muhend: dialogue de géants», «Les Isefra de Si Muhend dans le répertoire de la chanson kabyle de l’exil», et enfin, une projection du film: Si Muhend U Mhend, l’insoumis!»

 Rappelons que le barde kabyle est né à Icheraiouene, un village de l’agglomération de Tizi Rached en 1845, fils de Muhand Ameziane N’ath Hamadouche et de Fatma Ath Saïd. Il serait décédé en 1905 des suites d’une gangrène au pied alors que d’autres parlent d’un abcès au nombril. Le poète disait toujours qu’il «était atteint d’un mal incurable».

 Il est enterré au cimetière d’Aïn El Hammam à Asquif N’temana. Si Muhend U Mhend a quitté la Kabylie après le rouleau compresseur des armées d’occupation avec le maréchal Randon vers 1857.

 L’armée d’occupation fit raser Icheraiouene et bâtit sur son emplacement le Fort Napoléon devenu, plus tard, le Fort National et enfin, Larbaâ Nath Irathen. Après cet événement, les parents de Si Muhend s’installent à Sidi Khelifa, un petit hameau près d’Ighil Gherfi dans les environs de Larbaâ Nath Irathen.

 Les parents de Si Muhend devaient d’ailleurs venir avant cela de Aguemoune, un autre village de Larbaâ Nath Irathen pour fuir une vendetta avant de s’installer à Icheraiouene. Les Aït Hamadouche prirent une part active lors du soulèvement de 1871. Ces derniers étant les représentants de la confrérie de la Rahmania pour les Ath Irathen. Aussi, et à l’instar de tous les autres insurgés, ils furent impitoyablement réprimés. Cheikh Arezki, l’oncle de Si Muhend est déporté en Nouvelle-Calédonie, Saïd, l’autre oncle, s’enfuit en Tunisie, Mohand Ameziane, le père, est exécuté à Fort National et Si Muhend lui-même ne dut la vie sauve qu’à l’intervention d’un officier français qui a jugé «sa mort inutile».

 Les biens des Aït Hamadouche furent placés sous séquestre et la famille se dispersa en trouvant refuge dans les autres villages. La mère de Si Muhend, Fatma N’ath Saïd, se retire à Icheraiouene avec Meziane le plus jeune des enfants, Akli, son aîné se rend en Tunisie où il fonde un foyer et acquiert un petit magasin et une fermette. Si Muhend, définitivement «libéré» des contingences, parcourut la région entre la Kabylie et la Tunisie en chantant ses poèmes et en vivant d’expédients. Si Muhend chantait le quotidien et aussi la nostalgie des temps anciens. Spontanée, simple, limpide mais très puissante, sa poésie a enchanté des générations.

 Le poète est d’ailleurs entré dans la légende de son vivant avec, gravée dans la mémoire, sa rencontre avec Ccix Muhend U Lhocine. Une vie d’errance et de privations le mena à l’hôpital des Soeurs Blanches de Michelet (Aïn El Hammam) où il mourut le 28 décembre 1905.

Aujourd’hui encore, ses poèmes transmis de bouche à oreille et transcrits aussi bien par Feraoun que par Mammeri pour les modernes, sont encore égrenés par les jeunes et moins jeunes.
 A. SAÏD

Mouloud Feraoun : Poèmes de Si Mohand

Isefra (poèmes)
[Transcription de Mouloud Feraoun]

- 1 -
 
Ceci est mon poème;
 Plaise à Dieu qu'il soit beau
 Et se répande partout.
Thikelta ad hhedjigh asfrou
Oua lahh addlhhou
Addinaddi ddeg louddiath

Qui l'entendra l'écrira,
 Ne le lâchera plus
 Et le sage m'approuvera :
Oui thislan ar dha thiarou
Our as iverou
Oui ilan ddelfahhem izrath

Que Dieu leur inspire pitié;
Lui seul peut nous en préserver :
Qu'elles s’éloignent, nous n'avons plus rien !
An helel Rebbi athet ihheddou
Ghoures ai neddaou
Add vaddent addrim nekfath

- 2 -

Ce siècle fait fuir
Qui a enrichi les chiens
Vous êtes brisés, ô nobles coeurs !
El qern agi iserhhav
Ddeg revhhen leklav
Therzem ia oulad bab allahh
.  
Je dois aux méchants mes cheveux blancs,
Ma raison m'a abandonné,
Je suis "le fils dépravé".
Selmahna ensen aï nechav

Dderaï iou ighav
Semani edaria malahh
.


Il faut donc me résigner
Puisque le lâche se fait craindre
Tant pis, ô mon âme, tant pis !
Djigh echi netalav
Mi ddouddaï mouhhav
Chahh ! a raï ou, chahh !
 
Younès Adli : Si Mohand Ou M'Hand, Errance et révolte
(Poésie) - Auto édition, Alger, 2000



Isefra (poèmes)
[Transcription de Younès Adli]

- 1 Résistance : n°74 page 171 -

Les règles sont désormais perverties,
C'est ainsi établi
Les vils ont pris le dessus.
Ddenya fmedden tfusel
Di lefhem yetnesel
Zwamel bedlen tikli
 
Tous les hommes bien nés
Ont pris la forêt
Bravant les affres de l'adversité
Krabbw'illan d lasel
Di lghaba yehmel
âaryan talab'Ur tel li
 
 Dieu a ainsi destiné ce siècle
 Qui nous enserre dans l'inquiétude
 Jusqu'à trébucher à chaque pas.
 Lqern Ark'i t id persel
Deg-wnezgum Étel
Mi enger suif Égligny.
 

- 2 Conseils : n°52 page 43 -
 
Toi l'intelligent,
 Ne sois jamais
 De la compagnie de l'homme hautain
A lefhem a k-Xever
Albâad ma Mesquer
Ur Ottilie ddeg taïfa-s
 
 Si tu lui fais appel
 Il ira crier sur tous les toits
 Et te méprisera à outrance
Ma tes-t Ur k-tresser
Ad Èze a k-aicher
Hsut Ada tillas
 
 Alors, sois humble
 Eloigne-toi de lui
 Apprends à oublier même le paradis lorsqu'il te rejette
Ma tell id d Audi vexer
Xir B.A.A Melar
Igenet ma tu gi-k nef-as.
 

- 3 La femme : n°13 page 91 -

 Mon cœur pensif
 S'étonne des réalités
 Et jure de ne plus s'égayer
Ata wu-i Épense
Yegul Ur Éd
Yetewhim i Échay
 
 Me voilà forcé de partir
 Sans le sou
 Sans revoir ma bien-aimée
Rhil ad ruche for si
Adrim sixtus
Abrid ar Tamazouzt Égleny
 
 Elle se priva de dîner
 Elle éclata en sanglots
 A s'étouffer.
Wellah ma tecc imensi
Ala imeti
Imi nsel ala tnehheq.

Poésie : Si Mohand ou M’hand ouvrira le cycle "Regard sur les figures de notre culture" du HCA
 (Liberté 11/10/2000)

 Le célèbre poète amazigh, le bohême et vagabond Si Mohand ou M’hand, ouvrira un cycle de conférences et de rencontres culturelles intitulé "Regard sur les figures de notre culture" que se propose d‘organiser le Haut commissariat à l’amazighité (HCA) dans le cadre de son programme pour l’année en cours. Ainsi,une journée d’études sera consacrée le 12 octobre prochain au Centre de loisirs scientifiques au plus illustre des figures de la poésie orale amazighe de la fin du XIXe siècle.

 L’œuvre du poète, son itinéraire, sa vie de vagabond et de bohême ainsi que le contexte sociohistorique qui a vu naître son génie,feront l’objet de plusieurs conférences et d’un débat qui vont réunir d’éminents spécialistes et universitaires.

 Fascinant, adulé mais aussi honni, Si Mohand ou M’hand dont les œuvres ont été réunies et présentées au large public, grâce à un travail de longue haleine entrepris par feu Mouloud Mammeri, a légué un héritage littéraire des plus précieux en amazigh. Son œuvre est un reflet de la société algérienne de l’après-guerre insurrectionnelle de 1871.

 Si Mohand ou M’hand Ath Hamadouche est né vers 1845 à Icheraoun,près de Tizi Rached. Sa famille s’engage dans la révolte de 1871 dirigée par cheikh El Mokrani contre la colonisation de la Kabylie. Son père a été fusillé et sa famille se trouvera tout de suite ruinée et anéantie.

 Depuis, le futur poète ne cessa d’errer de ville en ville et de hameau en hameau à travers l’immense Kabylie, prenant très vite goût à cette vie de troubadour au point où ni le mariage ni la vie de famille ne réussirent à le "fixer". Le mythe du poète errant est ainsi né, il continuera dans cette voie jusqu’à sa mort dans un hôpital de Sœurs blanches en 1905.

 Deux autres figures de culture algérienne contemporaine seront au rendez-vous dans le cadre de ce cycle :le musicien et compositeur Iguerbouchen, mort en 1954 et dont l’œuvre est mondialement reconnue, et le chanteur populaire et non moins troubadour ,Aïssa Djermouni dont les chansons de melhoun chaoui continuent, après plus d’un demi-siècle de sa disparition, à retentir dans les fêtes de mariage de Aïn El Beïda et des Aurès, jusqu’à nos jours.

 Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand

 Le quatrième festival Si-Mohand-Ou-M’hand s’est ouvert à Tizi-Ouzou le 16 août 2000. Pendant trois jours, les daïrates de Larbâa Nath Irathen et Tizi-Rached organisent diverses festivités. Le festival rend hommage à Cheikh Noureddine et aussi à Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, et à Si Mohand-U-M’hand, Cheikh Mohand Ou l’Hocine, Matoub Lounès et Ahcen Mezani.

Si Mohand Ou M’hand

Le Matin 10 février 2003

 Cinéma

 Sur les traces de « Si Mohand U M'hand »

 «Si Mohand existe ! Je l'ai rencontré ! Et il parle kabyle », annonce Yazid Khodja. Une affirmation triomphante d'un producteur, qui, au terme d'un long compagnonnage avec un personnage, près d'une décennie à fréquenter un poète à travers lectures et recherches, voit son rêve devenir réalité, ou presque. Car il s'agit de cinéma, un entre-deux, entre fiction et réalité, entre industrie et art. Une équation d'emblée difficile, qui tient ici de l'entreprise périlleuse.

 Tout commence, en 1995, à la lecture d'un scénario écrit par Rachid Soufi, occupé le reste du temps à donner de la cohérence à des mètres de pellicules. Yazid Khodja rachète les droits du texte. Vingt pages qui vont signer le début d'une odyssée, une sorte d'errance qui rejoint le destin du poète. Deux ans plus tard, sa société de production Prime Kamera signe un contrat de partenariat avec l'Entreprise nationale de production audiovisuelle (ENPA) qui apportait dans le panier de la mariée, matériel de tournage, le savoir-faire de ses techniciens et la mise à disposition de son laboratoire. Une union qui ne dura pas, suite à la mise à mort par décret de l'ENPA (mais également du CAAIC et de l'ANAF). Le matériel cinématographique est mis sous scellés, le fonds du FDATIC (Fonds de développement de l'art, de la technique et de l'industrie cinématographique) est gelé Retour à la case départ.

 Pour ne pas faillir à la règle nationale qui veut que la production des oeuvres de l'esprit coïncide souvent avec cérémonies et commémorations, les « réjouissances » du Millénaire d'Alger, menées tambour battant par Chérif Rahmani, viendront « ressusciter » Si Mohand U M'hand en 2000. Yazid Khodja ressort son projet de film et bénéficie d'une aide financière.

Le gouverneur d'Alger promet la mise à disposition du matériel cinéma, mais il passe la main au printemps.

 La parenthèse dure deux années et ne se referme qu'à la faveur des préparatifs pour l'Année de l'Algérie en France.

 Si Mohand U M'hand sera retenu sur la première liste des longs métrages qui en compte sept. Sept millions de dinars seront ainsi ajoutés à la cagnotte d'un film qui tarde à démarrer.

 En panne de matériel, le projet connaît un turn-over important de réalisateurs candidats à mettre en scène le scénario de Khodja. Tenu par des engagements fermes avec ses partenaires, ce dernier n'attend plus. Il ira chercher son matériel dans l'Hexagone loué pour 2,5 millions de dinars, confie les rênes de la réalisation à Rachid Benallal, la direction photo à Allel Yahiaoui et la direction d'acteurs à Sonia. Il donne le premier tour de manivelle le 29 décembre 2002.

 Après moult mésaventures et contretemps, Si Mohand U M'hand qui « habite » Yazid Khodja depuis huit longues années, prend forme. Aujourd'hui, à quatre semaines de la fin du tournage, le film a consommé près de 4 500 m de pellicules et réalisé trente minutes d'images utiles. Au final, cent minutes et 54 millions de dinars pour conter la vie et l'oeuvre de ce poète du XIXe siècle qui sera incarné par Dahmane Aidrous.

 Mais le producteur n'est pas au bout de ses peines. Le film, qui sera fin prêt pour juin 2003, fait face aujourd'hui à un autre problème. Le commissariat général de l'Année de l'Algérie en France exige le remboursement de l'aide accordée, arguant du fait que le contrat (qui stipule réception du film fin décembre 2002) n'a pas été respecté.

 La polémique de la semaine est l'oeuvre de Younès Adli. Conseiller littéraire et historique, mais également dialoguiste dans le film, il se refuse d'« être complice de ce gâchis ». Son problème ? La langue. Pour Younès Adli, le réalisateur (auquel il ne reconnaît que ses qualités de chef monteur), tout autant que la directrice d'acteurs ne maîtrisent pas la langue, kabyle s'entend. Il estime ne pas être « en mesure de prendre les responsabilités en tant que conseiller et créateur de dialogues sans avoir les moyens de les exercer ». En clair, Adli estime indispensable sa présence sur un plateau où l' « équipe qui encadre les comédiens ne parle ni ne comprend le kabyle ».
 Des propos que Yazid Khodja qualifie d' « inélégants » qui « frisent le racisme ». A cela il oppose le fait que « le choix des collaborateurs n'a été guidé que par la connaissance de la langue kabyle, nous avons privilégié l'expérience et la compétence dans le domaine cinématographique » et que « le principal porteur de la langue, c'est le comédien, et tous les comédiens à l'exception de certains rôles sont berbérophones et originaires de Grande Kabylie ».

Il rassure « ceux qui s'autoproclament les gardiens vigilants de la langue et des dialogues que ce qu'il y a lieu de préserver et de transmettre, c'est la poésie de Si Mohand. Et là, il n'y a pas risque de mauvaise traduction, les pères tutélaires de l'amazighité, Boulifa, Feraoun, Mammeri, veillent ».

 Alors crise de « paternité » ou de dialogues ? Ces derniers sont à présent confiés à Boualem Rabia, Younès Adli refusant de livrer les siens.

 Yasmina B.

Liberté 10 février 2003

 Le poète de l’errance

 Par Rubrique Culturelle

 Si Muhand U M’hand reste l’un des grands symboles de l’identité kabyle et l’un de ses plus grands poètes.

 Ses œuvres, d’une grande émotion, qualifiées de plus légères que l’air, sont imprégnées de sa grandeur d’âme et de son attachement à ses valeurs ancestrales et à sa terre bénie.

 Le poète, éternel errant, vivant d’expédients, a usé d’un verbe tranchant et d’une verve rebelle pour dénoncer les injustices et les souffrances des siens, dépossédés par le colon, affaiblis par la grande famine de 1868 ou piégés dans les enfumades. Il n’hésitait pas à user de poésies pour répondre à toutes ces injustices.

 Pourtant, on ne sait que peu de choses de la vie de Si Muhand, et seuls quelques fragments de ses œuvres sont parvenus à nous. Le poète usait de l’oralité et n’écrivait jamais ses poèmes, il était pourtant fin connaisseur de l’arabe littéraire.

 Si Muhand est né probablement entre 1840 et 1850 à Larbâa nath irathen, bien que certains soutiennent que son village natal soit incertain.

 Son père, Mohand Ameziane-ou-Hamadouch s’était réfugié à Cheraoui, un village rasé par les Français en 1857. Une vie d’aventure et d’errance commença pour le poète vers 1871, à la mort de son père, tué par les français, et à la déportation de son oncle Akli en Nouvelle-Calédonie. Confronté à une grande misère, il préférera adopter une fuite en avant, en allant de village en village, offrant à ses compagnons d’un jour une poésie qui allait marquer la culture berbère par sa force et sa richesse et sera transmise de génération en génération avec bonheur. Muhand U M’hand avait-il prédit que sa poésie serait éternelle en clamant un jour

 “Qui l’entendra l’écrira Ne la lâchera plus et Le sage m’approuvera” ?
 Boulifa, en 1900, et Feraoun, en 1955, tentèrent de sauver son œuvre de l’oubli en la transcrivant. Le poète mourut en 1906 à l’hôpital des Sœurs Blanches, à Michelet.


 Film sur Muhand U M’hand

 Que se passe-t-il sur les lieux du tournage ?
 Par Wahiba Labrèche

 L’idée de tourner un film sur la vie de l’illustre poète kabyle Muhand U M’hand entre dans le cadre de la réhabilitation de notre identité nationale et une reconnaissance en soi pour cet homme, l’éternel errant qui a su marquer son temps par son personnage hors du commun.

 Mais que se passe-t-il donc sur le plateau du tournage du film ? Simples divergences d’opinion mais qui risquent de se transformer en polémique.

 Younès Adli dénonce sa mise à l’écart

 “Je dégage toute responsabilité quant aux aboutissants du film consacré à la vie et à l’œuvre de Si M’hand U M’hand”, a tenu à préciser Younès Adli qui s’est déplacé à notre rédaction pour nous faire part de ses préoccupations quant à la gestion du tournage de ce film. Younès Adli, conseiller historique et littéraire du film consacré au poète Si M’hand U M’hand (1850-1906), a tenu à dénoncer sa mise à l’écart par le producteur du film pendant le tournage du film. “J’ai été surpris que M. Yazid Khodja me demande de remettre les dialogues et m’informe que je n’avais plus rien à faire sur le plateau du tournage”, dira notre interlocuteur sur un ton amer.

 Le film, dont le premier tour de manivelle a été donné le 29 décembre dernier, risque de ne pas être à la hauteur de l’œuvre du poète, soutiendra Younès Adli. Tout a commencé il y a trois ans quand M. Yazid Khodja avait sollicité l’aide de l’auteur du livre, Arezki L’bachir, pour apporter sa contribution à la réécriture d’un scénario en hommage au poète de la Kabylie Si M’hand U M’hand.

 Le travail nécessitera trois ans de recherche. L’écrivain a été également sollicité pour l’écriture des dialogues. “Autant l’idée de participer à la réalisation de ce film m’enchantait, autant j’avais peur de commettre des erreurs. Il est tout de même question d’histoire et de poésie. Après le premier tour de manivelle, j’ai vu quatre réalisateurs défiler. Il s’agit de Mustapha Mengouchi, Ali Mouzaoui, Amar Tribèche et Djamel Beloued. À la fin, le choix est tombé sur un ancien chef monteur. La direction des acteurs a été confiée à la comédienne Sonia, à qui je voue une grande admiration, mais elle ne maîtrise malheureusement pas la langue amazigh.” Pour sa part, M. Yazid Khodja soutiendra que conformément à l’usage dans le monde du cinéma, il avait tout simplement demandé à M. Adli de remettre les dialogues à l’équipe du tournage, tout en reconnaissant le rôle qu’il a joué dans la réécriture du scénario et la traduction des dialogues. Pour rappel, le film, qui doit être présenté dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France, a bénéficié d’une aide de 5,5 millions de DA, avec la participation de l’ENTV, du HCA, de Sonatrach, l’ONDA, la BNA ainsi que du commissariat de l’Année de l’Algérie en France.

 W. L.

Info Soir 30 septembre 2004

Si Mohand U M’hend Le poète rebelle

Par Yacine Idjer

 Enfin, le film Si Mohand U M’hend ! Et à travers cette cinématographie, ce sont la vie et la poésie du rebelle qui sont mises en exergue.

 La salle Ibn-Zeydoun a abrité, hier, l’avant-première de Si Mohand U M’hend, l’insoumis, un film coréalisé par Rachid Benallal et Liazid Khodja.

 Le film retrace la vie du poète kabyle, Si Mohand U M’hend, à la fois rebelle et errant, et qui a marqué son époque par sa verve poétique.

 Une poésie forte, descriptive et lourde de sens. Et c’est grâce à elle que Si Mohand U M’hend, chantre de l’amazighité, est devenu le symbole d’un destin collectif. Son œuvre, comme sa vie, intimement liées, a été perçue par tous comme un signe et un instrument de libération.

 Le film dont le dialogue est en amazigh, s’ouvre sur les prémices d’une insurrection qui a été réprimée dans le sang ; ensuite, le film se poursuit en décrivant «la fulgurance nomade de ce poète de génie qui, furtivement, rasait les murs et visitait les villes sans imposer nulle part sa présence, pourtant toujours et partout remarquée et ressentie».

 Et à travers ces errances, c’est toute «une vie de poésie sevrée au gré des escales, du vin
et de paradis artificiels».

 Le personnage ainsi que sa vie et sa poésie constituent la chair essentielle du film. Sa présence, voire sa prestance occupe d’un bout à l’autre le film.

 Par ailleurs, cette cinématographie en tamazight s’inscrit dans cette action de promouvoir l’amazighité, donc la culture, la langue et l’histoire berbère.

 Né entre 1840 et 1850 à Larbaâ-Nath-Irathen et décédé en 1906 à l’hôpital des Sœur-Blanches à Michelet, Si Mohand U M’hend est considéré, voire défini comme le poète de l’errance et de la solitude.

 Effectivement, le poète passait son existence à aller de ville en ville, de village en village pour dire sa poésie à tous ceux qu’il rencontrait. Il disait en vers sa peine et sa révolte, il faisait entendre sa parole d’une grande force et d’une richesse extrême, d’une esthétique exceptionnelle et d’une poéticité fulgurante. Si Mohand U M’hend exprimait une profonde peine dans sa poésie, une tristesse qu’il ressentait à la fois pour sa personne, seule et nomade, et aussi pour les siens. Douloureusement confronté à une grande misère, Si Mohand U M’hend usait d’un verbe incisif, expressif, d’une verve rebelle pour dénoncer les injustices qu’il a subies, ainsi que les souffrances qu’enduraient les siens, un peuple dépossédé de sa liberté et abusivement exploité par l’administration coloniale.

 La poésie lyrique de Si Mohand U M’hend, à l’origine orale, a été transmise de génération en génération, grâce à Boufila (1900), et à Feraoun (1955), et grâce aussi à d’autres qui ont travaillé à transcrire l’œuvre du mythique poète afin de préserver la parole de ce dernier, ce riche patrimoine culturel, une poésie intense et éloquente.

 Il est à noter que ce film est un projet de «Djazaïr 2003, une année de l’Algérie en France», mais vu les difficultés financières, il a accusé un retard de plus d’une année. Et après maintes obstacles, le pari est relevé : le film a eu enfin son épilogue.

 Y. I.

L'Expression 30 septembre 2004

Poète étranger dans sa terre

 Dédié à Ali Zaâmoum, le film, nous dit-on, est un clin d’oeil à la vie de Matoub Lounès.

 «Je voudrais profiter de cette occasion pour vous faire remarquer une heureuse coïncidence. Un film ce soir va naître sur les écrans en même temps qu’on annonce la naissance du Cnca. Espérons donc que le cinéma algérien va renaître de ses cendres. Je crois que le cinéma algérien a vécu ces dernières années le sort de Si Mohand U M’hand, les cinéastes ne sachant plus à quel saint se vouer. Si certains ont continué malgré tout à croire en leurs rêves, d’autres laminés par l’absence de structure à même de faire évaluer le secteur, ont perdu espoir... J’espère que le film sera à la hauteur du personnage». C’est par ces mots circonstanciels que le réalisateur Rachid Benallal a marqué l’entame de l’avant-première du film qui a fait tant couler d’encre, Si Mohand U M’hand. Une cérémonie qui a drainé une foule de personnalités du monde cinématographique et qui s’est déroulée en présence d’une vingtaine de personnes sur les planches de la salle Ibn Zeydoun entre l’équipe technique et artistique. Retraçant la vie et l
publié par hardeur dans: Culture
Lundi 25 Décembre 2006
Lounis Aït Menguellet


Lounis Aït Menguellet est un chanteur kabyle, né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas, petit village niché dans les chaînes montagneuses du Djurdjura, près de Tizi Ouzou en Grande Kabylie (Algérie).


Lounis Aït Menguellet est l'un des artistes les plus populaires et les plus attachants de la chanson kabyle contemporaine, un poète qui est devenu le symbole de la revendication identitaire berbère. A propos des évènements qui ont secoué la Kabylie ces dernières années, il dit que, égale à elle-même, la région est un bastion de la contestation et qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. « Je parle de la Kabylie à ma façon, afin d’apporter quelque chose pour que les choses évoluen' », avant de s’empresser d'ajouter qu'il ne fait jamais de politique.

Ni philosophe, ni penseur, tout juste poète (« on me le dit si souvent que je commence à y croire »), Lounis s'interdit, dans ses chansons, de donner des leçons. « Je ne fais que de l’observation. Elle peut être juste ou fausse. Mes mots ne sont pas des vérités générales. Mais, quand je les dis, ça me fait du bien ». Avec des mots simples, il raconte la vie des gens simples qu'il cotoie, et sait transmettre une émotion qui touche un public de plus en plus nombreux, qui se presse à ses concerts. Et, avec modestie, il ajoute : « Je suis un homme ordinaire, plus ordinaire que les ordinaires ».

La voix envoûtante et profonde de Lounis Aït Menguellet porte un chant qui vient du fond des âges ; c'est celle des troubadours du Moyen Âge, celle des musiciens traditionnels de tous les peuples qui ont su préserver leur âme. Par sa seule magie, cette voix chaude transporte ceux qui l'écoutent au coeur de la Kabylie. Troubadour, chanteur-compositeur, Aït Menguellet perpétue cette tradition orale des montagnes kabyles qu'a si bien mise en évidence avant lui le grand poète Si Mohand, décédé en 1906, et qu'a chantée Marguerite Taos Amrouche, soeur du poète Jean Amrouche, décédée en exil, en Tunisie.

Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle, grâce à Lounis Aït Menguellet, a renoué avec le fonds traditionnel berbère qu'a chanté avant lui Slimane Azzem, interdit d'antenne dans son pays durant plus de vingt-cinq ans. La puissance des chansons de Lounis réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe : « La paix demande la parole : je suis contrainte de t'abandonner, pays pour qui j'ai l'âme en peine / Ils m'aiment en me comparant à une perdrix / Belle quand je leur sers de festin… », dit l'un de ses textes. Ou cet autre, qui clame : « Nous avons chanté les étoiles, elles sont hors de notre portée / Nous avons chanté la liberté, elle s'avère aussi loin que les étoiles ».

Conscient du rôle essentiel joué par la chanson qui a contribué au maintien et à la sauvegarde de la langue kabyle, Lounis Aït Menguellet effectue, au travers de ses chansons, dans lesquelles le texte et la langue tiennent une place primordiale, un véritable travail de mémoire pour sa langue maternelle, dont la défense est une de ses raisons de vivre : « La chanson a toujours porté à bout de bras l’âme kabyle, l’essence algérienne. Il y a plein de Kabyles qui ont appris leur langue grâce à la chanson ». Les mots du kabyle lui parlent et il continue à en découvrir : « La langue, c’est la mère, la terre ».

Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet n’en n’a pas moins introduit une recherche musicale plus élaborée dans ses chansons depuis que son fils Djaâffar, musicien lui-même, fait partie de son orchestre, qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).

À propos de la chanson kabyle, Lounis Aït Menguellet considère qu'elle se porte plutôt bien, dans la mesure où il y a toujours de jeunes artistes qui émergent. « Il y a d’un côté, la chanson rythmée que demandent les jeunes, mais il y a aussi le texte qui reste une chose fondamentale dans la chanson kabyle», souligne le poète pour qui la chanson engagée est avant tout une liberté d’expression.

La carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes. Ahkim ur nsaa ara ahkim (Pouvoir sans contre-pouvoir), Idul sanga anruh (Le chemin est long), Nekni swarach n ldzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Aït Menguellet choisit délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte. En présentant son nouvel album à la presse, le 16 janvier 2005, à la veille de sa sortie le jour de son cinquante-cinquième anniversaire, à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, Lounis a fait remarquer que « l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeller leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes ». Aigri par la situation sociale et politique de l'Algérie, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts.

De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.

Sommaire
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1 Biographie
2 Hommage de Kateb Yacine
3 Discographie
4 Liens externes




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Biographie

Dernier né d’une famille de six enfants - il a trois sœurs et deux frères -, Lounis Aït Menguellet nait dans le village d'Ighil Bouammas, près de Tizi Ouzou en Grande Kabylie le 17 janvier 1950, un peu plus de quatre ans avant le déclenchement de l'insurrection qui donnera, après huit années d'une guerre sans merci, l'indépendance à son pays. Il a vécu une enfance difficile, partagé entre sa région natale et Alger où il s'installera un temps chez ses frères Smail et Ahmed. Ses parents exerçaient une activité de commerçants. « Ma famille avait pour tradition le commerce. On avait une sorte de ferme et des magasins dans l’Oranais, à Rahouia. Les hommes y allaient à tour de rôle pour faire marcher les commerces. Les femmes et les enfants restaient en Kabylie ». Il aura à peine le temps de commencer ses études primaires à l'école de son village : « J’y suis allé pendant une année, avant que l’école ne soit détruite, brûlée par les Moudjahiddines ».

La suite ? « Elle a été un peu compliquée. J’ai tenté de reprendre les études au village, et j’ai fait quelques années encore avant l’indépendance. Puis, après 1962, je suis parti avec mes frères sur Alger où j’ai repris le cursus primaire dans une école aux Champs de Manœuvres, et de là, j’ai atterri au collège d’enseignement technique dans lequel je suis resté trois ans ».

Au cours de la dernière année, Lounis doit tout abandonner après la mort, dans un accident de la circulation, de son grand frère, jeune commissaire de police à Alger, qui l’avait à sa charge et s'occupait de lui depuis le départ du père à Oran.

Pendant ses études - il suit une formation d'ébéniste dans un collège technique - il s'éprend de littérature, grâce à un professeur particulièrement pédagogue, et commence à écrire des poèmes, qu'il chante dans la plus pure tradition orale de la poèsie berbère.

Obligé de travailler, Lounis trouve un emploi de secrétaire subdivisionnaire au ministère des Travaux publics. Mais, parallèlement, il commence à se lancer dans la chanson, sans penser encore à devenir chanteur. Ses débuts dans ce domaine remontent, à l'année 1968, lorsqu'il crée avec quelques copains le groupe Imazighen. « On était des débutants, on a beaucoup bourlingué, fait des galas, des fêtes un peu partout en Kabylie. Je me rappelle bien de ce gala qu’on avait fait à la salle des fêtes de Tassaft. Elle était archicomble, et j’en garde un très bon souvenir. C’était notre premier gala réussi, ça nous a vraiment galvanisés ». Des pères blancs avaient mis à leur disposition une pièce pour que le groupe puisse répéter. Et au 1er étage, Mouloud Mammeri dispensait des cours de langue amazighe ; Lounis apprendra l'alphabet tifinagh grâce à l'écrivain.

Un an plus tôt, en 1967, son cousin Ouahab l’avait pris presque de force pour l’emmener subir l’incontournable et très redouté passage à l’émission Nouva Ihafadhen de la Radio kabyle que Chérif Kheddam, une grande figure de la modernisation de la chanson kabyle, consacre à la découverte des « chanteurs de demain ». Il y chante sa première chanson, composée en 1966, à l'âge de seize ans, à la suite de sa première (et dernière, avouera-t-il plus tard) déception amoureusee, Ma trud ula d nek kter (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Celui qui avait l'habitude de chanter entre copains sous le clair de lune d'Ighil Bouammas, son village natal, devient, en quelques mois, cet idole qui bouleverse les coeurs. Sa carrière est lancée.

Ce cousin s'occupait du groupe, et jouait un peu le rôle de manager. « C’est lui qui m’avait vraiment poussé à y aller. Dans le temps, il était au groupe comme un manager, il nous débrouillait des galas, le transport. Il était très actif avec nous jusqu’en 1970. Puis, je suis rentré au village, les autres se sont dispersés, et le groupe a fini par disparaître. Mine de rien l’expérience a quand même duré près de trois ans ».

De retour chez lui à Ighil Bouammas, Lounis est recruté comme secrétaire à la Kasma de la région, et il se marie. Mais il doit quitter son travail, après seulement quelques mois d’exercice, pour partir sous les drapeaux. Sa première fille - il aura au total six enfants - vient au monde alors qu’il accomplissait son instruction à Blida, avant d’aller faire ses dix-huit mois à Constantine.

C’est également pendant cette période que Lounis prendra son véritable départ dans la chanson. Toujours grâce à son cousin Ouahab, qui avait pris contact avec un éditeur, Yahia L’hadi (qui était aussi un célèbre chanteur arabe oranais), il enregistre en 1969 à Oran quatre chansons; dont la toute première, Ma trud ula d nek kter, pour ses deux premiers 45 tours, sortis en même temps.

Avec l'aide d'un de ses amis, Kamel Hamadi, il surmonte les obstacles imposés par la vie militaire pour continuer à enregistrer : « Kamel m’avait, en fait, beaucoup aidé à foncer. Je venais en permission le week-end, et il me réservait à l’avance le studio de Mahbou Bati à Alger pour enregistrer. A l’époque, c’était des 45 tours. Je laissais alors la bande à Kamel pour chercher un éditeur, s’en occuper, et moi je reprenais le train pour Constantine le dimanche en soirée ».

C’est ainsi qu’il ne se rendra compte du succès remporté par son second tube A Louiza, qui avec Ma selber assure définitivement sa popularité, que plusieurs mois plus tard. « Je n’en savais absolument rien. Moi j’étais loin, à Constantine enfermé dans une caserne… ».

Aït Menguellet était sans doute loin d’imaginer qu’il venait d’entamer une longue carrière, et que, par la suite, cette période des débuts serait qualifiée « d’années d’or », titre donné en 1987 à la réédition de ses premières chansons. À ce sujet, il précise avec modestie : « Ce titre je n’ai jamais eu la prétention de le proposer. C’est l’éditeur qui s’en est servi sans même m’aviser. Je n’aurais jamais osé. Je l’ai découvert comme tout le monde sur les jaquettes des cassettes rééditées. Alors s’il est mauvais je ne suis pas responsable, et si les gens ont trouvé qu’il convient, je n’ai aucun mérite non plus ».

Dans les années soixante-dix, il s'installe quelque temps en France, où il s'impose comme l'une des grandes figures de la chanson kabyle dans l'émigration. Il passe une première fois à l'Olympia en 1978, fait le plein au Zénith de Paris en 1985, et remplit toujours les stades de Tizi Ouzou, de Béjaïa et la salle Atlas à Alger. A partir de cette période, il commence à devenir le symbole de la revendication identitaire berbère qu'ii exprimera de façon éclatante une décennie plus tard, lorsqu'il délaissera les chansons sentimentales de ses débuts pour adopter un style plus philosophique, plus politique, qui ira en s’affirmant avec des chansons fondatrices comme Agu (le Brouillard), Tibratin (Missives) et surtout Idaq wul (le Cœur oppressé).

Les gens se reconnaissent dans le malaise social dépeint par Aït Menguellet. Ses textes contiennent cette dose de subversion nécessaire à la prise de conscience d’un peuple qui revendique son identité. Lounis Aït Menguellet dérange. Le 25 octobre 1985, il est condamné à trois ans de prison ferme pour « détention illégale d’armes de chasse et de guerre ». Il est mis en isolement durant trois mois. Malgré les aléas de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, il reste le plus populaire des chanteurs kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson algérienne contemporaine.

Après près de quarante ans de carrière, plus de 200 chansons produites (il affirme être incapable lui-même d'en donner le nombre exact) et une notoriété bien établie, Lounis Aït Menguellet est toujours resté « ce campagnard fier », « ce montagnard au fort caractère », essayant de couler des jours paisibles dans son village d'Ighil Bouammas près de Tizi Ouzou. « La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose. »

Victime d'un lynchage en 2001, lié à la situation difficile que connait l'Algérie depuis le début des années 1990, il écrit deux ans plus tard Nedjayawen amkan (On vous a laissé la place), qui est censée être une chanson-réponse à cet évènement dont il refuse de parler.

En 2005, il sort un nouvel album Yennad Umghar (Le sage a dit), et fait remarquer que la sagesse qu’il chante dans ses chansons est puisée chez les petites gens qu’il côtoie. Le titre le plus long de l'album - il dure 8' 22" - Assendu n waman (Les brasseurs de vent) dénonce à la fois les manipulateurs d’opinion qui ont un rang officiel, mais également, toutes les voix officieuses, partisanes, généralement adeptes de la politique politicienne. Lounis constate que les brasseurs de vent « viennent, promettent. Et reviennent, oublient. Et disent, c’est ainsi que se font les choses ». Nul acteur politique n’est épargné, et c’est justement ce que certains reprochent à Aït Menguellet : son manque d’engagement. Il rétorque qu’il n’est pas chanteur engagé par vocation. Lui, il est humaniste, rebelle, observateur et porte-voix des petites gens, des humbles, de toutes ces voix écrasées par toutes sortes d’hégémonies, que l'on ne laisse jamais s'exprimer.


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Hommage de Kateb Yacine

Dans un texte à propos de la défense de la langue kabyle, le grand écrivain algérien Kateb Yacine, décédé en 1989, rend hommage à Lounis Aït Menguellet :

« (…) Et comme l'ignorance engendre le mépris, beaucoup d'Algériens qui se croient Arabes - comme certains s'étaient crus Français - renient leurs origines au point que le plus grand poète leur devient étranger :

J'ai rêvé que j'étais dans mon pays

Au réveil, je me trouvais en exil


Nous, les enfants de l'Algérie

Aucun coup ne nous est épargné

Nos terres sont devenues prisons


On ferme sur nous les portes

Quand nous appelons

Ils disent, s'ils répondent,

Puisque nous sommes là, taisez-vous !


Incontestablement, Ait Menguellet est aujourd'hui notre plus grand poète. Lorsqu'il chante, que ce soit en Algérie ou dans l'émigration, c'est lui qui rassemble le plus large public ; des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents :

Dors, dors, on a le temps, tu n'as pas la parole.

Quand un peuple se lève pour défendre sa langue, on peut vraiment parler de révolution culturelle »

Kateb Yacine (Extrait de Les ancêtres redoublent de férocité).



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Discographie

Discographie complète de Lounis Aït Menguellet (Au total, plus de 200 chansons)


1967-1975 : Période des 45 Tours. Environ 70 titres dont l'essentiel est repris dans « Les années d'or» en 1987.
1976 : Anidha thedjam ammi (Luzine akham)
1978 : Aaathar
1979 : Ayagou
1981 : Amdjahed (Ali d Ouali)
1982 : Amachahu
1983 : Almusiw
1983 : Ammi
1984 : Akbaili
1984 : Arrac lezzayer
1986 : Asefru
1987 : « Les années d'or » 48 titres, reprises en 6 volumes.
1988 : Achimi
1990 : Avrid n temzi
1992 : Akw nikhdaa Rebbi
1993 : Awal
1995 : Iminig egguid
Janvier 1997 : Siwliyid thamac
Décembre 1998 : Amjahed
Juillet 1999 : Inagan
Janvier 2000 : Askouti
Janvier 2001 : Inasen
Janvier 2005 : Yennad Umghar


Portrait de Lounis AIT-MENGUELLET

Par Madjid Chérifi


http://www.kabyle.com/article.php?id_article=6056/




Parler de Lounis Ait-Menguellet n’est pas une entreprise des plus aisées.

L’homme a suscité maints écrits d’auteurs aussi connus les uns que les autres qui ont essayé de cerner la personnalité aussi bien du poète que de l’homme lui-même, c’est-à-dire ( le moi individuel personnalise : celui du don inné et le moi collectif : la personnalité de base.

Kateb Yacine disait de Lounis "il est incontestablement notre plus grand poète".



Pour Ait-Menguellet, la poésie était un destin semblable à celui de Si-Mohand ou M’hand et nous pouvons, sans nous tromper, l’affubler de la description qu’en fait Mouloud Mammeri de ce grand poète errant : "Pour lui, la poésie n’était ni un métier, ni un accident : il ne l’avait ni cherchée, ni choisie, elle s’est imposée à lui comme un fatum. Il avait reçu, au vrai sens du mot (la vocation), il avait été (appelé) : testunfk as".

Rien en effet n’est aussi naturel pour Lounis que de composer un poème en l’espace d’une nuit ou même de quelques heures !

Lounis Ait Menguellet n’est pas l’homme qui appartient seulement à son milieu villageois. Natif d’Ighil Bwamas, il est malgré lui le symbole de tous les Kabyles "toutes générations confondues", n’en déplaise aux islamo-baathistes et autres serviteurs du pouvoir.

Lounis a chanté l’amour, le désespoir, l’exil, l’espérance avec tant d’intensité et une profondeur humaine que seul un don inné peut en être l’explication, comme le dit si bien Mouloud Mammeri "testunefk as".

Pour appuyer nos propos, nous nous contenterons de citer un extrait de l’interview (rencontre avec le poète - Timlilit d umedyaz) qui s’était déroulée de 13h00 à 16h30 à Ighil Bwamas le 24 Aout 1996. *1


Question :

Au moment de la création poétique, est-ce que les textes vous viennent d’eux-mêmes ou est-ce plutôt vous qui allez à leur recherche ?

Réponse du poète :

Les moments de créativité viennent sans prévenir ; je ne sais jamais d’avance quand j’écrirais un poème ; et lorsqu’on me demande quand est-ce que je réécrirais de nouveau, je réponds, je ne sais pas, il se peut que cela se fasse l’après-midi même ou bien une année après. J’aurais tellement aimé pouvoir contrôler les moments d’inspiration.

Question :

Croyez-vous (alors)en l’existence des Djinns de la poésie aux forces cachées derrière l’acte d’écrire sachant surtout que les plus grands de nos poètes "comme on dit à propos de Si Mohand et Slimane Azem - qui n’ont pénétré le monde de la poésie qu’après l’apparition de l’ange de la poésie ?

Réponse du poète :

Absolument pas ! Mais ce serait plutôt agréable ! Parce que lier les oeuvres d’un poète à une quelconque force invisible est une preuve du génie et de la qualité de la poésie. Ces créations reflètent, d’autre part, les moments d’éblouissement dus à l’acte poétique qui dépasse de très loin l’imagination humaine. C’est ce qui est arrivé à Si Mohand ou-M’hand puis à Slimane Azem.

Nous terminerons cette modeste contribution au sujet de Lounis en citant cet extrait de l’oeuvre de Platon (le banquet) :

"Quand on entend d’autres discours de quelque autre, fût-ce un orateur consommé, personne n’y prend pour ainsi dire aucun intérêt ; mais quand c’est toi qu’on entend, ou qu’un autre rapporte tes discours, si médiocre que soit le rapporteur, tous, femmes, hommes faits, jeunes garçons, nous sommes saisis et ravis".

Résumé biographique du poète

Abdennebi Ait-Menguellet est né au coeur du Djurdjura en 1950 a Ighil-Bwamas. Il fut prénommé Lounis par sa grand-mère après qu’il lui soit apparu en rêve.

Le prénom officiel de Abdennebi (prénom qui lui a été donné par son oncle qui travaillait à Oran ) était ignoré de tous, même par les membres les plus proches de la famille et ne sera connu qu ?à la constitution du dossier scolaire.

Il n’avait pu entrer à l’école qu’à l’âge de 11 ans à Alger. Concevoir un enseignement n’était pas chose aisée en période de guerre et juste après l’indépendance.

Une fois le cycle primaire achevé, Lounis s’est dirigé vers le collège technologique de (Champ de manoeuvre ) où il a suivi une formation d’ébéniste, métier où il excelle et qui constituera durant longtemps un de ses loisirs favoris.

C’est vers la fin de l’année 1966 et le début de 1967 que le parcours artistique de Lounis a commencé dans l’émission (les chanteurs de demain : Ighenayen u zekka) animée par Chérif Kheddam. Il a participé avec sa première chanson intitulée Ma trud : si tu pleures.

Ma trud ula ad nek aktar

tzarzegd iyi ad dunit-iw

Am umesluv yakfa svar

deg zenkan yenza yexf-iw

Il faut également souligner que Lounis avait crée en compagnie d’autres jeunes, produits par l’émission (chanteurs de demain) un groupe qui portait le nom d’Imazighen. Le but du groupe était à la fois artistique, politique et idéologique mais qui n ?a pas duré longtemps.

Suite à cela, Lounis a quitté Alger et est reparti à son village où il y demeure toujours et qu’il ne quitte qu’en de rares occasions.

M.CHERIFI

*1- M’hamed Djellaoui - L’image poétique dans l’oeuvre de Lounis Ait-Menguellet)


AÏT MENGUELLET

http://www.azawan.com/kabyle/menguellet/artistePres.htm


tamazight 

Tikkelt tamezwarut i d-icna Ayt Mengellet di Radyu, 17 n ssna di lâammer-is, d aseggas 1967. Nnuba-yagi qqaren-as "Ighennayen Uzekka", d Ccrif Xeddam i tt-îttfen. Imiren i d-ighenna Lewnis Ma trud. Netta, yugh tanumi ittghenni netta d imeddukkal-is deg Ighil Bb°ammas, taddart-nni anda d-ikker... Maççi, yughal si ccna n tayri ar ccna nniven i d-ittawi ghef liêala deg nella: si ccna-nni ines tamezwarut Idaq wul iban-ed amek ittwali ddunit.

Maáççi d_tayri kan i_yettghenni, iwala amek tâicin lâibad, amek ttmeslayen ghef lihâla-nnsen. Lhâsun seg wasmi yebda ccna, atâs n tughac n tayri i d-ighenna, mi iwala tbeddel lâeqelya-s, iccna ghef ddunit. Cîtûh akken ighenna daghen ghef tayri, umaâna makken i d-issuffegh ccna-nni isem-is Tayri, imiren i s-ixdâ i ccna icban tagi. Ighenna-d daghen yiwet n taghect anda s-iqqar Qqim deg rebbi-w… netta i ugitâr-is umi la iheddêr. Seg wasmi d-issuffegh taghect-nni Aâli d Waâli i d-iwwi ghef imêhqqaren, akken akken awal-is, inejjer-it-id di tughac icban Agu negh Tibratin Atâs i d-iwwi ghef tegmatt d umennugh ger watmaten, si zik ar tura, d ayen i t-iceghben. Di lmaâna n wawal, ayen ifi d-iccna di taghect Lxuf, ighenna-d daghen fella-s di tughac-agi tineggura. Lewnis Ayt Mengellet isexdam awal, ittak-as lmaâna, maççi d asexlujêd kan i yesxlujûd. Awal iqqar-d ayen illan d wayen ur nelli negh ayen ara yilin, segmi Ayt Mengellet-agi qqaren-as medden d amusnaw.

Farida Aït Ferroukh


C'était en 1967, Lounis Aït Menguellet avait tout juste dix-sept ans quand il passa pour la toute première fois dans une émission radio. C'était alors "les Artistes de demain"
publié par hardeur dans: Culture
Lundi 25 Décembre 2006

Discours d'ouverture du colloque sur
le penseur Mouloud Kacem Naït Belkacem

Les nations glorifient leurs illustres hommes parmi les savants, les  penseurs et les politiques, et s’enorgueillissent de leur empreinte dans leur histoire  tant par leur œuvre que par leur parcours de vie.
Elles commémorent leur souvenir  pour demeurer des exemples pour les générations de par leurs apports au service  de leurs patrie et cultures, ce sont eux qui y ont hissé l’étendard de la civilisation,  et leur ont donné une place de choix dans le concert des nations. Mieux encore,  la dynamique et le progrès des nations se mesurent à l’intérêt accordé aux bâtisseurs  de leur civilisation, ce sont eux qui thésaurisent le génie de la nation et  le traduisent en réalisations éternelles.
Leur conduite dans la vie est parfois  la référence de l’esprit de leur nation et des valeurs à suivre.         
A contrario, les nations dont l’histoire s’est étiolée sont celles  qui ont coupé tout lien avec leurs penseurs et ulémas, et les ont jetés dans  les méandres de l’oubli quand bien même leur savoir et leurs œuvres sont éternels.
L’histoire célèbre, à travers les hommes de guerre et leurs exploits,  les penseurs qui étaient derrière eux  et les soutenaient car l’épée n’est  que l’outil qui permet la réalisation de l’objectif autrement il n’aurait  servi qu’à l’effusion de sang et à la destruction.         
Si nous glorifions nos penseurs, ce n’est pas seulement pour les services  rendus à la patrie et les vertus qu’ils véhiculaient mais aussi pour témoigner de notre reconnaissance de leurs nobles missions en faveur de la promotion  de leurs peuples et notre attachement à la poursuite de leur parcours. 
Cette attention reflète, en outre l’intérêt que nous accordons au développement  de notre patrie et  à la promotion de notre société, et à la valorisation de la  relation entre l’être humain et sa patrie car si les patries enfantent les hommes, elles ne se développent et ne prospèrent que par eux.         
L’Algérie compte des hommes que nous nous devons de célébrer non seulement  par la commémoration de leur souvenir mais en nous penchant sur leurs œuvres,  pour en tirer ce dont nous avons grand besoin aujourd’hui.         
Parmi ces hommes qui ont laissé l’empreinte de leur pensée dans l’histoire  politique et culturelle de l’Algérie, l’ami, le compagnon, le militant et "l’homme  encyclopédie", Mouloud Kacem Naït Belkacem, que Dieu, le miséricordieux,  accorde paix à son âme.     
Révolutionnaire, il l’était dès l’enfance alors qu’il était encore  élève à l’école de son village, surplombant les hauteurs d’Akbou, un paisible  village attaché à ses traditions viscéralement algériennes qui sacralisent le  savoir et les savants au point où ses populations supportent la privation pour  que leurs enfants puissent apprendre.
Mouloud s’est abreuvé de la culture livresque grâce à un potentiel  mnémonique inouï et une ambition passionnée. En apprenant le Coran, il acquit,  à travers la psalmodie, la truculence de la langue et en étudiant les principes  du Fiqh, il acquit la maîtrise de l’enseignement des écoles et des Zaouïas.    
A l’instar de ses contemporains, il partit à la conquête des grandes  citadelles du savoir à Tunis et au Caire, où il fut le disciple de cheikhs et  érudits de renom à l’apogée de la renaissance arabe. Après avoir obtenu une  licence en philosophie de l’université du Caire, il regagna la Sorbonne à Paris  où il découvrira d’autres horizons du savoir où il enrichit ses connaissances  par les méthodologies d’enseignement modernes et la dialectique intellectuelle  entre les différentes écoles européennes, notamment les écoles allemandes de  la philosophie rationnelle et ses ténors Fichte, Hegel, Kant et bien d’autres.    
L’intérêt qu’il portait aux œuvres de ces philosophes, sur la nation  allemande, ses anciennes gloires et sa nécessaire renaissance, n’a eu de cesse  de grandir au point de produire des écrits prolifiques sur Fichte qu’il voulait  traiter en thèse de doctorat, avant d’y renoncer, en raison, apparemment du  déclenchement de la Révolution de libération nationale qu’il rejoint très tôt  puis des responsabilités et des missions importantes qu’il a eues à assumer. En effet, il a été représentant du Front de Libération Nationale, puis  du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne dans la plupart   des capitales européennes ou il avait vécu, notamment en Suède et en Allemagne.  Il s’intégra dans leurs sociétés où il étudia les langues, les arts et les  cultures, et fut impressionné par l’intérêt qu’elles portaient au travail sérieux  et assidu et à la production intellectuelle et matérielle.     
Nos chemins se sont croisés maintes fois sur la voie de l’édification  de l’Algérie indépendante lorsqu’il était haut fonctionnaire au ministère des  affaires étrangères et cadre à la Présidence de la République, avant de devenir  ministre des affaires religieuses et des wakfs où il a accompli d’importantes  réalisations au service du système éducatif et de la culture en général.  Longtemps  à la tête de ce département, il a initié notamment les colloques annuels de  la pensée islamique et la revue  Assala (authenticité). Il a introduit également  des réformes dans l’administration et a été l’initiateur des instituts islamiques  dans les grandes villes du pays.          
Consciencieux, il assumait ses responsabilités avec la rigueur et la fermeté qui se confondaient avec son personnage; ce qui a conféré à  ses réalisations un caractère particulièrement sérieux.         
Il s’est attelé à l’édition des travaux de ces colloques internationaux  dans des ouvrages, véritables corpus aujourd’hui, tant pour la réflexion  que la référence quand il s’agit des questions inhérentes à l’Islam en tant  que pensée, civilisation, jurisprudence et culte... etc.
Il a veillé également  à la traduction de ces corpus vers la langue française au grand bonheur de larges  communautés intellectuelles et estudiantines.      
La revue  Assala  traita toutes les dimensions de cette pensée qu’elle a véhiculée à de larges pans de lecteurs.
Les colloques de la pensée islamique revêtirent alors une dimension  internationale au point de devenir un pôle d’attraction des érudits de tous  les continents.
Mouloud Kacem  accordait également un intérêt particulier au message  de la mosquée et à son rôle civilisationnel et éducatif dans la société, il  s’attela à l’amélioration du contenu des prêches du vendredi en vue de propager  la culture islamique en tant qu’outil de développement et de mobilisation  de la société entière pour lui permettre de comprendre sa religion, promouvoir  ses valeurs et ses idéaux, propager la paix et le bien et s’imprégner des vertus  de la tolérance et de l’entraide.          
Il œuvra à l’ancrage de la conviction que ces prêches ne devaient  pas constituer une tribune pour propager le fanatisme et l’extrémisme, ou répandre  la discorde et attiser les rancœurs ni pour pervertir les vérités et exploiter  la religion à des desseins profanes ou à des fins politiques et autres considérations  d’ici bas.         
Il instruit les imams pour la lutte contre l’analphabétisme et œuvra  à l’amélioration  de leur formation et situation administrative sur la base  des diplômes et qualifications. il se chargea d’officialiser la profession d’enseignant  d’écoles coraniques, longtemps marginalisée, en lui assurant le statut de salarié  et en organisant, au profit des enseignants, des cycles de formation en créant  même des centres de formation dans différentes régions du pays.         
Le ministère s’intéressa également, du temps de Mouloud Kacem, aux  manuscrits relatifs à notre histoire. Il  a veillé personnellement à leur  publication dont  Ethaghr el-djemani fi ibtissam ethaghr el-wahrani de Mohamed  Bensahnoun Errachedi et Dalil el-Hayrane oua anis essahrane de Mohamed Benyoucef  Eziani, authentifiés par feu El-Hadj El-Mahdi Bouabdelli.       
“Il a écrit de nombreux ouvrages tels que :
- Iniya oua assala
- Assalia am Infissaliya
- L’identité internationale et l’aura mondiale de l’Algérie  
- Les hauts faits du premier novembre et les réactions internationales à l’intérieur et à l’extérieur.
Il a également écrit plusieurs articles de presse parus dans la revue Assala et autres journaux. En somme, le défunt avait une culture encyclopédique, et une passion pour la lecture au point d’avoir une bibliothèque personnelle très riche en ouvrages anciens et nouveaux.     
Ses pensées, cristallisées dans ses écrits et ses déclarations, conciliaient  authenticité et modernité qu’il estimait indissociables. Son credo était : "l’homme  doit vivre en adéquation avec son époque, tout en demeurant attaché à ses valeurs intrinsèques".          
Authenticité rimait, pour lui, avec attachement à la foi, vertus et  civilisation, en tant que legs de notre patrimoine et de notre  histoire, et garante de notre identité grâce à laquelle la société a pu résister  au colonialisme.          
L’authenticité était pour lui le contraire de la sclérose et du marasme, voire l’acceptation du renouveau, du développement et l’adaptation à l’époque  que nous vivons. Il était, que Dieu ait son âme, sensible aux idées de Djamel  Eddine El-Afghani et l’école de la renaissance contemporaine.
Il citait souvent  le verset coranique: "En vérité, Allah  ne modifie point l’état d’un peuple,  tant que les individus ne modifient pas ce qui est en eux" (Sourate ar-Rad,  verset 11). "Ce même verset que son ami l’érudit Malek Bennabi, que Dieu ait  son âme, expliquait et analysait, en langues arabe et française, lors des salons  de discussions qu’il organisait tous les samedis et dimanches à son domicile.     
Il se referait souvent à ce verset car il avait la profonde conviction  que les difficultés ne sont vaincues et les miracles qui changent le destin  des peuples réalisés que par les hommes et les femmes de notre peuple,   armés de la détermination de concrétiser leurs aspirations, tant personnelles  que nationales, en retroussant leurs manches et en comptant sur eux-mêmes.
Témoin de son siècle, il a constaté de visu les efforts déployés  par les allemands pour la reconstruction de leur pays après sa défaite à la  deuxième guerre mondiale au point d’avoir acquis la certitude que le travail  assidu est la clé pour vaincre les difficultés et relever les défis.
Cette conviction  l’a amené à affirmer que le peuple allemand nous a devancés dans la compréhension  du message coranique voire son application, il se référait notamment au verset :  "Et dis: œuvrez, car Allah, va voir votre œuvre ainsi que son Prophète  et les croyants".     
Il n’a eu de cesse, paix à son âme, d’exhorter à l’effort, à l’initiative  et à l’adoption d’une approche basée sur le jugement, la contemplation  et la critique constructive. Il s’insurgeait contre l’apocryphe, l’ignorance  et l’intégrisme et condamnait la négligence et le laxisme.     
Il accorda un intérêt particulier à l’histoire nationale, qu’il estimait  être un facteur déterminant dans le façonnement de la personnalité nationale  et organisa de nombreux colloques sur les révolutions qui ont eu lieu à travers  le pays à l’époque de l’Emir Abdelkader, El Mokrani, Cheikh Bouamama jusqu’à la glorieuse révolution de novembre.    
Il s’intéressa autant à la langue arabe qu’à sa littérature, qu’il considérait  comme symbole de l’existence même de la nation et secret de son unité,  sa perdition était, pour lui, synonyme de la désagrégation de la nation tout  entière.     
Aussi, veilla-t-il à sa préservation et sa consolidation par tous les  moyens : désigné à la tête du Conseil Supérieur de la Langue Arabe, il balisa  le terrain à l’émergence de l’Académie et l’Université Islamiques. Et voila  qu’aujourd’hui, Alger abrite l’Académie de la Langue Arabe et le Conseil  Supérieur de la Langue Arabe, et Constantine l’université islamique l’Emir Abdelkader  des sciences islamiques.      
Cela étant, il n’a guère négligé les langues étrangères dont il encourageait  l’apprentissage car elles ouvrent des portes sur le monde et favorisent le  dialogue entre les cultures et les civilisations.      
L’on peut, à mon avis, compter le défunt parmi ceux cités dans le Verset  23 de la Sourate des Coalisés : "Il est des hommes parmi les croyants qui ont  tenu leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont accompli leur destin.  D’autres attendent (leur tour). Ils n’ont jamais varié (dans leur attitude ni leurs convictions)". Le regretté Mouloud Kacem Naït Belkacem était un homme de principes  et de positions. Il avait des qualités rarement réunies en un seul homme. Il  était connu pour sa fermeté, son courage, sa culture et sa loyauté à la patrie  et aux amis. Ses qualités, ô combien nombreuses, seront certainement  évoquées de manière exhaustive par les chercheurs et les spécialistes  lors de ce colloque.  Permettez-moi maintenant chers frères, même si je sais que, dans mon  intervention, je ne vous apporte rien de nouveau sur Si Mouloud, de le remémorer  avec vous au travers de quelques anecdotes, qui me viennent à l’esprit, pour  dire toute l’affection et l’amitié que j’ai pour lui.         
"Permettez-moi, en cet hommage qui lui est rendu, de l’interpeller en  ami et comment ne pas l’évoquer en tant que tel, moi qui t’ai bien connu cher ami après l’indépendance. Tu as côtoyé tous les dirigeants de la révolution  et les personnalités algériennes, soient-ils gouvernants ou opposants. Ami de  tous, tu veillais à ne prendre aucun parti, optant souvent pour la réserve,  tu écoutais tout le monde sans préférence et tu n’intervenais que pertinemment.
- En dépit de ton calme apparent et de ton sourire éternel, expression  d’un sens très fin de l’humour, tu étais, et je l’atteste, farouchement attaché  à tes idées et inflexible dans tes positions.        
Les traits de ton visage se crispaient lors des débats et autres échanges  oratoires mais sans jamais offenser personne. Tel un souver