Oumeri
Afin que nul n’oublie
Halim AKLI,
Afin que nul n’oublie
Halim AKLI,
La faim fait sortir le loup du bois, l’injustice fait sortir le héros de sa léthargie. Ahmed Oumeri a de tout temps été louangé par les femmes dans leurs chants et glorifié par les plus illustres poètes et artistes contemporains. De Lounis Aït-Menguellat à Lounès Matoub en passant par Menad, les groupes Djurdjura et Afous, tous ont mis en exergue la fin tragique qui a été réservée à ce personnage proverbial de courage, de bravoure et de patriotisme. Une fin qui semble fatalement atavique tant notre histoire est parsemée d’exemples. La mémoire collective garde surtout celle que réserva Bocchus au roi-guerrier Yugurten.
Pour que nul n’oublie...Oumeri Une brève esquisse sur ce que fut Oumeri nous permettra peut-être de saisir les motivations et le "Crédo" de cet "hors-la-loi" (2).
Ahmed BELAID alias Oumeri fut un descendant d’une famille qui a perdu sept hommes durant la résistance des At-Buwaddu à la conquête française en Kabylie. Alors que tout le pays s’était rendu à "l’évidence" et avait "accepté" les auspices de la France protectrice vers 1849, ce Âarch résista sept longues années encore aux assauts répétés et meurtriers des conquérants (1850 - 1857).
Le colonel Robin, écrivait dans la "Revue Africaine" qui relatait alors la chronique de la conquête de la Kabylie : "Les Beni-bou-Addou qui, malgré le sac de leurs principaux villages en 1856, étaient restés insoumis, furent encore les derniers à rentrer dans le devoir en 1857." (3).
Plus tard, ils s’associèrent aux troupes de Fatma n Soumer, puis, prirent part au soulèvement d’El Mokrani... Les sept guerriers des Ath Hammou, ancêtres de Ahmed, qui périrent alors, ont été exécutés par les soldats du général Lerez du 5ème RTA. Depuis, cet adage est né pour traverser les années et les générations dont celle de Ahmed et parvenir jusqu’à nous : "Win yeb$an ad yissin xellu, imuqel s afrag n At ÊÊÊÊêemmu" (4).
Les répercussions psychologiques traumatisantes des rudes épreuves de cette période, particulièrement sanglante de notre histoire, sur les populations, se sont donc transmises - la tradition orale aidant - de génération en génération.
Oumeri voit le jour sur ce hameau suspendu au pied des crêtes du versant nord-ouest de "la montagne de fer" (5). Les Aït-Bouaddou, menaient une vie somme toute identique à celle que menaient leurs compatriotes indigènes. Une vie faite d’indigence et d’injustice. Le petit Oumeri grandit au milieu de cette agressivité constante des milieux social et naturel qui forgera par la suite son amour de la justice, de la liberté, mais surtout son courage. Le mouvement nationaliste commençait à se cristalliser et à prendre racines dans les couches populaires. L’ENA puis le PPA tentaient de se doter d’une base solide pour pouvoir mener leurs actions de sensibilisations aux contrées les plus éloignées et faire vibrer les fibres patriotiques de leurs frères autochtones.
Puis, c’était l’éclatement de la IIème guerre mondiale et tout, désormais, dépendait des tournures qu’allait prendre cette nouvelle tragédie qui venait alors s’ajouter au malheur des algériens.
Pour que la France "protectrice" ne tombe pas entre les griffes du nazisme, les algériens sont mobilisés puis expédiés au front. Les villages de Kabylie ne portaient plus dans leurs ruelles que vieillards, femmes et enfants. Le jeune Ahmed, quant à lui, se retrouva à Sedan, à la frontière franco-belge...Prenant conscience que son combat devrait se faire chez-lui, il déserta en 1941. Arrêté puis emprisonné à la caserne de Belfort (actuelle El Harrach) où il fut réincorporé au régiment de "la marche des Levant", où, après des tractations et après avoir eu le soutien de la direction du PPA, il organisa une mutinerie qui échoua. Sa déception fut des plus vive quand, le jour même de la révolte carcérale, Messali Lhadj appela les mutins au calme... et à se rendre !
Il réussit sa tentative d’évasion et opta aussitôt pour le maquis contre le colonialisme à la manière des ancêtres. Il rançonnait, vengeait, enlevait aux uns et donnait aux autres, terrorisait les nantis, particulièrement ceux qui se rapprochaient du pouvoir colonial... l’aroumi et ses "amis" dont les rançons allaient sans prendre le moindre détour aux plus démunis. Le maquis avait ses informateurs dans tous les villages. Quand la "bande" Ouméri recueillait des rançons, recevait le prix du sang, dévalisait une maison, sanctionnait des personnes, on savait au centime près les sommes collectées. Le maquis recevait à son tour un pourcentage pour survivre, venir au secours des familles de maquisards, alimenter la caisse du PPA-MTLD.
Bien qu’Oumeri refusait toujours "d’exercer" dans le cadre du PPA ; le colonel Ouamrane témoignait avoir envoyé des éléments en mission et recueillait un pourcentage des "collectes" de la "bande" (NDLA : comprendre le "groupe Oumeri"), avec l’œil bienveillant du maquis.
"...il n’arrêtait les cars que pour faire crier à plusieurs dizaines de voyageurs : "... vive l’indépendance...". Un témoin oculaire de ces scènes serait encore en vie. Pendant ce temps là, la propagande colonialiste associée aux différentes pressions de ses ennemis, dans une époque où les seuls canaux d’information "sensés" éclairer des populations, en majorité illettrées, étaient propriété de l’administration coloniale, ont fait que les plus illuminés ont cédé et les diffamations les plus invraisemblables et les plus immorales avaient pris les allures de vérités incontestables.
Mr M.A. Brahimi, dans un travail d’investigation d’envergure, révèle l’existence de contacts entre le groupe d’Oumeri et les responsables du PPA-MTLD. En effet, il s’apprêtait à rejoindre l’O.S., convaincu enfin par Krim Belkacem après des années d’efforts quand Oumeri fut assassiné dans un guet-apens tendu par l’administration au village Iaâzounen, au domicile de son compagnon d’armes Ouacel Ali, le jour même de la création de l’organisation (O.S.) (6).
Plus d’un demi siècle après sa mort, aucune reconnaissance des autorités n’est venue exhumer ce héros mythique que fut Oumeri.
Le roman historique qui lui a été consacré par feu T. Oussedik (7), constitue une initiative louable dans les limites où elle a eu le mérite de lui avoir conféré une réputation plus large et d’avoir surtout contribué à sauver de l’oubli ce justicier du terroir, dans lequel les fossoyeurs de l’histoire de tout bord ont réussi jusqu’ici à le confiner. Cependant, cette œuvre unique manque de rigueur scientifique qu’exige le genre historique d’où les lacunes dans la justesse de certains faits ainsi que dans leur chronologie. Mais c’est surtout son caractère superficiel qui doit être signalé bien que les difficultés qui embûchaient alors, plus que maintenant, la recherche historique en général et plus particulièrement celle ayant trait aux "hors-la-loi" appelés "bandits d’honneur" justifie ce manque, du reste légitime. Aujourd’hui encore, c’est à peine si une mémoire vivante ose délier la langue non sans réticences.
T. Oussedik, disait à Alger : "... je prends Oumeri pour un héros national...". Ce n’est que justice rendue à cet authentique justicier du petit peuple qui ne cesse de hanter notre paresse depuis sa tombe de fortune perdue sous la plate-forme d’une vieille bâtisse abandonnée...
Un symbole, un repaire que seul les héros de légendes en sont capables d’en être. Oumeri n’est aujourd’hui, qu’un nom dans notre mémoire collective. Les épopées de cette victime de sa propre prise de conscience prématurée dans une société qui claquait du bec (qui était en proie à l’austérité du milieu naturel, au ravages du typhus, à l’exode massive de la gent masculine vers une guerre lointaine et vers des mines dévoreuses d’hommes, à l’injustice et aux atteintes aux droits les plus élémentaires de l’être humain, mais surtout en proie à l’ignorance sont aujourd’hui inconnues de la postérité post-indépendance...
"Décoloniser" l’histoire est une entreprise de grande envergure ; c’est une tâche qui incombe à tout le monde, dans les limites des moyens d’en dispose chaque chercheur. C’est aussi, tenter d’apporter sa pierre à l’édification d’un avenir certain fait d’équilibre et de bien-être.
L’association culturelle AMEZRUY d’Aït-Bouaddou a cassé le caractère tabou qui entourait ce personnage légendaire. Un vibrant hommage lui a été rendu en lui consacrant le "1er Festival Ahmed Oumeri" qui s’est déroulé à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, du 02 au 05 mars 1996.
Consacrer un film cinématographique retraçant le combat de ce justicier, lui reconnaître son statut de "héros national" est aujourd’hui plus qu’une exigence de tout un peuple qui aspire à reconquérir son histoire pour réaliser sa propre projection dans l’avenir. Que justice soit rendue au justicier.
Article écrit en 1996 à l’occasion des festivités commémoratives citées plus haut
publié par Halim AKLI, dans: Histoire
La chanson kabyle et la lutte identitaire
Mots du terroir, paroles de la subversion
Les vers de Si Mohand U M’hand, les strophes de Youcef U Kaci et les apologues de Cheikh Mohand U L’hocine accordés à la sapience kabyle constituent des exemples édifiants d’une construction littéraire née et promue au sein d’une société qui a eu à subir une vie tumul-tueuse faite d’occupations, d’oppressions et de luttes sans fin. Ce qui est appelé chanson kabyle est le prolongement de cette poésie exécuté ou accompagné avec les instruments matériels que permet le monde moderne.
La poésie kabyle constitue l’un des rares produits littéraires vivants, à côté du conte, que no-tre société ait hérités des temps immémoriaux de l’art et de la culture berbères. Société à tradition orale très puissante, mais sans ancrage graphique notable, le monde kabyle a fait de cette tradition orale un instrument de perpétuation de la culture et de l’imaginaire collectif, de résistance à l’oppression et de revendication d’un mieux-être social, culturel et économi-que.
La chanson kabyle est la continuité logique d’une tradition de bardes et d’aèdes. Tradition riche de la richesse de la vie sociale, avec ses heurs et malheurs, ses lumières et ses om-bres, ses cimes et ses abysses. ‘’Race de véhéments qui ont faim et soif de justice’’, selon la formule de Vincent Monteil, orientaliste français. A travers le temps et les épreuves qu’il a charriées avec lui, les Kabyles ont utilisé la chanson comme moyen de communication, de sensibilisation et de résitance.
Les vers de Si Mohand U M’hand, les strophes de Youcef U Kaci et les apologues de Cheikh Mohand U L’hocine accordés à la sapience kabyle constituent des exemples édifiants d’une construction littéraire née et promue au sein d’une société qui a eu à subir une vie tumul-tueuse faite d’occupations, d’oppressions et de luttes sans fin. Ce qui est appelé chanson kabyle est le prolongement de cette poésie exécuté ou accompagné avec les instruments matériels que permet le monde moderne.
Le caractère de résistance et de revendication était déjà suffisamment perceptible dans les hymnes révolutionnaires réalisés dans les années 1940 par de jeunes lycéens à l’image de Idir Aït Amrane et Ali Laïmèche. Après l’Indépendance du pays et sous le climat de terreur et d’inquisition ayant frappé la Kabylie (1963-66), chanter en kabyle relevait d’une gageure, et le seul fait de chanter dans cette langue était considéré comme un défi à l’ordre politique né-gateur de l’identité berbère. C’est à cette époque qu’émergèrent Taleb Rabah, Cherif Khes-sam et Slimane Azem après leurs premières activités enregistrées à,la fin des années 1950. Après l’interdiction de la chanson de Slimane Azem à la radio nationale, celui-ci devint un symbole, symbole de la lutte contre l’arbitraire par le seul moyen de la parole, proscrite des canaux officiels, où se trouvait mêlée la morale kabyle, la fable de La Fontaine et la sagesse d’Ésope. Au début des années 1970, la conscience identitaire s’aiguisait au fur et à mesure que les jeunes rejoignaient l’université d’Alger où ils ont été en contact avec d’autres per-sonnes qui ont connu Mouloud Mammeri et ses travaux sur la culture berbère. Apparut alors le groupe Imazighène Imula dont la cheville ouvrière était Ferhat Mehenni. Les premiers 33 tours et 45 tours annonçaient déjà la couleur d’une immersion totale dans le combat identi-taire amazighe. L’on se souvient qu’à l’époque, pour exprimer certaines vérités ou revendi-quer les droits culturels, les auteurs de chansons prennent certaines précautions de style en usant à volonté de métaphores fort expressives tirées de notre patrimoine oral. Cela ne pou-vait pas se passer autrement sous une dictature oppressive où la moindre contestation est assimilée à une rébellion.
En revisitant ce musée de la chanson des années 1970, Ferhat Imazighene Imula paraît comme une véritable étoile scintillante même si son public était majoritairement composé d’étudiants et de lycéens. ‘’Ighsène n’lmegget ur nemmut’’ (les os d’un mort qui n’en est pas un) est une éloquente allégorie à notre culture vivante, considérée comme morte par les dé-cideurs. Une autre chanson de Ferhat qui figure dans le disque 33 tours collectif (M’djahed Hamid, Sidi Ali Naït Kaci,…) “Tichemlit’’ appelé reprend sensiblement le même sujet. C’était ‘’Aneftiyi ad chnugh’’ (laissez-moi chanter) :
1. Ghef laâyun ttmeslayen 2. U nukni ur nezri dacu ;
3. Wissen ttimi negh dallen 4. Negh dayen nnidhen nettu.
5. Teggirnagh deg meslayene, 6. Yiwen ur izi anda t-tteddu.
7. Akwit awidek ittsen 8. Idles nnegh la irekku"
C’est un ensemble d’allégories se terminant par un appel solennel : "Réveillez-vous, ô vous qui dormez, notre culture tombe en ruine".
Les nouvelles étoiles de la chanson kabyles ont utilisé des néologismes issus du monde uni-versitaire, comme Idles, Tilleli, Agdud. Ces termes ont fait florès du fait qu’ils étaient modé-rément employés et qu’ils s’inséraient dans un registre de langue somme toute adapté au contexte des luttes de l’époque.
Racines de la terre et malaise identitaire
La dernière moitié des années 1970 fut sans doute la période la plus riche, la plus palpitante et la plus décisive dans le combat identitaire porté par le combat identitaire. Il est évident que c’était l’étape cruciale du réveil de la conscience berbère dans notre pays. Beaucoup d’éléments à la périphérie du mouvement culturel commençaient à constituer une constella-tion de petits événements, peut-être plus ou moins anodins, pris isolément, mais qui, pris dans leur ensemble en l’espace de quelques mois ou quelques petites années, allaient servir de décor explosif que prendra en charge, sur le plan littéraire et esthétique la chanson ka-byle. Ainsi, la guerre du Sahara Occidental dans laquelle était impliquée l’Algérie (affaire d’Amgala) en 1975, l’affaire des poseurs de bombes à El Moudjahid (1976), les incidents graves qui ont émaillé la Fête des cerises à Fort-National et qui ont vu l’intervention de la caserne de l’ANP(1974), les échauffourées permanentes entre les universitaires de la gau-che clandestine et les islamistes à Alger, la percée du boxeur kabyle Hamani et la victoire de la JSK en coupe d’Algérie (1977), tous ces événements ont constitué un véritable chaudron qui a inspiré les chanteurs kabyles. Ces dernier ont ‘’contextualisé’’ les faits en leur conférant style et poésie a fin d’en faire de véritables épopées et des textes de dénonciation, de sensi-bilisation et de résistance.
La culture qui tire ses racines et sa substance du fond des âges, culture faite de labeur, de lutte et d’efforts d’insoumission, est merveilleusement portée par Idir, étoile montante des années 1970. Le génie du poète Ben Mohamed trouve parfaitement son terrain d’expression dans le texte ‘’Vava Inuba’’ chanté par Idir. Cette chanson fera le tour de la planète et appor-tera au monde entier le message de la renaissance de l’une des plus vieilles cultures de la mer Méditerranée. De même, l’hymne ‘’Ay Azwaw s umendil awragh’’, du même interprète, sera rapidement perçu comme le symbole et la personnification de l’homme amazigh. Fer-hat, lui, a su marier l’authenticité berbère (Yemma asif iccayi) avec la revendication d’identité et de justice (Tizi Bwassa). Il convient aussi de rendre un hommage appuyé à un poète et dramaturge de talent tombé dans un quasi anonymat ces dernières années. Il s’agit de Mo-hand Uyahia, disparu il y a une année, et dont les textes ont été interprétés par les meilleurs chanteurs de Kabylie (Takfarinas, Ferhat, Idit, Djurdjura, Brahim Izri, Ideflawen,…).
Dans la même période, Lounis Aït Menguellet sort son album ‘’Amjahed’’ (33 tours) que, par un court texte, Mouloud Mammeri a ‘’préfacé’’ au verso. C’était l’expression d’un désenchan-tement général par rapport aux espoirs nourris par la guerre de Libération. Serments trahis, veuves oubliées et idéaux de justices partis en fumée vont se mêler au sentiment d’humiliation et de mépris généré par un comportement arrogant et tyrannique des nouveaux gouvernants. "Si je pouvais dire toute la vérité, la mule procréerait !", disait Lounis. Le même Aït Menguellet chantera la JSK comme symbole de kabylité et de réussite. Dans son album ‘’Aâttar’’, il a rêvé d’un " arbre doux qui se serait régénéré et d’une chaîne de fer fermée par un fil de fer au milieu ". Le tapis au style ancestral (Aâlaw) que le poète a confectionné a été sollicité par plusieurs visiteurs venus de toutes les contrées. Lorsqu’ils lui ont proposé un prix fort pour pouvoir l’acquérir, il répondra : " Je ne te le céderais pas/Fût-ce contre des lingots d’or ". Le tapis en question est, bien sûr, une image, une allégorie, de la dignité kabyle et de l’authenticité qui n’ont pas de prix. Dans le même album, ‘’Semmeht-as’’ est un texte qui se termine par une sentence d’une puissante éloquence par laquelle l’auteur déclare l’immortalité du verbe :
"Ameslay had ur t ineq, (La parole, personne ne peut la tuer)
Wammag laâbd ittmettet.(Mais,l’homme est bien mortel)
Ameslay ma d itterdeq,(Quand la parole vient à exploser)
L’djil i tibghen yufat. (La génération qui la cherche la trouvera)
Waqila xir lmantaq,(Mieux vaut sans doute parler)
Init-id qebl ak ifat" (Dis-le [le mot] avant qu’il ne soit trop tard).
Dire le mot, la vérité et le courroux avant qu’il ne soit trop tard ! C’est ce que continueront de faire les chanteurs de cette génération que la société a chargés d’un ‘’fardeau’’ qui a fait d’eaux plus que des poètes ou de simples chanteurs. Ils étaient vus et considérés comme des démiurges, les faiseurs de destins, les hérauts et les héros d’une cause historique. Les poèmes ‘’Ardjuyi’’, ‘’Ayagu’’, ‘’D-nubak frah’’, ‘’Amcum’’ d’Aït Menguellet, ‘’Tahya Pésident !’’, ‘’Tidi Ukheddam’’, ‘’Awidek ighihkmen’’ de Ferhat et les premières chansons du jeune Ma-toub Lounès qui sortiront à la fin des années 1970 constituent le levain ‘’intellectuel’’ du Prin-temps berbère de 1980.
Le chant général de la révolte
Contre l’injustice, l’arbitraire, le mépris et le déni historique de l’identité berbère, ces anima-teurs de la conscience sociale kabyle appellent à la résistance, à la fraternité et à la lutte pour réaliser les espoirs déçus de la révolution et consacrer le destin de liberté, d’authenticité et de modernité pour les nouvelles générations. Sur les épaules frêles de nos poètes pèse une espèce de responsabilité historique pour libérer la parole enchaînée et re-conquérir les espaces perdus de liberté. Peut-être n’est-ce là que la reproduction ou le pro-longement d’une réalité historique qui avait fait des poètes et aèdes de Kabylie des ‘’ora-cles’’, ou, du moins, des ‘’agents de la culture dans une situation d’impasse’’, comme a eu à l’étudier dans une thèse Farida Aït Oufroukh pour le cas de Cheikh Mohand Oulhocine et Aït Menguellet. En tous cas, sans que cela soit un code explicite, nos chanteurs et poètes ont bien joué ce rôle, ce qui les a poussés, particulièrement pour certains d’entre eux, à puiser puissamment dans le substrat de la culture orale kabyle et dans le patrimoine universel de l’humanité pour exprimer la soif de liberté, la volonté de casser les chaînes de la sujétion et l’idéal de réhabiliter la justice et les valeurs humaines de solidarité et de fraternité. Après les événements du Printemps berbère, les voix se multiplièrent pour revivifier l’esprit de la lutte fût-ce par une certaine autocritique par rapport à des attitudes ou à des comportements qui auraient été jugés maladroits ou inconvenants venant des opprimés eux-mêmes. En période de reflux et, sans doute, de désenchantement aussi, ce genre de jugements est souvent de mise. ‘’Tivratine’’ d’Aït Menguellet, toute une série de chansons de Matoub (‘’Ula d Benbella as iqqar nekk d Amazigh’’,…) et des textes de nouveaux chanteurs exprimèrent, au début des années 1980, des formes de ‘’désillusions’’ ou de déceptions suite à l’action ‘’inaboutie’’ de la révolte d’avril 80. Cependant, la réflexion deviendra plus sereine, le jugement plus mûr et les ambitions mieux cernées. Malgré les esquisses d’une politisation ‘’organique’’ future du mouvement berbère visibles dès 1985 (Ligue des Droits de l’homme, Association des En-fants de chouhada), la plupart des chanteurs kabyles continueront à assurer leur mission première de ‘’diseurs’’ de verbe en situant la lutte pour l’identité et la cultures amazighes dans le grand combat pour l’instauration des libertés et de la démocratie. Aït Menguellet et Matoub, malgré la différence de leurs styles, ont continué à incarner la chanson kabyle en lutte pour l’identité et la liberté et ce, jusqu’aux moments les plus noirs de l’histoire de l’Algérie indépendante, c’est-à-dire la décennie de terrorisme. Ils n’étaient pas seuls, bien sûr. D’autres chanteurs ont émergé et une grande partie d’entre eux ont fait jouer à la chan-son le rôle de vecteur de la conscience identitaire comme l’ont fait les pionniers au début des années 1970. L’innovation se trouve surtout au niveau de la musique, des arrangements et des mélodies. Dans les limites de l’esquisse que nous avons donnée ici du rôle de la chan-son kabyle dans la lutte identitaire amazigh, nous ne pouvons aborder les détails du sujet qui devraient nous conduire vers d’autres investigations sur la forme et la structuration des messages, les échos enregistrés au niveau du public ou de la population et le parcours ou l’évolution de chacun des acteurs cités par rapport à la thématique traitée. L’on peut dire, néanmoins, que la chanson kabyle a constitué l’ ‘’instance intellectuelle’’ du mouvement de revendication identitaire en Kabylie. Elle ne s’est pas contentée d’accompagner les mouve-ments de contestation. Elle a plutôt servi de vivier, de tremplin et de source intellectuelle de la révolte.
Amar Naït Messaoud
publié par Amar Naït Messaoud dans: Histoire
Prémices du printemps kabyle dit berbère.
jeudi 5 mai 2005
Paris, 1926. Des immigrés en majorité kabyles, comme Imache Amar, Radjef Belkacem, Hadj Ali Abdelkader, Yahiaoui Ahmed et Si jilani Embarek, (des noms aujourd’hui oubliés) fondent l’Etoile Nord-Africaine (l’E.N.A.), une association de droit français qui se propose de lutter pour l’indépendance et le progrès social de l’Afrique du Nord. Pour entraîner les Arabes dans la lutte, l’assemblée générale de 1927 en confie la présidence à Messali Hadj Ahmed, un Tlemcénien émigré à Paris.
Jugée dangereuse pour l’ordre colonial, l’E.N.A. est dissoute le 20 novembre 1929. Quatre ans plus tard, Messali, Imache et Radjef la remplacent par l’Etoile Nord-Africaine. Objectifs : l’indépendance totale de l’Algérie, l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universel, la confiscation des terres accaparées par les grands féodaux, les colons et les sociétés financières et leur remise aux paysans, le respect de la moyenne et de la petite propriété, la restitution à l’Etat algérien des terres occupées par l’Etat français.
28 mai 1933, l’assemblée générale élit Messali, président, Imache, secrétaire général, Radjef, trésorier général et désigne Si-Djilani comme directeur de son journal en langue française El-Ouma (La Nation) dont Imache sera rédacteur en chef. Ce dernier se prononce pour une Algérie algérienne et laïque et plaide pour la prise en compte de l’organisation sociale kabyle de type démocratique, basée sur tajmât (l’assemblée de village.) Messali, qui puise ses références dans le Coran et considère que l’Algérie est arabo-musulmane, le désavoue.
Nouvelle divergence au sein de l’Etoile en 1936 à propos de l’attitude à adopter lors de la guerre civile en Espagne. Messali veut engager des militants algériens dans les Brigades internationales. Les Kabyles s’y opposent au motif que la République espagnole a refusé d’autoriser la création d’une armée algéro-marocaine qui se battrait pour une république rifaine (berbère) indépendante. C’est la première révolte des dirigeants kabyles contre Messali, suivie de la rupture avec le Parti Communiste Français.
26 janvier 1937, dissolution de l’Etoile. Messali, Imache et Radjef sont arrêtés puis respectivement condamnés à un an, huit et six mois de prison pour reconstitution de ligue dissoute.
Réduites en appel en mars 1937, les condamnations seront annulées par la Cour de cassation le 6 avril 1937 puis par un jugement du tribunal de la Seine, ce qui accrédita chez les Algériens l’idée qu’en métropole la Justice est plus équitable et modérée qu’en Algérie.
Dans "El Ouma", Imache dénonce l’occupation de l’Ethiopie par l’Italie et appelle les Africains à se libérer du colonialisme. Il est de nouveau arrêté en même temps que Radjef mais Messali, réfugié à Genève, y rencontre Chekib Arslane, un émir druze qui militait pour la libération des pays arabes colonisés. A l’occasion d’une amnistie générale, Messali rentre à Paris et évince du Comité central du parti Imache et Yahiaoui qui dénonçaient son autoritarisme. Imache adresse alors aux militants une lettre dans laquelle il les invite « à suivre un programme et non à se mettre à la remorque d’un seul homme. » (C’est toujours d’actualité !)
11 mars 1937. A Paris, Messali crée le P.P.A. (Parti Populaire Algérien.) Programme : l’émancipation totale de l’Algérie, sans pour autant se séparer de la France. Imache le juge trop modéré et refuse d’adhérer au nouveau parti. Alors, Messali en transfère le siège à Alger et rentre en Algérie. Pour élargir son audience, il se rapproche des Oulémas, une association à caractère religieux qui militait pour la rénovation de l’islam et la promotion de la langue arabe, sans contester le statut colonial de l’Algérie. C’est la rupture avec les éléments kabyles laïques et radicaux. Isolés à la suite de leur rupture avec le P.C.F., combattus par les Oulémas au nom de l’islam, dépourvus de moyens financiers, les nationalistes kabyles sont marginalisés d’autant plus qu’en Kabylie la revendication identitaire et culturelle n’était pas encore une priorité. L’unique préoccupation de la population appauvrie par le contrecoup de la crise économique mondiale de 1929 consistait alors à survivre.
Septembre 1939. Dissolution du P.P.A. Vingt-huit de ses responsables sont arrêtés le 4 octobre suivant. Messali ne sera libéré qu’en 1946, ce qui lui vaudra un immense prestige et en fera l’incarnation du nationalisme algérien jusqu’en 1954.
1945. Une poignée de lycéens kabyles de Ben-Aknoun (Alger), issus de familles moyennes ou aisées, découvrent le nationalisme et prennent conscience de leur identité. Leurs noms, Ali Laïmèche, Omar Oussedik, Hocine Aït Ahmed, Mohand Ouidir Aït Amrane, Amar Ould Hamouda, Bélaïd Aït Medri, Mohand Saïd Aïch, Rachid Ali Yahia. Il en est de même pour des étudiants : Yahia Henine, Mabrouk Belhocine, Sadek Hadjerés, Saïd Oubouzar. Il est permis d’en donner la liste, pour les Algériens des années 40, le lycée et l’université étaient un luxe.
Nos jeunes lycéens abandonnent leurs études pour la politique. A travers la Grande Kabylie, ils implantent des cellules clandestines du P.P.A. et organisent des troupes de scouts musulmans.
Ils savent que l’Histoire de l’Algérie est antérieure à la conquête arabe au VIIIème siècle et le font savoir. Ils découvrent que le vrai nom du peuple berbère est « amazir », c’est-à-dire le peuple libre. Aït Amrane compose le premier hymne nationaliste en langue kabyle : Ekker a miss Oumazir pendant qu’Ali Laïmèche interpelle la jeunesse algérienne : Noukni s’ilmeziene el dzayer.
1946, Messali crée le M.T.L.D, (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques ) une façade légale du P.P.A. dissous. Les Kabyles y adhèrent en grand nombre mais les militants lucides ne tarderont pas à comprendre que la lutte armée est la seule solution.
1947. Imache crée un parti de l’unité algérienne qui se propose notamment de « clarifier la religion musulmane et de combattre le fanatisme. » Un projet avorté qui aurait pu engager l’Algérie sur la voie de la modernité.
Paris. Mai 49. Rachid Ali Yahia, un étudiant en droit envoyé à Paris par Si-Ouali Bennaï (un maquisard berbériste) pour y poursuivre ses études de droit, fait voter par vingt-huit des trente-deux membres du Comité fédéral une motion qui rejette l’arabo-islamisme, invite la direction du parti à reconnaître l’existence d’une langue et d’une culture kabyles, dénonce le sectarisme de la direction et déplore l’option de la voie électoraliste comme moyen de lutte pour l’indépendance. Avec l’aide discrète du P.C.F., le Comité édite une revue, l’Etoile algérienne, selon laquelle l’Algérie n’est pas un pays arabe ; tous les Algériens, Arabes et Berbères doivent s’unir pour une Algérie indépendante, prolétarienne et, sinon laïque, du moins non soumise à une autorité religieuse. A ce propos, Alger Républicain (un quotidien progressiste) publia un article prémonitoire : « Fanatisme, panarabisme, Oulémas » qui dénonçait le danger d’une dérive cléricale dans les luttes de libération nationale.
Messali accuse les contestataires de collusion avec le colonialisme, les traite de berbéro-matérialistes manipulés par l’impérialisme et les exclut du parti, en même temps que le docteur Lamine Debaghine - un cadre arabophone remarquable mais indocile - sous prétexte de complicité avec les berbéristes. Ensuite, il envoie à Paris un commando composé du capitaine en retraite Saïdi Sadek, de Mostefaoui Chawki et d’Abdallah Filali pour récupérer de force les clés du siège du Comité fédéral. Des bagarres éclatent dans des cafés parisiens fréquentés par des Kabyles. Le district de Kabylie et le Comité fédéral de France bloquent les cotisations. Le parti est au bord de l’éclatement. Messali dissout le Comité fédéral. Si-Ouali décide alors de se rendre à Paris pour prêter main-forte à ses amis. Il est coffré à Oran au moment de prendre le bateau pour Marseille sous un faux nom. Les Berbéristes de Kabylie sont arrêtés les uns après les autres : Ould Hamouda et Oussedik à Alger, Oubouzar à Tizi-Ouzou, Boudaoud à Rébeval. Ils sont persuadés que la direction du parti les a donnés. Sans l’avoir voulu, la police française avait fait le jeu des arabo-islamistes.
Aït Ahmed, le patron de l’O.S. (Organisation Secrète), désapprouve les berbéristes. A leur égard, il use de termes très durs : « Des activistes en mal d’ostentation et de promotion... au moment où l’aile révolutionnaire (la sienne) tente de recentrer la réflexion sur les grands problèmes posés par la perspective de la guerre de libération, à Paris, Ali Yahia prend l’initiative de faire voter par le Comité fédéral une motion défendant la thèse de l’Algérie algérienne et déclenche alors en France une campagne contre l’orientation arabo-islamique du parti. A partir de cet épisode, la Kabylie traînera la casserole du berbérisme... Il y a comme ça des grains de sable, des personnages insignifiants qui entraînent dans la vie politique des conséquences démesurées. » Pour Aït Ahmed, « le conflit oppose les forces révolutionnaires aux tenants de l’opportunisme électoraliste. Qui a intérêt, sinon le colonialisme, à faire dévier le débat vers un conflit entre arabistes et berbéristes ? Il ne faut pas tomber dans le panneau, quitte à dénoncer les agissements irresponsables de Paris. »
L’alignement d’Aït Ahmed sur la position des anti-berbéristes ne lui vaut pas leur confiance : ils le remplacent à la tête de l’O.S. par Benbella, un Arabe (cette décision lui sera d’ailleurs notifiée par son successeur.)
En Kabylie, le conflit opposait les berbéristes à ceux qui estimaient mal choisi le moment de poser le problème berbère. Parmi les premiers, Ali-ou-Mahmoud, de son vrai nom Ferhat Ali, originaire de Tizi-Rached, un gros village accroché sur une pente raide entre Tizi-Ouzou et Fort-National. Je le voyais arriver à cheval, sauter à terre, attacher la noble bête au frêne de la placette sous le regard admiratif des badauds. Crinière clairsemée, visage sanguin, sourcils broussailleux, toujours vêtu d’une gandoura blanche. Réputé homme de caractère. Il avait giflé Messali lors d’une altercation dans la prison d’El Harrach où ils étaient tous deux enfermés pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Sa carrière politique faillit s’achever un mercredi matin de mai dans des circonstances que Krim Belkacem (maquisard condamné à mort par contumace) m’a relatées : « On discutait à Fort National dans un café maure de la rue d’En-haut. Je disais que je n’étais pas contre les berbéristes mais que c’était trop tôt pour poser le problème de l’identité de l’Algérie. J’ai insisté sur le danger de la division entre Kabyles et Arabes. Ferhat Ali m’a traité de dégonflé. Le ton est monté, c’est un homme emporté. Il m’a dit : « Suis-moi dehors si tu es un homme ! » Des consommateurs ont essayé en vain de le calmer. Il est sorti. Je l’ai suivi. Il a pris la route de la carrière. Il marchait vite. Pour ne pas me faire remarquer, j’ai ralenti. Passé la Mission protestante, il s’est abrité derrière un frêne, il a crié « jette ton arme. » J’ai tiré. Il a roulé dans le fossé. Avant de tomber (je l’ai su plus tard) il a écrit mon nom sur une boîte d’allumettes avec son index trempé de sang. » Transporté à l’hôpital de Tizi Ouzou, le blessé a survécu (il sera abattu par l’A.L.N. pour une raison inconnue).
De 1964 à 1962, les kabyles ont payé le tribut le plus lourd. Ferhat Ali, Si Ouali et Ould hamouda (Amar) ont été tué dans des circonstances sur lesquelles personne ne veut dire la vérité. En Tunisie, Boumediene, devenu chef d’état-major, avait interdit aux soldats kabyles de parler leur langue.
En 1963, la création du F.F.S. s’est fondée sur un malentendu. Pour son chef, Hocine Aït Ahmed, il s’agissait de lutter contre la dictature de Benbella et pour l’instauration d’un socialisme scientifique. Pour ses troupes, il fallait défendre les intérêts de la Kabylie et son identité berbère.
publié par Inconnu dans: Histoire
Août 1949 : au-delà de Ferhat Ali:Premier attentat contre l’avenir d’une Algérie démocratique par Sadek Hadjerès
Premier attentat contre l’avenir d’une Algérie démocratique
POUR DES DECENNIES, PRIMAUTE DE LA VIOLENCE SUR LE DEBAT
Le 18 Août 1949, à la sortie de Larbâa Nath Irathen, revenant le jour de marché vers taddart-is (son village), Ferhat Ali, vétéran et cadre du mouvement nationaliste depuis l’Etoile Nord Africaine, est victime d’un attentat. Il restera miraculeusement en vie après presque un mois d’hospitalisation à Tizi Ouzou. Je l’ai revu après cette période à l’hôpital de Mustapha d’Alger où je lui ai donné les soins liés à sa convalescence. Sa poitrine avait été traversée de part en part par un projectile provenant d’un gros calibre. Ses agresseurs n’étaient ni des bandits ni des hommes de main à la solde des officines colonialistes, même si un tel acte faisait l’affaire des officiers du Deuxième Bureau français qui, à l’affût depuis longtemps, se sont frotté les mains de satisfaction.
Il ne s’agissait ni d’un fait divers ni d’un méfait politique regrettable et vite corrigé par ses auteurs. On venait d’assister au premier acte d’une dérive infernale. Pour la première fois dans l’itinéraire du mouvement nationaliste, l’arme d’un militant n’avait pas été tournée contre les forces de l’occupant colonial ou ses valets, mais délibérément contre un compagnon de lutte, un militant intègre, ardemment acquis à la cause patriotique.
Cet évènement, précédé les mois précédents par quelques autres faits tout aussi condamnables mais d’une moindre gravité, a constitué un tournant néfaste. D’une part pour l’immédiat dans la crise appelée faussement berbériste (en fait crise de déficit démocratique dans le parti nationaliste). D’autre part, pour le futur, avec des dégâts incommensurables dans la trajectoire ultérieure de l’ensemble du mouvement national, avant comme après l’indépendance.
Je ne reviendrai pas dans cet article sur les racines et les développements bien antérieurs à l’évènement, qui ont débouché sur cette situation dangereuse. Les faits qui se situent en amont et longtemps occultés, commencent à être mieux connus depuis la dernière décennie. Si besoin était, je pourrais, dans les limites de mon information, répondre à quelques demandes de précisions ou renvoyer à plusieurs de mes interventions passées. Par exemple les entretiens donnés à Ali Guenoun pour son ouvrage « Chronologie du mouvement berbère » ou une série de quatre articles parus dans El Watan en juillet 1998, peu après l’assassinat de Maâtoub Lounès.
Je ne m’attarderai pas trop non plus aux conséquences sur le long terme, bien que ce soit une problématique majeure. Car l’attentat contre Ferhat Ali fut l’acte inaugural et le prototype d’une série de comportements et d’enchaînements similaires qui iront en s’amplifiant. Ils vont miner même les étapes historiques les plus fastes des six décennies suivantes, tout en laissant planer de nos jours un point d’interrogation sur les temps à venir. Là aussi, la liste de ces dégâts est longue et massive, elle est largement connue, même si leurs mécanismes demandent à être encore plus explorés et analysés.
Par contre, dans les limites de cet article, je me limiterai aux répercussions immédiates de l’évènement, d’autant qu’elles sont elles-mêmes très éclairantes.
Curieuses convergences
Dès le lendemain matin, 19 août, « L’Echo d’Alger », le journal porte parole des colons apparemment mobilisé presque instantanément par les services du Gouvernement Général français, titrait sur la constitution d’un nouveau parti, il lui donnait même un sigle, le « PPK », autrement dit un fantomatique Parti du Peuple Kabyle, dissident du P.P.Algérien.
Le quotidien raciste ne se faisait pas seulement plaisir en prenant son rêve pour des réalités. Il brandissait surtout une arme redoutable dont les autorités françaises escomptaient un double impact : diviser les rangs de sa bête noire le PPA- MTLD par cette rumeur alarmiste, et qui plus est, isoler sa fraction la plus dangereuse selon lui, c'est-à-dire le courant qui n’avait cessé non seulement de préconiser mais aussi de mettre en œuvre une orientation radicalement anticolonialiste.
Les cadres de Grande-Kabylie et en particulier BennaÏ Ouali, avec la nouvelle génération de ce qu’on a appelé le « groupe de Ben Aknoun », n’avaient-ils pas joué un rôle prépondérant pour l’adoption en 1947 de la décision créant l’Organisation Spéciale, l’OS ? Ne continuaient-ils pas à mettre en garde contre maintes défaillances et incohérences qui nourrissaient le désarroi des militants et creusaient un fossé d’incompréhensions entre « légalistes » et « révolutionnaires », au lieu de forger une cohérence et une complémentarité politique entre ces deux volets ? L’occasion était propice pour les stratèges du « GG » (Gouvernement Général) de favoriser les groupes d’influence dans la direction du MTLD qui amorçaient la ligne de « coopération », celle concrétisée plus tard avec le courant colonialiste « rénové » du groupe de Jacques Chevallier à la mairie d’Alger.
Déjà au mois de Septembre de l’année précédente, les services français avaient, comme par hasard, procédé aux arrestations successives de Bennaï Ouali et plusieurs responsables de la tendance radicale, dont Ammar Ould-Hammouda et Omar Oussedik, recherchés jusque là sans succès depuis Mai 1945. Je pense que Hocine Aït Ahmed ne doit d’avoir échappé à ce coup de filet qu’en raison des précautions exceptionnelles qu’exigeaient ses fonctions de premier responsable de l’OS, fonctions très cloisonnées par rapport à l’appareil organique et de direction du MTLD. Peut -être un jour les archives de la police coloniale, si elles ne sont pas escamotées, nous renseigneront sur le secret de ces arrestations, opérées étrangement à un pareil « bon moment ».
Dans tous les cas, objectivement, les services français n’ignoraient pas ce qui bouillonnait dans les milieux militants d’Alger, de Kabylie et d’autres régions du pays ainsi que dans la Fédération MTLD de Paris. Ces services avaient déjà mené leur opération de dévoiement d’« Al Maghreb Al Arabi » qui fut un moment l’organe de presse officieux du MTLD, dirigé par leur agent le Cheikh Zahiri. La mission de ce dernier était de propager nombre de confusions très nocives pour la vocation d’un nationalisme libérateur.
Nul doute que parallèlement, ces services étaient décidés à donner un coup d’arrêt à la volonté affichée du courant démocratique et radical du PPA de proposer la discussion et l’adoption d’un document doctrinal consensuel. Un document dont le manque se faisait cruellement sentir au parti et qui viendrait mettre fin au désarroi et aux flottements dangereux pour la cohésion dans les rangs militants.
Ce document « L’Algérie libre vivra », signé Idir El Watani, paraîtra d’ailleurs en juillet 49, plusieurs mois après l’arrestation de ses initiateurs qui nous avaient encouragé à sa rédaction. Cette parution se fit dans des conditions mouvementées (tentative ratée de s’emparer de la brochure à sa sortie de l’imprimerie, perquisitions brutales aux domiciles ou sièges d’associations, etc)
Des réactions douteuses et contre-productives
Au lieu d’être saisie par les dirigeants en place du MTLD comme une opportunité pour ouvrir des débats qui auraient été bénéfiques pour tous, le document leur donna le prétexte d’une répression multiforme et d’une campagne de calomnies qui inquiéta fortement les milieux militants.
En même temps, ils mirent à profit les arrestations des cadres en Septembre de l’année précédente pour parachuter en Grande Kabylie une direction plus acquise à leurs visions et pratiques d’appareils. La décision fut prise, en dépit des délégations de cadres et militants de base venus exposer son inopportunité et ses dangers. Ils estimaient que dans des conditions aussi confuses, il fallait différer les remaniements et les subordonner à des explications émanant de tous les acteurs en cause. Devant l’intransigeance de la direction, la protestation s’est durcie ; elle a pris la forme d’un refus d’acheminer les cotisations tant que la direction ne fournirait pas des explications et tant qu’elle ne se tournerait pas vers des discussions et mesures constructives, impliquant notamment la participation des dirigeants arrêtés. C’est sur ce fond de tension, arguments d’autorité menaçante contre demande d’explications, qu’est survenue la vive altercation qui a précédé de quelques heures l’attentat contre Ferhat Ali, celui-ci étant, si je me souviens bien, responsable des fonds du district.
La dérobade fatidique
On s’attendait, après le communiqué provocateur de l’Echo d’Alger, à ce que la direction du MTLD, dans un sursaut de sauvegarde nationale, publie immédiatement un démenti catégorique. Si c’était trop lui demander que de dénoncer un acte dans tous les cas condamnable, il lui suffisait seulement de dire que le fait relevait d’incidents ou de conflits locaux internes regrettables et n’avait rien à voir avec un quelconque « séparatisme » kabyle
Pareille démarche aurait été d’autant plus facile que le démenti aurait été aussitôt appuyé et accompagné du soutien des militants et cadres mis en cause pour soi-disant « séparatisme ». Car qui aurait été assez fou pour imaginer dans le contexte de cette époque une position suicidaire de « sécession » kabyle, que même les valets locaux de l’administration française ne soutenaient pas. Au point qu’il y avait déjà belle lurette que la ségrégation arabes/kabyles dans les Assemblées des ex « Délégations financières » avait été supprimée par les autorités françaises. A plus forte raison apparaissaient ridicules et tendancieuses les insinuations selon lesquelles les cadres de Kabylie dont on connaissait le nationalisme algérien ombrageux étaient influencés par les idées du colonialisme. La seule chose réellement positive que ce dernier avait réalisée malgré lui, comme résultat d’un siècle d’occupation, est d’avoir fait lever une génération d’Algériens décidés à enterrer le colonialisme et ses pratiques de division. La preuve n’en avait elle pas été fournie lorsque ces mêmes cadres que la direction fustigeait aujourd’hui avaient organisé à Messali l’accueil le plus extraordinaire de ferveur patriotique qu’il ait jamais reçu à travers ses tournées dans toutes les autres régions du pays ? L’un des couplets originaux de « Ekker a mis Oumazigh » ne glorifiaient-ils pas l’alliance de Allal (al Fassi), Messali, Bourguiba ?
Aussi l’étonnement fut grand, suivi d’inquiétude dans de larges milieux nationaux, de constater que la direction du MTLD ne réagissait pas à la provocation de l’ Echo d’Alger. Face à l’attente générale, elle gardait un silence qui nous apparut très vite comme une dérobade empreinte de calculs et d’étroitesse politicienne, alors que se jouait un problème national d’une gravité exceptionnelle. La direction perdit à ce moment le reste de confiance que gardaient encore sur ce point les militants les mieux informés de la crise, qui espéraient malgré tout la voir intervenir avec une hauteur de vue conforme à l’intérêt général.
Heureusement que sans attendre, une délégation des militants contestataires est allée rendre visite à Ali Ferhat hospitalisé. Elle revint avec une déclaration hautement responsable qui soulignait notamment : « " … Il n'a jamais existé et il n'existera jamais de"P.P.Kabyle", pour la bonne raison qu'il n'y a qu'un peuple algérien dont les éléments, quoique d'origine ou de langues différentes, vivent fraternellement unis dans une même volonté de libération nationale… Pour ma part, j'ai toujours pensé que l'Algérie ne peut être qu'algérienne et que dans notre patrie, toutes les cultures et tous les éléments de notre patrimoine commun méritent le respect et le libre développement..."
Adressé à toute la presse, le démenti ne fut évidemment pas publié par l’Echo d’Alger. Le plus étonnant est que l’organe du MTLD perdit une dernière chance de servir à un moment si crucial l’aspiration des patriotes algériens à l’unité nationale. Seul le quotidien « Alger républicain » publia le 21 août le communiqué intégralement. Fidèle à sa devise, il disait la vérité, rien que la vérité, mais il ne pouvait pas dire TOUTE la vérité. J’ai su à cette période que ses rédacteurs auraient souhaité interviewer les uns et les autres, publier des commentaires qui contribuent à maintenir un climat de confiance entre toutes les composantes du mouvement national et de la société algérienne. ll ne le fit pas, car devant le silence public de la principale formation concernée, son intervention aurait pu être interprété comme une ingérence et une volonté de jeter de l’huile sur le feu.
La démagogie autoritaire contre le mûrissement politique
Pourquoi ce silence public des dirigeants MTLD autour du grave incident et des données réelles du contentieux, alors qu’en sous-main et dans les appareils internes, les calomnies se déchaînaient, multipliant les invectives, les accusations virulentes de complot séparatiste anti-arabe, anti-islamique etc. ? Quelles étaient les motivations inavouées de certaines composantes de la direction et les raisons pour lesquelles d’autres composantes dans le parti et la société se sont montrées passives ou vulnérables à l’escamotage d’un problème national et démocratique de premier plan ?
Pour mieux le comprendre, il faudrait remonter à longtemps avant l’évènement malheureux du 18 août, aux raisons plus générales qui ont alimenté la dégradation politique interne et qui remontent à plusieurs années Je les évoquerai dans leurs manifestations des mois précédents. Elles déboucheront sur des implications plus concrètes dans les semaines qui ont précédé l’évènement.
Les raisons générales, c'est le pourrissement des pratiques politiques illustré au niveau de la direction par le choix des solutions autoritaires, en lieu et place d’un travail sérieux d’élaboration et de formation politique. Vaste question, qui aurait mérité une étude à part. Je précise que quand je parle de direction, j’entends par là ceux qui étaient en situation de prendre à ce moment là des décisions opérationnelles. Car au sein des acteurs qui se coalisaient ou s’opposaient au sein de la direction, il y avait une grande hétérogénéité et même une conflictualité aussi bien dans leurs inclinations politiques et idéologiques, que dans leurs motivations conjoncturelles.
Autour du même mot d’ordre d’indépendance, les convictions (ou préjugés) sincères et les calculs de pouvoirs et de prérogatives s’entrecroisaient chez les uns et les autres dans la confusion, y compris parfois dans la tête du même militant ou responsable. Seul un débat tenant compte des aspirations et des inquiétudes saines dans la base militante et la population, aurait pu éclaircir cette complexité, Car quant au fond, elle était inhérente à un mouvement national et à des militants encore en train de chercher leurs repères. Il était encore possible, et c’était le bon moment, de répondre de façon constructive aux attentes des uns et des autres, au lieu de favoriser un climat passionnel en nourrissant ces attentes de slogans démagogiques et de rejets réciproques.
La brochure de Idir El Watani, ou une autre plate forme présentée par la direction, auraient pu quelles que soient leurs insuffisances, jouer ce rôle d’effort doctrinal consensuel. Il est significatif que certains dans la direction, à défaut de fournir les aliments attendus, aient préféré briser cette possibilité, pour reprendre quelques années plus tard à leur compte, une fois l’irrémédiable accompli, des pans entiers de «L’Algérie libre vivra ». Trop tard, ce mea culpa à retardement inaugurait une nouvelle pratique qui aura hélas de beaux jours devant elle : produire des documents mirobolants contredits par des pratiques toujours marquées par leur péché originel de 1949 : parlez toujours, je détiens les rênes de l’appareil.
Précisément, le refus du débat, reflet de la maturité générale insuffisante, a débouché sur une situation qui accentuait l’arbitraire des dirigeants nantis des leviers de décision et des moyens de l’appareil exécutif. Ils légitimaient ce privilège auto octroyé par la situation de clandestinité. Jouer sur l’alarmisme était pour eux une façon d’éviter de rendre des comptes sur nombre de problèmes d’orientation et de gestion. Ils ont tranché de manière brutale là où il fallait s’efforcer de dénouer et de déminer le terrain en écoutant tout le monde. D’autres, nombreux, plus hésitants et circonspects, ont subi plus ou moins passivement le climat et les préjugés ambiants et surtout le fait accompli. Plusieurs d’entre eux s’expliqueront plus tard, trop tard, jusqu’à de longues années après avoir constaté les dégâts ou subi eux-mêmes des pratiques similaires. Ils se contenteront, chose déjà positive, d’émettre des doutes et d’affirmer que les torts étaient partagés, que la crise de 1949 aurait pu être dénouée autrement. Seuls deux ou trois resteront irréductibles sur leur point de vue d’alors, déformant les faits et surtout demeurant aveugles aux leçons qu’ont données les décennies suivantes.
Si la parution se fait en deux fois, la première partie s’arrêterait ici, en mettant : A suivre
Le texte reprendrait ensuite sous le même grand titre général, en précisant ; suite et fin
Mais cette deuxième partie commencerait en reprenant le paragraphe précédent, comme suit :
Précisément, le refus du débat, reflet de la maturité générale insuffisante, a débouché sur une situation qui accentuait l’arbitraire des dirigeants nantis des leviers de décision et des moyens de l’appareil exécutif. Ils légitimaient ce privilège auto octroyé par la situation de clandestinité. Jouer sur l’alarmisme était pour eux une façon d’éviter de rendre des comptes sur nombre de problèmes d’orientation et de gestion. Ils ont tranché de manière brutale là où il fallait s’efforcer de dénouer et de déminer le terrain en écoutant tout le monde. D’autres, nombreux, plus hésitants et circonspects, ont subi plus ou moins passivement le climat et les préjugés ambiants et surtout le fait accompli. Plusieurs d’entre eux s’expliqueront plus tard, trop tard, jusqu’à de longues années après avoir constaté les dégâts ou subi eux-mêmes des pratiques similaires. Ils se contenteront d’émettre des doutes et d’affirmer que les torts étaient partagés, que la crise de 1949 aurait pu être dénouée autrement. Seuls deux ou trois resteront irréductibles sur leur point de vue d’alors, déformant les faits et surtout demeurant aveugles aux leçons qu’ont données les décennies suivantes.
Mentalités et batailles de « koursis »,
Le climat et le mode de fonctionnement de la direction favorisait donc le recours aux ficelles politiciennes, au détriment de la recherche des solutions de fond. Procédé de plus en plus dominant, il fut l’une des raisons de la crise,
Avant de décrire comment ce « mode d’emploi » s’est traduit dans les semaines précédant le mois d’août, je rappellerai en passant que le rôle de « bouc émissaire » du « complot séparatiste » kabyle aura eu aussi pour effet de faire passer à l’arrière plan une autre contestation, celle du Dr Lamine Debbaghine. Sur certains aspects de fond, les points de vue de ce nationaliste de la première heure, intègre et attaché à une conception plus saine et moderne de l’arabité et de l’islamité de l’Algérie, rejoignaient les nôtres. A sa façon et indépendamment de nous, il dérangeait beaucoup les deux pôles qui bien avant les crises du MTLD des années cinquante, étaient en concurrence pour le leadership. D’un côté les bureaux de direction de la rue Marengo, et de l’autre côté Messali, ses fidèles et ses réseaux à partir de sa résidence de Bouzaréah. Beaucoup plus tard, au début des années cinquante, le Dr Lamine sera lui aussi éloigné, victime des pratiques de sérail et des méthodes de règlement en circuit fermé, qui avaient fonctionné si bien contre les amis politiques de Bennaï Ouali.
Abordons maintenant comment, dans ce contexte de dégradation, les particularités de la situation en Kabylie ont été utilisées au cours des semaines qui ont précédé le 18 août par les dirigeants en question, en suscitant et allumant des conflits organiques et d’appareils. De sorte que, sans qu’ils l’aient forcément voulu directement, cela aboutit à un incident tragique et lourd de conséquences. Leur responsabilité politique tient au fait qu’ils souhaitaient la cassure avec les courants démocratiques et partisans de la discussion dans les instances régulières. Passant à côté de l’essentiel, ils ont mis à profit les arrestations des responsables de Kabylie pour des changements organiques qui leur permettent d’asseoir leur autorité en faisant d’une pierre deux coups. Leur calcul était d’opposer les uns aux autres deux courants issus de la région de Kabylie et qui les inquiétaient l’un et l’autre. Les dirigeants d’Alger tournaient ainsi le dos à leur vocation et fonction de dirigeants nationaux qui auraient dû les inciter à tout faire pour rapprocher et unir ces deux courants dans le cadre d’une solution plus globale de sauvegarde nationale.
Leur première bête noire était ceux qu’on a traités de « séparatistes berbéristes » qui en réalité voulaient ouvertement, sans intrigues ni jeux de coulisses, faire avancer le parti vers une base doctrinale sérieuse et des règles de fonctionnement transparentes. Ils voulaient fonder cette base doctrinale et organique sur le triptyque « Nation cohérente, Révolution active et Démocratie dans le contenu et les méthodes ». Cela supposait entre autres, crime de lèse-majesté, qu’on mette fin à des situations de bricolage dans lequel s’affrontaient sournoisement différents groupes pour privatiser un temple dont ils se considéraient les seuls défenseurs. Les contours de ces groupes d’influence étaient flous et mobiles car les principes invoqués étaient faussés et pollués par les rivalités de pouvoir. D’un côté les surenchères radicales et populistes des uns, plus ou moins illustrées par le groupe Messali et de l’autre côté les signes d’un opportunisme rampant des autres, véhiculé par quelques uns des animateurs pro Chevallier dans le futur groupe des « centralistes ».
La deuxième bête noire de la direction, était constituée par le gros des « maquisards » recherchés, notamment les militants issus de Kabylie ou s’y réfugiant. Considérés avec méfiance par la direction qui les considérait acquis à Bennaï Ouali et ses compagnons, ils étaient en quête de repères politiques depuis que leurs responsables emblématiques et organiques avaient été arrêtés.
Des activistes faiblement politisés
D’une façon générale, l’activisme de ces partisans de la lutte « directe » (ils entendaient par là le volet exclusif de la lutte armée), que ce soit en Kabylie ou dans les autres zones géographiques, embarrassait depuis longtemps les courants de la direction qui craignaient des débordements préjudiciables à leurs propres orientations. Il est bien établi que des membres de la direction du MTLD, sans en arriver à remettre en cause ouvertement la décision de création de l’OS, considéraient ces activistes comme un boulet, gênant ou dangereux pour leur démarche penchant davantage vers le légalisme .
Il est vrai qu’à cette époque déjà, la montée au djebel n’était pas dans tous les cas le résultat d’un volontariat et d’une sélection sur la base de critères politiques et de trempe morale, Pour certains, leur montée résultait de motifs pressants de sécurité pour se soustraire à la répression colonialiste. Il est arrivé que Bennaï Ouali et ses compagnons prennent des mesures de vigilance pour brider chez certains de leurs subordonnés des initiatives individuelles mal inspirées ou suggérées par d’autres cercles de la direction de façon irresponsable ou manoeuvrières, qui risquaient de porter tort aux objectifs politiques locaux ou nationaux du mouvement.
C’est justement en mettant à profit ce genre de faiblesses politiques que la direction qui boudait jusque là les maquisards, s’est adressée à certains d’entre eux. Elle les invita à prendre bureaucratiquement la succession des responsables de Grande Kabylie, tout en les mettant en garde contre les cadres et militants étudiants et syndicalistes qui continuaient, notamment à travers la diffusion de la brochure « L’Algérie libre vivra » à revendiquer une rénovation démocratique des orientations du parti. Ces activités, selon les dirigeants en place, étaient la cause du climat perturbé dans les rangs des militants de Grande Kabylie et en France. Sans crainte de se contredire, ils en attribuaient la source à l’influence pernicieuse tantôt de courants colonialistes, tantôt de courants communistes, inventant même pour l’occasion la formule de « berbéro-marxistes » accolée à celle de séparatistes,
J’ai eu à cette même époque la confirmation de cette démarche des dirigeants et des arguments qu’ils avaient utilisés auprès de certains maquisards de Kabylie. C’était à l’occasion de la rencontre que j’eus avec l’un d’entre eux, Fernane Hanafi, venu aux nouvelles et s’informer sur nos intentions. Je ne me souviens plus si c’était Yahia Henine ou Said Oubouzar qui m’accompagnait à cette rencontre. Nous avons discuté toute une après-midi dans le minuscule atelier de tailleur du vieux Si Djilani, ancien cadre de l’Etoile Nord Africaine, au quartier la Marine, détruit quelques années plus tard sur l’emplacement actuel de l’avenue du 1er Novembre. Fernane voulait connaître nos points de vue et nos intentions. Nous l’avons rassuré en lui précisant que nous n’avions pas d’objectif organique, Nos activités visaient à informer les militants sur les problèmes qui avaient surgi. Notre souhait était qu’un large débat se déroule sur les questions essentielles, l’idéal étant la réunion d’un Congrès. Nous souhaitions que la direction s’engage sur la voie de solutions démocratiques et de sagesse.
Fernane Hanafi m’a paru attentif et de bonne foi. Sa mort dans les premiers mois de l’insurrection m’a attristé, lorsque mon ami le restaurateur Saïd Akli me l’a annoncée. Accueillant fréquemment les responsables de maquis après le 1er novembre, il s’était occupé de le faire soigner après les blessures mortelles qu’il avait reçues lors d’un échange de coups de feu avec une patrouille de police sur le chemin ex-Vauban qui porte aujourd’hui son nom à Hussein Dey.
La descente vers le pire
Malgré le climat ouvert de cette rencontre, plusieurs raisons nous incitaient à penser que notre entrevue aurait beaucoup de difficulté à contrecarrer les pressions de la direction. Celle-ci préférerait la voie des manipulations organiques et de la division, laissant intactes les causes politiques du malaise. Nous en avions déjà eu une illustration quand ces dirigeants, croyant désamorcer la crise par une distribution de « koursis », proposa de faire accéder deux d’entre nous au Comité central du MTLD, dont moi-même. Nous avions pensé alors que ces dirigeants n’avaient rien compris à ce qui se passait, ou au contraire, ils le comprenaient très bien mais redoutaient d’affronter les vrais problèmes à l’origine du mécontentement. Ils persistaient à naviguer entre la carotte et le bâton. Or nous avions quelques raisons de penser que certains de nos frères maquisards seraient vulnérables à ce genre de sollicitations.
La première de ces raisons était que les maquisards dépendaient entièrement de la direction pour leur soutien logistique. Ils comprenaient bien la portée du chantage de la direction mais n’avaient pas d’autre moyen de s’y soustraire. De plus, la vie qu’ils menaient et le type de préoccupations au jour le jour qu’elle impliquait n’aidait pas certains d’entre eux à mieux saisir la portée politique et de long terme des problèmes en litige. Par un sentiment humain normal mais non maîtrisé,’esprit activiste se détachait du contenu politique parce qu’il se résumait en un seul point, engager dès que possible le combat armé pour en finir avec les atermoiements et l’attente fastidieuse qui les rongeait. Ils étaient plus enclins à considérer les préoccupations politiques comme des spéculations fumeuses et sans intérêt ou des diversions propres à semer la division. Avec le recul, je me suis souvenu à ce propos comment Ho Chi Minh avait convaincu ses premiers volontaires, prêts techniquement et impatients d’agir, de patienter pour tenir compte à la fois des évolutions politiques et des besoins d’une formation politique plus poussée des combattants.
La sous-estimation du politique n’existait pas chez Bennaï Ouali, pourtant l’un des pionniers de la lutte armée (voir témoignage de Yousfi dans un de ses ouvrages). Cet homme du peuple, lié au terroir et soucieux de protéger les siens des impulsions qui pouvaient se retourner contre eux, était servi par un solide bon sens et en même temps, ouvert à conjuguer l’expérience de terrain avec la réflexion. Il était attentif aux mouvements d’idées qu’il débattait avec ses compagnons d’armes issus des lycées et de l’université. Ensemble, ils avaient beaucoup fait pour transformer la région de Kabylie en un des bastions les plus dynamiques du mouvement national. L’interaction entre le terrain et la vie intellectuelle, entre les racines identitaires et l’ouverture sur l’universel devenaient une force.
C’est ce que ne comprenaient pas nombre de dirigeants d’Alger, qui croyaient faire preuve de patriotisme en cultivant chez les militants l’état d’esprit anti-intellectuel. En vérité, ils souhaitaient s’entourer de gens ayant des capacités intellectuelles, mais les appréciaient avant tout dans les fonctions de scribes ou de producteurs d’arguments pour légitimer leurs positions du moment. Sinon ils n’étaient que des « intellectomanes » voués à leur mépris. Quelle différence avec un Laïmèche Ali que j’entendais dire un jour à Ben Aknoun en 1945 à un de nos camarades : « Tu as un cerveau, c’est pour t’en servir, ce n’est pas pour le mettre en location ! »
Les dangers de l’arrivisme
Une dernière raison était venue s’ajouter chez certains activistes à la méfiance entretenue envers les « intellectuels ». Accepter la « montée en grade » pour succéder aux dirigeants arrêtés n’était pas seulement pour eux une perspective plus sécurisante qu’un combat politique et idéologique incertain pour des solutions démocratiques et de consensus national. Cela flattait aussi en eux l’ambition normale de l’individu, surtout quand l’idée de l’émancipation nationale se fond totalement avec l’objectif de promotion individuelle ou se réduit à elle, alors que cette aspiration individuelle légitime en est seulement une des dimensions, elle ne devient viable et morale qu’en s’harmonisant avec les intérêts collectifs de tous les nationaux. En l’occurrence, succéder à son supérieur hiérarchique est apparu à d’aucuns plus important et valorisant que le contenu à donner à cette succession et à ses suites. Quitte, pour mériter cette promotion aux yeux de ceux qui l’ont promu, à briser si nécessaire les réticences des compagnons d’armes et militants non consultés, considérés comme des subordonnés et des « sujets » n’ayant aucun droit, sinon celui d’obéir aveuglément. La tentation pour le nouveau « mas’oul » est de le faire par tous les moyens, y compris ceux qui ne lui ont pas été prescrits expressément par les dirigeants qui l’ont promu.
Ce n’est pas un hasard si le successeur sur lequel le choix s’est porté durant l’été 49 est le même qui, avant Novembre 54, ne se ralliera au plan insurrectionnel du FLN qu’à la condition qu’on lui reconnaisse la direction de la région qu’il assumait jusque là en tant que messaliste. Pas un hasard non plus si pour mieux asseoir cette promotion individuelle, il lui a été indifférent d’informer toute une région importante du changement d’allégeance organique, qu’il aurait dû et pu par de hautes raisons patriotiques et en oeuvrant à faire de cette mutation organique délicate une transition politique unitaire. Pas un hasard enfin si malheureusement la « transition » s’est soldée par des centaines de « cas Ferhat Ali » dont l’affaire de Melouza a été une illustration et la préfiguration de bien d’autres tragédies qui ont ensanglanté la région et le pays.
L’enterrement de la culture politique
Ainsi, en août 1949, un mal irrémédiable venait de commencer son chemin vers toute l’Algérie, depuis ce coin de l’embuscade contre Ferhat Ali à Larbâa Nath Irathen et les bureaux centraux du MTLD de la rue Marengo. On a trop tendance à oublier aujourd’hui ces responsabilités politiques quand on parle de façon trop absolue de la montée des dérives militaristes. On serait tenté de rappeler que « messieurs les civils, vous avez politiquement tiré les premiers ou encouragé à tirer sur les vôtres! » Sur le champ, la portée immédiate et surtout à long terme d’un tel acte n’a été perçue, et encore partiellement, que par des militants sans préjugés, pourvu qu’ils soient suffisamment informés de ce qui s’était passé. En réalité un tournant venait de se produire.
C’est ce que m’a dit à sa façon deux mois plus tard, à Larbâa (Beni Moussa, Mitidja) où je militais en même temps que dans le secteur étudiant d’Alger, un de mes compagnons de lutte du PPA, mon ami H’midat. Ancien de la branche « Routiers » du groupe local des SMA que je dirigeais, il était « maquisard » depuis mai 1945, circulant armé dans les monts entre Larbâa et Tablat pour échapper aux recherches de la gendarmerie française. Arabophone et attaché aux valeurs de l’arabisme qu’il assumait de façon critique et progressiste, mécontent comme de nombreux militants de base des directives incohérentes et parfois contradictoires que le MTLD donnait en cette période, il était intervenu de façon très vive à une réunion nocturne tenue dans la forêt communale. Des responsables du MTLD (Lahouel Hocine et je crois Said Lamrani) étaient venus, en présence de Si Mustapha Sahraoui, membre du CC et responsable local, donner leur version de la crise qui secouait le parti. Outré par les calomnies qu’il entendait dont celles me visant en mon absence, H’midat surgit de l’ombre où il s’était abrité et répliqua durement (épisode relaté dans un article d’El Watan de juillet 1998) ce qui eut pour effet de troubler et disperser la réunion. Quand je le rencontrai deux semaines plus tard, je lui reprochai de ne pas avoir plutôt laissé s’engager un débat et argumenté malgré son indignation, Il me dit : « mais tu ne les connais pas ? Maintenant « wellat drâa ».(c’est devenu une question du « plus fort »).
Il ne croyait pas si bien dire. Mais sans mesurer la gravité de ce constat bien réel, il venait de basculer dans la logique contre laquelle il s’était indigné. Et comme beaucoup d’autres, envers ses compatriotes qui se trouvaient dans le même camp que lui pour l’indépendance, il faisait désormais davantage confiance au pistolet qu’il dissimulait sous sa kachabia.
Conséquences au long cours et conditions pour l’espoir
En fait, la balle de colt qui avait atteint Ferhat Ali venait de toucher l’Algérie en ce qu’elle avait de plus précieux, l’espoir démocratique, avant même que ne s’ouvre l’étape la plus décisive de la lutte qui débutera en Novembre 54. Le coup avait atteint en même temps l’accompagnement obligé de toute démarche démocratique qui ne veut pas basculer dans l’hégémonisme et la mentalité de parti unique, l’esprit et la pratique de l’unité d’action, seule capable de féconder la diversité politique et culturelle au bénéfice des objectifs nationaux et sociaux communs.
Le handicap sera lourd et chèrement payé pour les luttes et les réalisations futures. Cette journée fatale d’août 1949 avait glacé notre image idéalisée de l’élan national. Elle fut un sinistre présage, le premier signal d’une longue série d’enchaînements. Faute de régulation politique appropriée, le mal ira en s’amplifiant avant comme après l’indépendance, rebondissant chaque fois vers des situations impensables auparavant.
Même après l’aboutissement monstrueux des années 90 et ses 150 000 victimes, même après l’impact du sinistre printemps noir qui pèse lourdement sur la Kabylie, nous gagnerons à considérer les ressorts qui ont rendu possibles ces aberrations comme des enseignements, en refrénant les passions et l’esprit de vengeance. Ces sentiments, même s’ils sont compréhensibles, aveuglent le discernement et nous poussent vers des gouffres plus profonds.
Laissons donc à leurs seuls actes méritoires de guerriers anticoloniaux les acteurs qui ont failli gravement par des manques de discernement politique. Leurs défaillances individuelles sont celles de toute une époque et la logique de l’Histoire a voulu que la plupart d’entre eux aient connu les retournements de situation inévitables des calculs de court terme. Je n’en fais pas ici la liste, elle est impressionnante. Comme dirait Lounes Aït Manguellat, ils avaient fabriqué eux-mêmes le bâton qui les a frappés.
C’est volontairement que je n’ai pas voulu mettre de nom sur chaque personnage alors que chacun peut les reconnaître. J’ai voulu fortement indiquer par là que l’important ce n’est pas tel ou tel, car si ce n’avait été lui, cela aurait été un autre placé dans le contexte qui fabrique ou favorise ce type de comportement.
Je voulais ainsi souligner que la maîtrise salutaire et collective ne consiste pas à s’enliser dans les procès rétrospectifs contre des acteurs disparus, en les réinstallant artificiellement sur une scène politique qui n’est plus la même.
Il n’est nullement question d’oublier comme si rien ne s’était passé. Mais, ce faisant, il est mille fois plus important de tirer de ces faits douloureux des enseignements utiles et d’examiner à leur lumière les faits similaires qui nous menacent aujourd’hui. Faisons-le avec l’esprit et le sang-froid attendus d’un médecin ou d’un proche qui tiennent à la survie de leur patient. Voyons-y essentiellement une maladie politique terrible dont personne n’est à l’abri, un monstre caché et toujours à l’affût en chacun de nous et dans la société, un empoisonnement que ne pourra guérir aucun remède de cheval ni exorcisme de charlatan, aucun changement du rapport des forces militaire ou policier. Seul moyen radical de guérison, l’antidote démocratique adapté à la nature même du poison. Il coûte cher et il faut apprendre à le manier. Mais c’est le seul et vrai espoir
Aux sceptiques qui mettent en doute l’opportunité ou l’efficacité de la lutte pour la liberté, la vraie démocratie et la justice sociale, je dirai seulement que malgré les grandes insuffisances passées que nous gagnerons à corriger, les sacrifices et la résistance de tous ceux qui ont mené cette lutte à l’instar de Ferhat Ali n’ont pas été vains.
Le tribunal de l’Histoire a tranché. Si les atteintes à la Constitution et aux lois algériennes devaient être jugées à titre rétrospectif, ceux qui seraient condamnés seraient ceux qui durant des décennies, se sont opposés à la reconnaissance de l’amazighité comme valeur composante de la Nation, tout en portant un tort considérable aussi bien à l’arabité qu’à la démocratie sociale, à l’unité nationale et à la coopération fructueuse entre peuples et civilisations comme autres valeurs précieuses de notre peuple.
Soyons donc fiers, optimistes, vigilants et critiques en pensant aux luttes passées et à venir.
Date de dérnière mise à jour :2006-10-09
publié par Sadek HADJERES dans: Histoire
HISTOIRE DU PEUPLE BERBÈRE, lutte pour la reconnaissance d'une identité
PREHISTOIRE :
6500 - 7000 av J.C. : Civilisation Capsienne, apparition des Protoméditerranéens.
6500 - 2000 av J.C. : Développement des civilisations néolithiques en Afrique du Nord.
3000 : Arrivée des Méditerranéens au "Sahara" (vers 3000 av J.C.), début des relations avec les pays européens.
IVè millénaire av. J.C. : Peuplement de l’Afrique du Nord.
1200 : Installation Phénicienne.
800 - 146 av. J.C. : CARTHAGE
450 av. J.C. : Carthage se constitue un Empire Africain.
396 av. J.C. : Les Lybiens et Numides révoltés s’emparent de Tunis.
379 av. J.C. : Nouvelle révolte des Libyens.
311 - 307 av. J.C. : Expédition d’Agathocle en Afrique, Ailymas, roi des Numides Massyles.
264 - 146 av. J.C. : Rome contre Carthage.
238 - 237 av. J.C. : Guerre des Mercenaires et des Numides, Naravas, prince numide.
Avant 220 - 203 av. J.C : Règne de Syphax, roi des Numides Masaessyles, qui en 203 s’empare du Royaume Massyle.
IVè siècle - 46 av. J.C. : ROYAUME NUMIDE DES MASSYLES
203 - 148 av. J.C. : Règne de Massinissa qui unifie la Numidie et s’empare d’une partie du territoire de Carthage.
200 : Massinsissa, roi des Numides, s’étend au détriment des Carthaginois.
146 av. J.C. : Destruction de Carthage, fondation de la Province romaine d’Afrique (nord-est de la Tunisie actuelle).
148 - 118 av. J.C. : Règne de Micipsa.
118 - 105 av. J.C. : Règne deJugurtha, lutte contre Rome, la parie occidentale de la Numidie passe aux mains de Bocchus, roi des Maures.
Avant 203 - 33 av. J.C. : Dynastie maure des Bocchus (Baga, Bocchus I, Sosus, Bocchus II et Bogud)
109 : Jugurtha bat les Romains.
105 - 46 av. J.C. : Dynastie des Massyles de l’Est (Gauda, Masteabar, Hiempsal II, Massinissa II et Juba Ier).
49 - 235 apr. J.C. : Berbérie Romaine.
46 av. J.C. : Défaite et mort de Juba Ier, création de la Province romaine d’Africa Nova (ex-Royaume de Numidie).
25 av J.C. : Dynastie Maurétanienne (Juba II, Ptolémée).
42 ap. J.C. : Création des Provinces romaines de Maurétanie Tingitaine (actuel Maroc) et de Maurétanie Césarienne (actuelle Algérie centrale et occidentale).
146 av. J.C. - 439 ap. J.C. : DOMINATION DE ROME
100 ap. J.C. - 400 ap. J.C. : Evangélisation d’une partie importante des Berbères en Africa et Numidie.
Vers 225 : Extension maximum de la domination romaine en Afrique.
250 - 300 : Grandes révoltes berbères en Maurétanie.
305 - 313 : Début du Donatisme.
372 - 376 : Révolte de Firmus, fonctionnaire impérial et chef africain.
396 - 430 : Saint-Augustin, évêque d’Hippone (Thagaste, ex-Bône, actuelle Annaba).
439 - 533 : ROYAUME VANDALE
Vers 455 : Un chef berbère, Masties se proclame "empereur" dans l’Aurès.
Vers 470 : Arrivée de Tin Hinan au Hoggar, la lignée noble des Touaregs prétend descendre cette princesse, dont le tombeau a été retrouvé. • 508 - 535 : Masuna, roi des "Maures" et des "Romains" en Maurétanie Césarienne.
533 - 647 : DOMINATION DES BYZANTINS
Multiplication des principautés berbères
Pénétration des nomades chameliers néoberbères, les Zénètes, qui sont la plupart païens et certains judaïsés.
647 : Apparition des ARABES en Ifriqiya (Africa). Bataille de Sufetela (Sbeitla).
670 : Fondation de Kairouan par Oqba, qui commence la conquête, la légende veut qu’il se soit rendu jusque sur les rivages de l’Océan.
683 - 686 : Koceila organise la résistance berbère et devient pour trois ans le maître de l’Ifriqiya.
695 - 702 : La Kahéna, reine des Djerawa, rejette les Arabes en Tripolitaine, pratique la politique de la terre brulée, mais elle est finalement vaincue et, avant d’être tuée, "invite" ses fils à rejoindre le rang des vainqueurs.
711 : Sous la conduite de Tariq (nom musulman de ce berbère), des contingeants berbères musulmans traversent le détroit de Gibraltar (Djebel-el-Tariq) et détruisent le royaume wisigothique d’Espagne.
Vers 670 - vers 750 : Islamisation des Berbères, développement de la doctrine kharedjite.
750 - 780 : Révolte kharedjite, en Ifriqiya.
800 - 909 : EMIRS AGHLABITES EN IFRIQUIYA
776 - 909 : DYNASTIES ROSTEMIDE, ROYAUME KHAREDJITE DE TAHERT EN BERBERIE CENTRALE
757 - 922 : DYNASTIE IDRISSIDE AU MAROC
809 : Fondation de Fès par Idris II.
893 : Abou Abd Allah prêche la doctrine chiite chez les Kettama (Berbères Sanhadja de Petite Kabylie).
902 - 910 : Conquête de la Berbérie centrale et de l’Ifriqiya par les Chiites Kettama.
910 - 973 : DYNASTIE CHIITE DES FATIMIDES
913 - 913 : Première expéditions en Espagne.
922 : Conquête du Maghreb-el-Aqsa (Maroc) par les Miknassa au nom des Fatimides.
940 - 947 : Révolte kharedjite d’Abou Yazid (l’Homme à l’âne).
969 - 973 : Conquête de l’Egypte et départ des Fatimides au Caire.
973 - 1060 : DYNASTIE ZIRIDE EN BERBERIE CENTRALE ET EN IFRIQIYA
973-984 : Règne de Bologguin, fondateur d’Alger.
1015 - 1163 : DYNASTIE HAMMADIDE EN BERBERIE CENTRALE
1061 - 1088 : Règne d’An Nasir, fondation de Bougie (Vgayeth).
1050 : Début des invasions hilaliennes, les tribus Riyah, Atbej, puis Solaim et Mâqil, renvoyées d’Egypte, pénètrent au Maghreb par vagues successives.
1050 : Prédication d’Ibn Yacine chez les Lemtouna du Shara, origine du mouvement almoravide.
1055 - 1146 : EMPIRE ALMORAVIDE (SAHARA OCCIDENTAL, MAROC, ALGERIE OCCIDENTALE, ESPAGNE)
1059 - 1088 : Règne de Youssof ben Tachfin, fondation de Marrakech.
1115 - 1120 : Ibn Toumert prêche la doctrine almohade.
1125 - 1269 : EMPIRE ALMOHADE (MAROC, ALGERIE, TUNISIE, ESPAGNE)
1145 - 1160 : Conquête de l’Afrique du Nord par Abd-el-Moumen, disparition des dernières communautés chrétiennes chez les Berbères.
1206 : Nomination de Abou Hafiç à la tête de l’Ifriqiya.
1236 - 1494 : ROYAUME HAFSIDE, IFRIQIYA, CAPITALE TUNIS
1228 - 1249 : Règne d’Abou Zakariya Yahia Ier.
1249 - 1277 : Règne d’Al Moutanacir, échec et mort de Saint Louis à Carthage (1270).
1318 - 1346 : Règne d’Abou Yahia Aboui Bekr.
1347 : Conquête peu durable de l’Ifriqiya par le Mérinide Abou l’Hassan.
1383 - 1434 : Règne d’Abou Faris dont la domination s’étend d’Alger à Tripoli.
1480 - 1493 : Décadence Hafside.
1236 - 1554 : ROYAUME ZYANIDE, BERBERIE CENTRALE, CAPITALE TLEMCEN
1236 - 1287 : Yaghmorasen fonde le royaume Zyanide (ou Abdelwadide) avec l’aide des Arabes Hilaliens.
1299 - 1307 : Siège de Tlemcen par les Mérinides qui fondent Mansouria.
1337 : Prise de Tlemcen par le Mérinide Abou l’Hassan.
1350 - 1550 : Affaiblissement des Zyanides en lutte contre les Mérinides, les Hafsides, les Espagnols et les Turcs.
1554 : Prise de Tlemcen par les Turcs.
1258 - 1465 : ROYAUME MERINIDE, MAROC, CAPITALE FES
1258 - 1269 : Les Beni Merin éliminent les dernièrs Almohades.
1276 : Fondation de Fès Djedid.
1331 - 1351 : Apogée de la puissance mérinide sous Abou l’Hassan qui s’empare de Tlemcen et de Tunis.
1348 - 1358 : Règne d’Abou Inan.
1515 - 1830 : LES TURCS EN ALGERIE ET EN TUNISIE
1514 - 1516 : Le corsaire Aroudj s’empare de Djidjelli puis d’Alger.
1516 - 1533 : Son frère Khair ed-Din fonde la régence d’Alger dépendante de l’empire turc.
1534 : Khair ed-Din s’empare de Tunis.
1536 - 1568 : Lutte des Beylerbeys (gouverneurs turcs) contre les Espagnols.
1541 : Echec de Charles Quint contre Alger.
XVI et XVIIè siècles : Longue rivalité des "sultans" des Beni Abbas et des "rois" de Kouko en Kabylie alliés tantôt des Espagnols tantôt des Turcs.
1574 : Eudj Ali s’empare de Tunis tenu par les Espagnols.
1550 - 1650 : Siècle d’or de la course barbaresque.
1671 : Le gouvernement d’Alger est assuré désormais par des "deys" choisis sur place.
1590 - 1705 : A Tunis, les deys gouvernent au nom du sultan de Constantinople.
1705 - 1710 : A Tunis, les beys prennent le pouvoir et fondent la dynastie hussaïnite.
XVIIIè siècle : Déclin de la course et affaiblissement des Régences. Début du XIXè siècle : Difficultés accrues entre Alger et la France.
1830 : Prise d’Alger par les Français.
1465 - 1912 : LES DYNASTIES CHERIFIENNES DU MAROC
1465 - 1554 : Les sultans wattasides luttent contre les Portugais et les chérifs saadiens.
1540 - 1549 : Conquête du royaume par les Saadiens. Menaces turques.
1578 : Bataille des Trois-Rois, désastre portugais.
1578 - 1607 : Règne de Ahmed el-Mansour, conquête du Soudan, apogée des Saadiens.
1630 : Décadence saadienne, la zaouiya de Dial contrôle le centre du Maroc, affirmation de la puissance des chérifs alaouites au Talifalet.
1659 - 1672 : Règne de Moulay er-Rachid.
1672 - 1727 : Long règne de Moulay Ismaïl.
1727 - 1757 : Trente années d’anarchie.
1757 - 1790 : Règne de Si Mohammed ben Abd Allah.
1792 - 1822 : Règne de Moulay Sliman.
1822 - 1859 : Règne de Moulay Abd er-Rahman, difficultés avec la France.
1873 - 1894 : Règne énergique de Moulay el-Hassan.
1894 - 1908 : Règne de Moulay Abd el-Azziz, début de l’intervention française.
1908 : Début du règne de Moulay Hafid.
1911 : Le coup d’Agadir.
1912 : Traité de Fès organisant le protectorat français sur le Maroc.
L’EPOQUE FRANCAISE
1830 - 1857 : Conquête du nord de l’Algérie.
1852 - 1870 : Le second Empire. La politique du "Royaume Arabe" entre 1860 et 1870.
1871 : Grave insurrection en Kabylie, guidée par Mokrani et Haddad, déporté avec les siens au même moment que les communards en Nouvelle Calédonie.
1881 : Traité du Bardo instituant le protectorat français sur la Tunisie.
1882 - 1914 : Développement de la colonisation en Algérie et en Tunisie.
1900 - 1920 : Conquête du Sahara.
1912 - 1934 : Actions militaires au Maroc pour asseoir le protectorat et l’autorité du Maroc.
1914 - 1918 : Première Guerre Mondiale, part prise par l’Armée d’Afrique.
1927 - 1952 : Premier règne de Mohammed V au Maroc.
1930 - 1939 : Naissance des mouvements nationalistes.
1939 - 1945 : Deuxième Guerre Mondiale, débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie en 1942, Alger capitale de la France en guerre en 1943 - 1944, l’armée d’Afrique combat en Tunisie et en Italie, libère la Corse etg le sud de la France.
1945 : Mouvement insurrectionnel en, Algérie orientale, le 8 mai.
LES INDEPENDANCES
1955 : Indépendance du Maroc reconnue par le traité de la Celle-Saint-Cloud, retour de Mohammed V qui régne jusqu’en 1961.
1956 : Indépendance de la Tunisie qui devient une république en 1956.
1954. 1962 : Guerre d’Indépendance en Algérie.
1962 : Indépendance de l’Algérie qui devient une république démocratique et populaire.
LA LUTTE POUR L’IDENTITE BERBERE
1871 : La révolte de la Grande Kabylie de Mokrani et de Haddad, des milliers de morts, confiscation de près de 1 million d’hectares, amende de 36 millions de franc-or, le souvenir en est véhiculée par le barde itinérent Si Mohand U’mhend.
1945 : La révolte sanglante en Petite Kabylie, la repression a fait au moins 10 000 morts.
1954 : Rebellion militaire et politique, les Kabyles paieront un lourd tribu à la guerre d’indépendance.
1962 : Evincés du pouvoir par Ben Bella et l’armée des frontières, les Kabyles sont en rebellion quasi permanente... troubles ou guerre civile de 1962 - 1965.
1975 - 1976 : repressions, arrêstations et tortures des Berbéristes par le régime de Boumedienne.
1980 : Printemps Berbère à Tizi-Ouzou (le 20 avril) durant lequel plusieurs centaines d’étudiants furent assassinés par les forces de l’ordre algériennes (CNS), les premiers manifestaient pour la reconnaissance officielle de la langue TAMAZIGHT, contre l’arabisation forcenée et l’intégrisme religieux.
1981 : Envoi par Chadli Bendjedid de troupes en Kabylie, officiellement, pour ce motif : "tentative de déstabilisation de l’état et de sa sécurité intérieure"
1991 : En 1991, la Kabylie et l’Algérois votent massivement pour "leurs" partis : le FFS et le RCD.
1998 : Le 25 juin, assassinat du chantre Kabyle, Matoub Lounes, chanteur et poète, porte parole de la cause berbère par un groupe d’hommes armés, communèment admis pou être des Islamistes du GIA, une autre thèse prétend que ces derniers sont des militaires envoyés et déguisés par le pouvoir en place à Alger.
1998 : En juillet (le 5), une loi portant sur la généralisation de l’utilisation de la langue arabe, entre en vigueur, ceci ayant secoué les régions berbérophones car remettant à des lendemains incertains leurs propre langue maternelle TAMAZIGHT.
publié par ZIGHCULT dans: Histoire