Boulifa : Vie et œuvre
L’inconnu érudit
A. T. pour Liberté
L’inconnu érudit
A. T. pour Liberté
Il est l’un des premiers algériens à élaborer des méthodes d’enseignement de la langue berbère. C’était en 1897. Deux siècles après, ce qui est sauvegardé de ses œuvres est toujours d’actualité pour les linguistes et les pédagogues.
Le mérite de Amar Saïd Boulifa revient aussi au fait d’avoir sauvé d’une déperdition certaine des textes littéraires d’une grande valeur et des poèmes du barde Si Mohand u M’hand qu’il a eu la chance de rencontrer.
Aujourd’hui, on connaît peu de choses sur cet homme. Il n’existe pas dans les programmes scolaires de son pays. C’est pour lever un pan de voile sur sa personnalité et son leg que l’association Issegh lui consacre un colloque ayant pour thème “Boulifa, le précurseur de la quête identitaire”, le coup d’envoi a été donné hier, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.
Artistes, étudiants, élus, simples anonymes. Il y avait beaucoup de monde dans la salle. Étaient présents également des membres des familles d’Issiakhem, de Zemirli et la mère du chanteur Matoub Lounès. La première communication au programme a été présenté par M. Nabti, enseignant à l’université Mouloud-Mammeri.
Il a consacré son intervention à la méthode d’enseignement mise au point par Boulifa. “Il avait sa propre méthode d’enseignement. Boulifa créait lui-même ses propres supports didactiques. C’est une méthode révolutionnaire”, soutient le conférencier.
Il ajoutera : “Pour Boulifa, apprendre une langue c’est aller à contre-courant de ce qui se faisait par les institutions officielles. Il n’a jamais fait de linguistique mais il avait sa propre conception d’enseignement.” Dans l’après-midi, Abdennour Abdesselam, écrivain et chercheur, est revenu sur “Le discours autour de Boulifa”.
Deux autres communications étaient prévues jeudi dernier et devaient être animées par MM. Kacimi et Chemakh. Le premier est historien et chercheur à l’université d’Alger. Il témoignera de la valeur historique de l’œuvre de Boulifa. Saïd Chemakh, chercheur et enseignant à l’université de Tizi Ouzou devait décortiquer les écrits de ce penseur. Les activités prévues à l’occasion de cet hommage comportent également une représentation théâtrale et une exposition de photos et de livres.
Dans l’allocution d’ouverture, le directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, El Hadi Ould Ali a mis en relief l’importance que revêt ce genre de rencontres pour faire connaître tous ceux qui ont contribué à la valorisation de la langue amazighe et de la culture algérienne en général. Lui succédant, le président de l’association Issegh a retracé succinctement le “CV” de Amar Saïd Boulifa.
“L’objectif de ce colloque est de cerner les multiples aspects de son œuvre”. Invité à prendre la parole, un membre de la famille Boulifa a indiqué que ce dernier était derrière la formation de plusieurs instituteurs. Si Amar Ben Saïd Boulifa serait né en 1861 dans la région de Adeni (Larbaâ Nath Irathen). Instituteur, il enseignera jusqu’en 1929 : année où il prend sa retraite. Il décède le 8 juin 1931.
publié par A. T. pour Liberté dans: Histoire
Mouloud Feraoun : La face méconnue de l’écrivain
La Dépêche de Kabylie 1 décembre 2005
Les entretiens de Feraoun
Mouloud Feraoun a eu beaucoup d’entretiens avec des journalistes ou des écrivains illustres, à l’image d’Albert Camus.
Il a même un enregistrement à la télévison (ORTF) datant de la fin des années 1950.
Pour un homme de lettres, cela fait partie des activités ordinaires liées au métier tendant à susciter débats et controverses et allant, aussi, dans le sens de la promotion de sa propre production.
Pour Mouloud Feraoun, l’entretien journalistique n’obéit par à une simple formation dictée par “le marketing”, pourtant nécessaire, ni à un ludique échange de questions/ réponses.
C’est plutôt la continuité, le prolongement de l’homme lucide, humble et humaniste qui s’était investi dans l’écriture, l’éducation des jeunes générations et la promotion des centres sociaux.
Quatre jours avant le cessez-le-feu, il paya de sa vie sa générosité et son honnêteté intellectuelle.
Mouloud Feraoun a été un témoin privilégié d’un des conflits les plus sanglants du 20e siècle après les deux Guerres mondiales.
Témoin ? Pas seulement.
Dans la tourmente indescriptible où il n’y a pas que des héros et des traîtres, l’écrivain devient acteur même si, par des efforts surhumains, il essaie de cesser les ressorts de cette dichotomie et de ce manichéisme, réducteurs.
Pour cela, il suffit de feuilleter le “Journal” que Feraoun avait tenu entre 1955 et 1962, pour se rendre compte des déchirements et de la lucidité précoce du fils de Tizi Hibel.
L’environnement journalistique, à la périphérie de la littérature, qui régnait pendant la fin des années 40 et tout le long des années 50 était caractérisé par le réveil de la conscience européenne faisant suite à la déchéance des valeurs humaines et morales ayant marqué la seconde Guerre mondiale.
Les écrits et témoignages relatifs à cette période ont, en quelques sorte, balisé le champ intellectuel de ce que sera l’Europe pendant les décennies suivantes : (Coexistence pacifique, Humanisme, lutte contre le révisionnisme en histoire,…).
Les grands auteurs ayant marqué ce bouillonnement médiatico-littéraire étaient, entre autres, Jean Paul Sartre, Albert Camus, André Malraux, Simone de Beauvoir, Raymond Aron, André Gide et François Mauriac (ce dernier était le premier à utiliser, dans le journal “Le Figaro” le terme Holocauste, avec grand H pour désigner le massacre des juifs par les Nazis.
En hébreu, c’est la Shoah).
Mouloud Feraoun, écrivain “indigène”, instituteur du bled ayant décroché une place au soleil, ne fait pas partie évidement de cette “aréopage” même s’il est pétri des même valeurs humanistes, laïque et républicaine que ces illustres hommes et femmes de lettres.
Comme il l’exprime dans ses œuvres et dans ses entretiens, Feraoun traite de l’homme kabyle, de la Kabylie et de la Kabylité en les inscrivant dans la grande épopée de l’humanité avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses grisailles, ses imperfections et son élévation.
Cette spécificité/universalité n’est pas familière des esprits engoncés dans la vie mondaine et les airs de villégiature.
M. Mammeri s’adresse à Feraoun en ces termes : “Mais, vieux frère, tu en a connu d’autres ; tu sais que pour aller à Ighil Nezman, de quelque côté qu’on les prenne, les chemins montent.
Et puis après ? Tu sais aussi que les hauteurs se méritent.
En haut des collines d’Adrar n’Nnif, on est plus près ciel”.
Tahar Djaout dira de lui : “Malgré cette carrière brisée (par la mort), M.
Feraoun restera pour les écrivains du Maghreb un aîné attachant et respecté, un de ceux qui ont ouvert à la littérature nord-africaine l’aire internationale où elle ne tardera pas à inscrire ses lettres de noblesse.
Durant la guerre implacable qui ensanglanta la terre d’Algérie, M.
Feraoun a porté aux yeux du monde, à l’instar de Mammeri, Dib, Kateb et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple.
Parce que son témoignage a refusé d’être manichéiste, d’aucuns y ont vu un témoignage hésitant ou timoré.
C’est, en réalité, un témoignage profondément humain et humaniste par son poids de sensibilité, de scepticisme et d’honnêteté.
C’est pourquoi, cette œuvre généreuse et ironique inaugurée par “Le Fils du pauvre” demeurera comme une sorte de balise sur la route tortueuse où la littérature maghrébine a arraché peu à peu le droit à la reconnaissance.
C’est une œuvre de pionnier qu’on peut désormais relire et questionner”.
La vision de Feraoun
Nous avons pu retrouver deux entretiens, séparés par 12 années d’intervalle, que Feraoun avait accordés au journal L’Effort algérien du 27 février 1953 et à un numéro des Nouvelles littéraire datant de 1961.
Dans Les Nouvelles littéraires, Feraoun répond à la question : “Quel est le problème de notre époque qui vous préoccupe le plus ?” Le plus important, dit-il, paraît être celui de la liberté et de la dignité de l’homme qui suppose, pour être réglé, que soit réglé avant lui et en toute urgence le problème de la faim et de l’ignorance.
Mais, singulièrement, la paix du monde est toujours troublée ou dangereusement menacée par ceux-là mêmes qui proclament chaque jour leur désir et leur intention de résoudre cet important problème de la liberté et de la dignité de l’homme”.
A la question “La mort vous obsède-t-elle ?”, Feraoun répond avec une déconcertante lucidité: “J’y pense quotidiennement ; elle ne m’obsède pas.
L’obssession de la mort a inspiré de belles pages à Pascal sur le “divertissement”, mais un homme raisonnable n’a aucune inquiétude”.
“J’ai 48 ans.
J’ai vécu 20 ans de paix.
Quelle paix ! 1920-1940.
Et 28 ans de guerres mondiales, mécaniques, chimiques, raciste, génocides.
Non, vraiment, on ne peut pas être optimiste sur l’avenir de l’humanité.
On en arrive à penser constamment à la mort, à l’accepter dans sa nécessité objective.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’obsession.
”
Quel est le personnage historique que déteste le plus Feraoun ? Dans sa réponse, il ne désigne personne en particulier, mais il s’en prend à des catégories, à des vocations : “Les prophètes et leur fanatisme, les dictateurs et leur sectarisme, les politiciens et leurs mensonges”.
Traduire l’âme kabyle
Concernant la littérature proprement dite, Feraoun, donne son avis sur le roman : “Pour moi, le roman est l’instrument le plus complet mis à notre disposition pour communiquer avec le prochain.
Son registre est sans limite et permet à l’homme de s’adresser aux autres hommes : de leur dire qu’il leur ressemble, qu’il les comprend et qu’il les aimes.
Rien n’est plus grand, plus digne d’envie et d’estime que le romancier qui assume honnêtement, courageusement, douloureusement son rôle et parvient à entretenir entre le public et lui cette large communication que les autres genres littéraires ne peuvent établir (…) le romancier, comme le poète et le peintre est digne d’envie.
J’aime conter.
J’ai peut-être du talent.
Je voudrais bien me croire doué.
Je n’en sais rien.
Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup de choses à dire et tout le reste de ma vie pour cela.
La somme d’efforts que mes ouvrages exigeront de moi sera toujours compensée par la joie que j’éprouverai à les écrire.
J’écris donc d’abord pour moi.
Mais, mon secret espoir est que cela touchera un jour quelqu’un ou beaucoup d’autres.
Dans L’Effort algérien, Feraoun parle de sa première expérience littéraire, de lui-même et de ses moments d’écriture :
“J’ai écrit “Le Fils du Pauvre” pendant les années sombres de la guerre, à la lumière d’une lampe à pétrole.
J’y ai mis le meilleur de mon être.
Je suis très attaché à ce livre.
D’abord je ne mangeai pas tous les jours à ma fin, alors qu’il sortait de ma plume, ensuite parce qu’il m’a permis de prendre conscience de mes moyens.
Le succès qu’il emporté m’a encouragé à écrire d’autres livres (…) Il faut ajouter ceci : l’idée m’est venue que je pourrai essayer de traduire l’âme kabyle.
J’ai toujours habité la Kabylie.
Il est bon que l’on sache que les Kaybles sont des hommes comme les autres.
Et je crois, voyez-vous, que je suis bien placé pour le dire.
Le domaine qui touche l’âme kabyle est très vaste.
La difficulté est de l’exprimer le plus fidèlement possible”.
Quand et comment Feraoun écrit-il, sachant qu’il est d’abord un fonctionnaire de l’enseignement ? “Je consacre ma journée à ma tâche professionnelle.
J’écris mes livres la nuit et les jours de congé.
Je noircis presque tous les jours de trois à quatre pages, sauf quand l’inspiration me fuit.
Dans ce cas, je n’insiste pas.
Je commence par établir une grossière ébauche du livre.
Et c’est en écrivant que j’ordonne mon récit.
En gros, je sais où je vais.
Mais , au fur et à mesure qu’avance le travail, surviennent des scènes et des situations que je n’avais pas prévues”.
Feraoun parle des livres qu’il aime lire : “J’ai beaucoup lu, et de tout.
Je goûte les livres vraiment humains, ceux où l’écrivain a essayé d’interpréter l’homme dans toute sa plénitude, car, l’homme n’est ni franchement bon, ni franchement mauvais.
L’écrivain, voyez-vous, n’a pas le droit de parler des hommes à la légère”.
D’une probité exemplaire et d’une honnêteté intellectuelle rarement égalée, Mouloud Feraoun a été l’un des premiers qui ont placé la Kabylie dans l’universalité et qui ont porté un regard humain et lucide sur sa société et les forces prométhéennes qui la travaillent.
Enfin, en matière d’esthétique de l’écriture, il aura été une école que beaucoup d’autres écrivains du Maghreb ont essayé de faire leur.
Après l’avoir adopté dans toute sa dimension au début de l’Indépendance, l’école algérienne du 3e millénaire a tourné le dos au “Fils du pauvre”, comme elle a tourné le dos aux valeurs humaines, républicaines et modernes, qu’il incarnait.
Seuls quelques enseignants, dans leur “solitude pédagogique”, continuent amoureusement à dispenser les belles et bénéfiques pages de Fouroulou.
Amar Naït Messaoud
La Dépêche de Kabylie 1 décembre 2005
Visite de Wadi Bouzar au village de Feraoun
Au milieu des années 1970, Wadi Bouzar, essayiste, docteur d'Etat ès Lettres et Sciences humaines, a procédé à une enquête pour connaître davantage Feraoun, l'homme, le villageois.
Quoi de plus instructif et de plus exaltant pour réaliser une telle ambition que de se rendre dans le village de Tizi Hibel qui a vu naître Fouroulou et qui le reçut sous sa digne terre après son assassinat par l'OAS ? Il a consigné les impressions de voyages dans son volumineux ouvrage ''La Mouvance et la pause'' publié à la SNED en 1983.
Extraits :
"C'est d'abord sa tombe que nous avons trouvée à l'entrée du village.
La mort d'un homme nous diminue tous ; plus, celle d'un écrivain (…), plus encore celle d'un chahid, d'un martyr.
Maintenant, nous sommes à l'école primaire du village.
Il est tôt.
Trop tôt.
Nous attendons un enseignant.
On nous a installé dans une classe.
Le père de l'enseignant qui nous a accueilli nous a déjà fait servir un café fumant.
Sur le même mur où est fixé le tableau noir, est écrite une phrase du Petit prince.
Puis, un article intitulé l'Héritage de Feraoun.
Un vieux poêle, comme dans ces écoles d'autrefois, sérieuses et aux maîtres souvent intègres dont l'enseignement véhiculait une idéologie discutable.
Quelques papiers.
Ce sont les vacances de fin de trimestre.
Vieux pupitres noirs burinés comme des visages humains éprouvés par de saines intempéries.
Les fameux encriers- en porcelaine ou non- blancs.
Les lieux, la permanence des lieux : nous pensons que M.
Feraoun est venu ici, y a exercé, peut-être s'est-il même assis là un jour ou l'autre, à ce pupitre de la première rangée, bavardant avec un collègue ou corrigeant un texte d'élève, puis, plus rien, l'homme disparaît.
Des pierres, des murs, des meubles, des objets, une tombe subsistent.
Et la mémoire et l'intérêt des autres.
Rare intérêt, car si désintéressé, de ceux qui font revivre les morts.
La mémoire des vivants n'est-elle jamais faite que de celle des morts ? Ou au moins trouve-t-elle là dans es souvenirs, ses motivations les plus profondes, les instances fondamentales autour desquelles peut s'organiser une vie, la vie, et qui font qu'un homme écrit en pensant à ses proches parce qu'il sait qu'ils sont morts ou qu'ils mourront et qu'il mourra.
L'écriture, celle du préposé à l'état civil, celle du greffier de tribunal, celle de l'écrivain ou du sociologue…est toujours un défi à la mort, un pari pour, au moins, perpétuer davantage le souvenir des vivants.
Elle est résistance à la mort.
Elle n'accepte pas la mort.
Et qui l'accepte sinon par résignation suprême ou par défi de son défi ?
Nous sortons de la classe.
La cour est vaste.
Décidément, il est bien tôt en ce matin d'avril.
Les enfants entourent la voiture.
Nous demandons aux enfants : ''Comment s'appelle votre école ?''.
ils disent : ''L'école de Tizi Hibel''.
Nous reprenons : ''Elle ne s'appelle pas Mouloud Feraoun ?'' Ils disent :''Oui, Mouloud Feraoun''.
Le village est plus important pour eux que l'homme.
Un jour, l'homme et le village seront davantage associés dans leur esprit.
Ils sauront qu'écrire c'est important (…)
Comme le montre notre plan et comme, bien avant, le laissaient entendre les descriptions de Feraoun, le village de Tizi Hibel s'étire en longueur.
Ou encore, il a la forme d'un navire dont la proue serait constituée par le plateau de l'escargot (Agouni Arous).
La vue que l'on a depuis l'entrée, en venant de Tagamount Azouz, rend compte de son étalement et de son étagement.
On monte, on descend, on remonte, on se ''stabilise''.
La rue du village est aussi la route goudronnée qui le relie à ses ''ailleurs''.
Si elle est passage pour les gens et les bêtes, elle l'est également pour les véhicules.
Elle reste ''immergée dans la nature'', quoique moins que du temps de Feraoun.
Il n'y a pas d'emplacement assez large sur cette route pour qu(à Tizi Hibel un car puisse tourner.
On va prendre le car au village voisin de Tagamount Azouz.
De là,Il existe deux à cinq départs quotidiens pour le chef-lieu de wilaya, Tizi Ouzou.
''Avant'', Tizi Hibel faisait partie du douar de Beni Mahmoud qui, avec le douar de Beni Aïssi et celui de Beni Douala, constituaient la commune de Beni Douala.
En ce temps là, disent les Anciens, on se connaissait de village en village, de douar en douar…''.
Maintenant, le village de Tizi Hibel fait partie, ainsi que trente-deux autres villages, de la commune de Beni Douala.
Tizi Hibel est formé de trois hameaux : Tizi Hibel au centre, Agouni Arous à l'ouest, et Tagragra, encore appelé le villages des marabouts, plus à l'ouest.
Tagragra étant très éloigné et situé à un niveau bien plus bas, c'est Tizi Hibel qui le plus élevé à 741 m d'altitude (…)
En face de l'école de Tizi Hibel, mais à une certaine distance, se trouve ''Anar El Djamaâ'' (l'aire de la mosquée).
Là, un vieil homme battait son grain et fut enterré.
Tout à côté de la tombe, il y a un olivier et un chêne brisés de vieillesse.
Ces arbres sont réputés ''intouchables''.
Les gens ne brûlent pas ce bois.
Mais des femmes passent, embrassent l'olivier avec la main.
L'olivier sauvage est vénéré.
Il semble qu' ''avant'', quand il y avait une sécheresse, des femmes ''de tout âge'' apportaient et préparaient là des aliments pour solliciter la pluie.
Un assez jeune villageois dit, parlant au présent : ''ça réussit à tous les coups.
''
Dans le hameau d'Agouni Arous, existe également un micocoulier vénéré.
"Mais, bien plus loin d'Agouni Arous et des deux autres hameaux qui composent Tizi Hibel, on rencontre le même fait à l'entrée du village des Beni Yenni ".
L'enquête de Wadi Bouzar est étalée sur plus d'une centaine de pages où il a eu l'occasion de s'arrêter sur tous les aspects de la vie sociale, culturelle et cultuelle de Tizi Hibel et des villages environnants au milieu des années 1970.
Il y expose le tableau de la vie des habitants au moment de son déplacement sur les lieux et tel qu'il se présentait autrefois en se basant sur les déclarations et témoignages.
C'est, en quelque sorte, une plongée dans le bain où Feraoun a été élevé.
Le livre de Wadi Bouzar, une précieuse étude sociologique et culturelle préfacée par le sociologue Jean Duvignaud et comportant deux volumes (819 pages), est aussi composé d'autres chapitres relatif à Jean Amrouche, la vie en milieu nomade des hauts plateaux,…etc.
Amar Naït Messaoud
Mmis n igellil (Le fils du pauvre)
(Roman) - Éditions L'Odyssée, Tizi Ouzou, 2006
La Dépêche de Kabylie 6 avril 2006
Il s’appelle Moussa Aït Taleb.
Il a eu l’ingénieuse idée de traduire le roman algérien le plus vendu et le plus lu, “Le fils du pauvre” de Mouloud Feraoun.
Après une première édition de piètre qualité, par le Haut commissariat à l’amazighité (HCA), le roman vient d’être réédité par les éditions “L’Odyssée” se trouvant à Tizi Ouzou.
L’auteur de la traduction doit beaucoup au HCA, c’est grâce à cette institution qu’il est sorti de l’anonymat.
Ce qui lui a permis de gagner la confiance de l’éditeur.
La couverture du livre en kabyle est magnifiquement conçue et la quatrième couverture, un article de Amar Naït Messaoud dans la Dépêche de Kabylie, présente le livre de Feraoun publié pour la toute première fois à compte d’auteur, avant d’escalader les échelons jusqu’à atteindre le seuil.
Naït Messaoud écrit au sujet du Fils du pauvre : “Dans cette entreprise de réhabilitation de la langue berbère en général et du kabyle en particulier, qui, mieux que l’œuvre de Mouloud Feraoun, se prête à l’exercice de traduction ? Certains parlent même de travail de restitution tant le texte de Fouroulou respire pourtant la Kabylie, mais aussi, la langue kabyle.
Les lecteurs kabyles du “Fils du pauvre”, en “Des Chemins qui Montent”, se retrouvent aisément non seulement en raison des scènes et tableaux familiers auxquels, ils ont affaire, mais également en raison d’une langue française aux travers de laquelle défile en filigrane la lange kabyle : formules consacrées, locutions idiomatiques tirées du terroir et d’autres repères linguistiques jettent des ponts entre deux cultures, à la manière de l’écrivain - lui-même, situé dans un évident déchirement à la jonction de deux mondes, deux civilisations dont il a voulu être le lien solidaire.
A. M.
El Watan 20 avril 2006
Mouloud Feraoun - Albert Camus, les mots pour le dire
Une amitié franche et sans concession
L’amitié entre Mouloud Feraoun et Albert Camus aura duré peu.
Si elle n’avait pas débouché sur une rupture brutale et critique au moment où Camus recevait le Nobel de littérature, elle s’était déroulée dans la sérénité.
Feraoun, pour sa part, publiait Les chemins qui montent, son troisième roman, où la critique du colonialisme est sans appel.
Entamée en 1951 par une timide et contrite lettre, la correspondance entre les deux écrivains - dont on n’aura et à ce jour - que la version unilatérale de Feraoun puisque les lettres de Camus à ce dernier sont restées secrètes - un plaisantin affirme qu’elles auraient été affichées dans des maisons de la culture en Kabylie - (ce qui aurait conféré à cet acte un sens intolérable et inadmissible, car Feraoun est un auteur national et non régional encore moins régionaliste)- la correspondance s’interrompt (!?) pour la seconde fois après la dernière lettre de 1957, c’est-à-dire après les félicitations de Feraoun à Camus et avant la disparition de Camus dans le tragique accident de circulation en janvier 1960 près de Sens.
Depuis plus rien, ou du moins, rien ne nous est parvenu à ce jour encore.
Dans la toute première lettre de 1951, Feraoun s’adresse à Camus.
Mais la déférence n’occulte pas pour autant des vérités crues : « J’ai pensé simplement que, s’il n’y avait pas ce fossé entre nous, vous nous auriez mieux connus, vous vous seriez senti capable de parler de nous avec la même générosité dont bénéficient tous les autres.
Je regrette toujours, de tout mon cœur, que vous ne nous connaissiez pas suffisamment et que nous n’ayons personne pour nous comprendre ».
(M. Feraoun, Lettre à A. Camus, Taourirt-Moussa, le 27 mai 1951)
Etonnante lettre.
Feraoun entre en amitié avec Camus sans la moindre complaisance.
Mieux encore, cette incompréhension que Feraoun souligne en 1951 et qui plus est s’adresse au célèbre journaliste auteur de l’enquête sur Misère de la Kabylie n’est-elle pas la meilleure preuve de désaveu de cette enquête ou du moins de ses conclusions fort discutables ? Six années plus tard, six années de silence partagé et c’est Feraoun qui brise la camisole que s’était imposée A.
Camus en proie à un profond sentiment de stérilité, dont il confie la douleur et la profondeur à son ami René Char.
A l’occasion du prix Nobel, Feraoun écrit à Camus sa deuxième lettre que A. Kassoul commente comme suit : « Six ans plus tard, Mouloud Feraoun écrit à Camus le 30 novembre 1957 : ‘’Cher ami, N’attachez aucune importance, aucune signification au silence des écrivains musulmans’’ (Lettre à Camus, 1957, p.
206) Ce jour-là, l’amitié est présente, même si elle reste formelle.
Feraoun se soucie de l’état d’esprit de l’exilé parisien.
Trois années après le déclenchement de la révolution armée, Camus paraît inquiet du silence des « écrivains musulmans », lui qui avait imposé une inexistence muette aux indigènes musulmans dans l’univers de la création.
Ni le reproche ni l’humour ne sont présents à ce nouveau rendez-vous épistolaire.
Tout se passe comme si - à la faveur de quel événement précis ? -, Mouloud Feraoun venait en aide à un ami en proie au désarroi.
« Lorsque Roblès, notre ami commun, me parle de vous, il me rapporte jusqu’à vos secrètes pensées que vous ne lui celez jamais et j’en suis arrivé à être au courant de vos opinions, de votre angoisse, de votre souffrance.
Croyez-vous que vos confrères vous connaissent de la sorte, même s’ils vous comprennent et vous apprécient mieux que je ne puis le faire ? » (Lettre à A.
Camus, 1957)
Les accents de sincérité ne trompent pas et nous rendent encore aujourd’hui, dans toute leur force, la présence d’un homme rayonnant de chaleur humaine et qui, tel un bon maître, poursuit sa leçon.
A un Camus souffrant, il raconte l’histoire vraie d’une fille de « terroriste » sauvée par des soldats et des médecins français, tandis que dans la logique de la guerre le père mourait sous la torture.
« Des histoires de ce genre, ou d’un autre genre, il y en a des centaines comme vous savez.
Elles ont toutes le même caractère, le même visage : l’image de votre pays.
Un matin, j’ai vu sur ce visage crispé se dessiner un imperceptible sourire qui n’était pas de douleur, c’était l’annonce du prix Nobel.
Alors je me suis précipité à la poste pour envoyer mon télégramme sans en avoir soufflé mot à personne.
Avec l’espoir qu’il vous apportera à son tour, ce sourire imperceptible.» (Lettre à Camus, 1957)
M. Lakhdar Maougal
El Watan 13 avril 2006
Les chemins qui montent
La consécration révélée
Après Le fils du pauvre (1950) suivi par La terre et le sang (1954), Mouloud Feraoun publie un troisième roman, Les chemins qui montent (1957) en pleine guerre d’Algérie.
Ce roman de la tourmente traduit avec une exemplaire adéquation la constellation chaotique qui secoue l’Algérie, l’éclatement de la famille des Ameur, la guerre anticoloniale, le choc des communautés, le désarroi d’une société bousculée entre l’exigence de modernité (l’ouverture et la tolérance) et le poids ancestral des traditions d’honneur (l’incontournable vendetta) le tout caractérisant l’extraordinaire lucidité du témoin écrivain.
Ce roman saisit ouvertement la thématique amoureuse dans l’écriture romanesque à la suite de l’initiative de Mouloud Mammeri (La colline oubliée-1952) et Kateb Yacine (Nedjma-1956).
L’inscription de la thématique amoureuse dans une œuvre de terroir sur laquelle plane un implacable ressentiment de vengeance d’honneur qui rappelle les romans de Prosper Mérimée ou mieux encore ceux de Stendhal.
Ce roman est avant tout un roman d’amour et de vengeance, mais la romance est troublée par l’irruption de la conflagration et de la guerre.
Mouloud Feraoun le souligne sans toutefois s’attarder sur ce fait qui peut-être aura détourné le cours d’un roman en élaboration : « J’ai été pris de vitesse », confiera Feraoun à son éditeur.
Le caractère singulier du roman, c’est que l’énigme est dénouée dès l’ouverture.
Ce roman s’ouvre sur la mort, mais cette mort est-elle la suite logique d’une querelle de jalousie ou est-elle la conséquence tout autant logique d’une vengeance selon les règles ancestrales de la vendetta ? Ce composé de veines littéraires consacrées renvoyant directement aux sources stendhaliennes voire mériméennes (c’est le côté classique du goût feraounien - classique et non scolaire comme l’auront suggéré les critiques malveillantes ou stériles) va tisser la trame romanesque de ce roman qui est indiscutablement le plus beau et le plus réussi des romans de Feraoun (à mon humble avis).
Le roman est inscrit dans sa conception classique comme récit de vie, récit d’aventure amoureuse, avec un dénouement tragique ou dramatique).
En ce sens, il serait fastidieux de considérer ce roman, comme ceux qui l’auront précédé, de roman moderne, car il voit le jour au moment même où la notion de modernité romanesque et d’écriture a totalement changé de sens et de portée : Michel Butor pour le roman européen étant passé avant et Kateb Yacine pour le roman francophone aussi.
En toile de fond de l’intrigue amoureuse ou celle de la vendetta, le contexte socio-historique de la décolonisation ne manque pas de faire irruption dans le texte romanesque sans pour autant ni le pervertir ni le dénaturer.
Les chemins qui montent explicitent plus ouvertement, plus directement et in situ la nature réelle du conflit colonial.
Sans doute, Feraoun a-t-il pu lire la revue que son ami Jean Sénac avait coordonnée et dans laquelle Mouloud Mammeri avait fait un bilan du colonialisme sans la moindre concession.
Nous trouvons la trace dans le roman de Feraoun : « Les colons occupent les meilleures places, toutes les places et finissent toujours par s’enrichir.
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On finit par les appeler à gérer la chose publique.
Et, à partir de ce moment, ils se mettent à parler pour les indigènes, au nom des indigènes, dans notre intérêt bien compris et accessoirement dans le leur.
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Chez nous, il ne reste rien pour nous.
Alors, à notre tour, nous allons chez eux.
Mais ce n’est ni pour occuper des places ni pour nous enrichir, simplement pour arracher un morceau de pain : le gagner, le mendier ou le voler.
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.
Notre pays n’est pas plus pauvre qu’un autre, mais à qui est-il notre pays ? Pas à ceux qui crèvent de faim, tout de même.
Cette interrogation sur le pays, sur son statut et surtout sur sa nature réelle expose en même temps le statut du colonisé, de son passé comme de son devenir.
Cela débouche sur une épaisse revendication vitaliste sans la moindre amphibologie ni ambivalence : le pays comme les hommes sont en situation de déni de reconnaissance.
Comment dès lors, l’amour peut-il y trouver son expression quand tout l’environnement lui manifeste hostilité et contrainte.
Mais ce qui semble surdéterminer les êtres, les hommes surtout, c’est cette culture ancestrale pesante mais combien réelle et fonctionnelle, qui impose le recours à la loi de la vendetta pour assouvir l’exigence de l’honneur de la vengeance.
Le roman ne s’ouvre-t-il pas sur l’assassinat de Amer n’Amer.
Cet incipit ne détermine-t-il pas le sens de l’œuvre comme devant souscrire au code traditionnel des usages spécifiques incontournables, ceux-là mêmes qui s’étaient imposé à Prosper Mérimée, le romancier romantique du XIXe siècle ? Mais le roman ne saurait se limiter à cette histoire de vendetta sous peine de paraître un pastiche ou un plagiat du roman régionaliste du XIXe siècle français.
Voilà pourquoi le génie de Mouloud Feraoun ajoutera cette note vitaliste singulière qui construit et structure tout le projet feraounien ; le droit à la vie, aussi bien pour le pays que pour les êtres niés dans leur existence et déniés dans leurs droits.
« Tu veux vivre ? Voila la vie.
Lutte pour ne pas mourir et tes mains seront calleuses.
Marche pieds nus et tu fabriqueras une semelle épaisse de ta peau.
Entraînes-toi à vaincre la faim et tes traits se tireront, s’aminciront : tu prendras une mine farouche que la faim elle-même contraindra.
Travaille pour vivre, uniquement pour vivre.
Jusqu’au jour où tu crèveras.
De grâce, ce jour, ne l’appelle pas.
Qu’il vienne tout seul ! parce qu’enfin, tu vois bien, la vie est belle ! »
Incroyable mais vrai, pourtant.
Ce roman a aussi été jugé comme roman de l’assimilation (a contrario, in C.A.
Anthologie, Bordas, Alger.
1990) et/ou du malaise identitaire (J.
Dejeux in Dictionnaire des littératures de langue française, Bordas, 1984, page 800).
Ce roman exprimerait selon eux et l’échec et le dépit qui s’ensuivit d’une telle entreprise, l’assimilation (!).
M. Lakhdar Maougal
El Watan 6 avril 2006
Mouloud Feraoun, la terre et le sang
Qui assimile qui ?
A la veille de la Guerre de Libération nationale (1954) et au lendemain même de la bien affligeante affaire de La colline oubliée (1953), Mouloud Feraoun publie son deuxième roman, La terre et le sang.
Second texte après le récit de la vie dure mais digne au village, ce roman intervient dans l’intervalle qui a vu s’établir (1951), démarrer puis s’étioler(1957) les relations épistolaires entre Mouloud Feraoun et Albert Camus écrivain bien célèbre déjà et à la veille d’une consécration universelle (Prix Nobel, 1957).
Afin de bien cerner le projet feraounien, projet indiscutablement patriotique car il chante l’attachement viscéral à la patrie, la terre ancestrale peu nourricière certes mais jamais ingrate, il n’est pas inutile de rappeler l’engagement esthétique de Feraoun.
L’acte de naissance de la vocation littéraire de Feraoun, précisera Christiane Achour (Anthologie de la littérature algérienne de langue française, ENAP-Bordas francophone, Paris, 1990, p.
51) se réalise aux vacances de pâques de 1939).
Il s’agit sans doute de l’esquisse du Fils du pauvre lequel ne sera achevé et publié que dix ans plus tard et réédité en 1954 aux éditions du Seuil.
Ainsi donc, Le fils du pauvre voit le jour presque au moment même de la publication de l’enquête de Camus sur Misère de la Kabylie.
Pourquoi Mouloud Feraoun a-t-il focalisé toute son attention sur le terroir, sur la culture régionale, sur la spécificité kabyle ? Régionalisme et/ou ethnicisme comme l’ont souligné ses détracteurs ? A-t-il été sensible aux deux graves crises idéologico-politiques qui avaient secoué la vie politique algérienne à la fin des années 1940 - la crise dite berbériste - et au tout début des années 1950 - l’affaire de La colline oubliée - ?
Avec une si appuyée et si volontariste certitude, Christiane Achour écrit en 1990, peu de temps avant de se retirer en France suite aux lamentables déboires dont elle fut surtout la victime à l’université d’Alger et suite aux menaces réelles ou supposées que feront peser les « activistes » intellectuels et journalistes sur les innocents groupes pacifistes victimes de la tragédie nationale (appellation contrôlée et consacrée par la loi) avec entre-temps une première brèche dans le fondement idéologique du pouvoir en place qui intègre la dimension berbère dès 1989 à la citadelle des constantes nationales, jusque-là névrotiquement arabo-musulmanes :
« Mouloud Feraoun est un des écrivains algériens les plus connus, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.
Son œuvre, écrite en français, dans une perspective essentiellement régionale et peu engagée dans le sens nationaliste, d’un ton fortement influencé par la laïcité IIIe République, maintient sa consécration « nationale » (les guillemets sont de C.
A.
) aujourd’hui, dans un nouvel environnement culturel qui tend à se définir prioritairement par son fondement arabo-islamique.
» (sic, p.
51)
La terre et le sang (1954) vient confirmer et souligner plus le souci que l’intérêt de Mouloud Feraoun pour le terroir comme lieu d’inscription d’une littérature avant tout esthétiquement réaliste, patriotiquement engagée et résolument progressiste.
Cela se matérialise et se symbolise justement dans la description quasiment minutieuse du processus d’ouverture du ghetto kabyle à la modernité et à la vie tendue vers le changement et vers la revendication d’émancipation citoyenne.
Nous avons vu comment dans Le fils du pauvre, cette ouverture est partie de l’éclatement du cercle concentrique autour de Taâssast (au sens foucaldien du terme - voir M.
Foucault : l’histoire de la folie à l’âge classique, 1966) avec Ramdane qui quitte le village et émigre et jusqu’à son fils Fouroulou qui de l’école passe au lycée de Tizi Ouzou en s’éloignant de l’épicentre.
Cet arrachement - qu’on peut lire à la manière dont Foucault (encore lui) explique l’arrachement de Don Quichotte à sa terre natale - La Mancha - avec ces mêmes si pathétiques et si sublimes illusions - ce départ forcé de Ramdane, puis cette entrée volontaire et voulue dans la « gueule du loup » de Fouroulou, tournent court chez Mouloud Feraoun.
Le réalisme plus puissant balaie les supputations artificielles (sur l’émigration comme sur l’exil) et les superficiels survols.
La terre et le sang continue l’implacable logique de révéler et de dénoncer le système colonial discriminatoire : Ameur Ou Kaci, le fils de l’émigré, revient au village après une si longue absence et y ramène de surcroît, en butin de guerre, Marie la Française qui sera assimilée à la vie kabyle, totalement assimilée mais qui ne sera jamais un cheval de Troie.
Cette logique de Feraoun ne semble pas avoir convaincu ses lecteurs critiques attitrés qui l’accablent encore d’avoir été en période coloniale l’écrivain ayant initié et développé « une attitude plus contemplative qu’active » (sic, C.
A.
op.
cité.
p.
53), attitude présentée encore au début des années 1990 comme un recours à « la description socio-ethnique qui mêle, de façon assez déroutante, l’attachement et le désabusement : l’attachement que l’on porte au village est tempéré par les manques qu’il manifeste.
Cette ambivalence fait du style de Feraoun ce style particulier de nostalgie ironique et résignée à la fois, comme si on devait s’excuser de quelque chose ».
(C.
A.
ibid.
p.
53) Dans la précédente chronique, un jugement hâtif - pan sur ma gueule - m’avait conduit à dire que l’assimilation de Marie la Française à la société kabyle n’avait pas été vue auparavant.
Cela est inexact : l’oubli étant une seconde nature.
C.
Achour le souligne quant à elle non sans avoir insisté sur La terre et le sang comme « le roman de la terre kabyle que l’émigré retrouve après son exil, mais c’est aussi le roman d’une assimilation ».
En effet, elle conclut à une espèce d’intertextualité entre ce roman de Mouloud Feraoun et deux autres romans de Choukri Khodja (Mamoun-1928 et El Euldj captif des barbaresques-1929).
Cette bien maladroite conjecture laisse penser que le sort de Marie la Française serait comme celui de Bernard Ledieux, le captif converti des corsaires barbaresques, condamné à revenir à sa chapelle d’origine en abjurant en pleine mosquée (A.
C.
ibid.
p.
31).
Choukri Khodja trouvera grâce aux yeux de l’universitaire n’étant pas suspect de berbérisme potentiel car c’est un bon musulman non laïc, interprète judicaire de surcroît, élève de la division supérieure de la grande Médersa - comme le sera Mostefa Lacheraf plus tard.
Ses personnages reviennent à la religion de leurs pères et c’est la religion qui constitue pour eux le rempart contre toute assimilation.
Heureusement, ou malheureusement, Marie l’épouse de l’émigré Ameur Ou Kaci est laïque comme son auteur.
Sacré Mouloud !
M.
Lakhdar Maougal
El Watan 30 mars 2006
Mouloud Feraoun, les fils de pauvres, « fellagha » (.
.
.
)
Les leçons de la littérature et de l’histoire
Dans le chapitre qu’elle a consacré à Albert Camus et Mouloud Feraoun (in The Algerian Destiny of A.
Camus Translated by Philip Beitchman, Academica Press, Nevada (USA), chapitre 7, Mythologies et réalités), Aïcha Kassoul revenant sur l’enquête sur la Misère de la Kabylie (A.
Camus, 1939, Essais, La pléiade, Paris 1972.
p.
903-918) écrit au sujet de l’attitude de Mouloud Feraoun : Le bon maître en vérité !
Doucement, il déroule sa leçon destinée à des « mauvais » élèves qui sont algériens malgré le meurtre littéraire de leurs compatriotes, et qui se doivent, parce qu’ils sont Algériens, de prendre en charge l’Algérie dans toutes ses composantes.
La leçon prend une saveur particulière si l’on voit qu’elle s’adresse exclusivement à Camus qui trouve un homme en face de lui, un Algérien qui existe par-delà son absence dans l’œuvre du Français.
Mieux encore ! un Algérien qui a décidé d’exister et de se faire connaître à partir du néant fictionnel de La Peste.
L’ironie est à son comble, et serait de nature à justifier le long silence qui s’installe entre les épistoliers après ce premier contact.
On ne peut croire que Camus n’ait pas senti les flèches qui lui sont décochées par un Feraoun respectueux mais décidé à dire des vérités, à s’engager sur un chemin où le « nous » et le « vous » se rencontreraient et se reconnaîtraient à parts égales d’humanité.
La double et fine hypothèse de travail et de lecture de la controverse indirecte Camus / Feraoun oblige à relire Le fils du pauvre comme une réponse du montagnard algérien de Tizi Haibel à l’exilé parisien qui a osé faire une enquête en 1939 à la veille de la Seconde Guerre mondiale à quelques semaines à peine de la remobilisation de la chair à canon pour défendre la France menacée d’invasion par les troupes nazies.
Dans un des tous derniers textes de cette enquête (la conclusion, pp.
936-938) Camus écrivait confirmant les jugements des ethno-anthropologues et réaffirmant le caractère mortifère de la Kabylie, « Qu’une politique lucide et concertée s’applique donc à réduire cette misère, que la Kabylie retrouve, elle aussi, le chemin de la vie (souligné par nous), et nous serons les premiers à exalter une œuvre dont aujourd’hui nous ne sommes pas fiers » (p.
937).
Mouloud Feraoun en réagissant au jugement d’A.
Camus semble avoir conçu Le fils du pauvre (1950) comme une réponse directe et sans ambiguïté à l’enquête sur la Misère de la Kabylie (1939).
D’abord, dès les premières pages et avec un humour fort caustique, Mouloud Feraoun déconstruit en une sentence proverbiale amusée toute la logique sérieuse et grave que Camus voulait imposer du cliché de la Kabylie, terre de misère et enfer de vie « Notre paradis n’est qu’un paradis terrestre, mais ce n’est pas un enfer.
» (M.
F.
Le fils du pauvre, 1954, Seuil, Point, réédition 1995, p.
15)
Cette aporie construite sur l’opposition manichéenne de « paradis » et d’ « enfer » ne manque pas de donner l’impression, voire la certitude d’être une réponse à des assertions discutables sur la vie des Kabyles.
C’est pourquoi, le texte visé ne pouvait être que celui déjà fort célèbre d’A.
Camus qui avait mis la Kabylie sous les feux de la rampe à la veille de la guerre, la grande guerre.
Il est d’abord à noter le ton mi-figue mi-olive et fort probablement humoristique du proverbe feraounien.
Le texte pourtant sérieux se présente comme une chiquenaude amusée et goguenarde, une boutade un peu bon enfant qui ne vise ni à blesser ni à froisser, mais simplement à contredire et à révéler.
Ensuite, le texte décrivant la vie quotidienne dans les villages de Kabylie montre une société traditionnelle certes, archaïque assurément, mais indiscutablement vivante et bel et bien vivante jusque dans les conflits entre frères (Lounis et Ramdane) ou entre voisins et même les voisines et en toute mixité de surcroît (la rixe générale au village).
Ce vitalisme naturel dans une communauté est bel et bien un évident signe de vie.
Avec le retour de l’émigré (Ramdane) et avec le départ au collège à Tizi d’abord puis à Alger ensuite de Fouroulou débarrassé enfin de la peur et de l’angoisse du villageois, la Kabylie de Feraoun à l’inverse de celle d’A.
Camus est véritablement en train de revivre, de renaître, tel un phénix.
Ce retour de Ramdane après un exil économique vient répondre aussi et directement aux propositions camusiennes de 1939.
Par ailleurs, tout le Sud de la France se dépeuple, et il a fallu que des dizaines de milliers d’Italiens viennent coloniser notre propre sol.
Aujourd’hui, ces Italiens s’en vont.
Rien n’empêche les Kabyles de coloniser cette région.
On nous a dit : « Mais le Kabyle est trop attaché à ses montagnes pour les quitter.
» Je répondrai d’abord en rappelant qu’il y a en France 50 000 Kabyles qui les ont quittées.
Et je laisserai répondre ensuite un paysan kabyle à qui je posais la question et qui me répondit : « Vous oubliez que nous n’avons pas de quoi manger.
Nous n’avons pas le choix.
» (A.
Camus, op cité p.
932).
Mouloud Feraoun démythifie la fatalité de l’exil et l’incontournable nécessité de l’émigration.
Enfin, au sujet de l’incompréhension de Camus pour les problèmes de la Kabylie dont Mouloud Feraoun semble lui faire le mesuré reproche ou le grief amical dans ses correspondances (Lettres à ses amis), elle est liée au fait que Camus ne connaissait rien de la Kabylie ni de sa langue et encore moins de sa culture populaire dont s’abreuvait quotidiennement et profondément Feraoun.
Le témoignage que rapporte Camus de la bouche d’un paysan kabyle qui parle de résignation à l’émigration (on n’en doutera pas par respect à la parole de Camus qui a fait somme toute un travail de révélation engagé et fort appréciable à l’époque) est par contre catégoriquement démenti par toute la culture de l’enracinement et de « thamourth » dont la chanson populaire kabyle n’aura jamais cessé depuis le début du XXe siècle de se faire l’écho à travers des textes saisissant de beauté, de dignité et de tendresse comme ceux de Cheikh Hasnaoui (lghorva tajrah ouliw, La maison blanche, Njoum Ellil, Rod balek, etc.
) ou de Akli Yahiatène, voire de Allaoua Zerrouki.
M.
Lakhdar Maougal
El Watan 23 mars 2006
Entre assassinat et crime post-mortem
Chronique d’une amnésie au long cours
Né le 8 mars 1913, Mouloud Feraoun est mort par assassinat physique le 15 mars 1962 la veille de l’indépendance, au moment même du cessez-le-feu en compagnie d’un groupe d’enseignants affectés à la gestion de centres sociaux et mitraillés par des terroristes de l’OAS.
Il venait d’avoir à peine 48 ans.
Il laissait en l’espace d’une décennie une production appréciable en romans (Le fils du pauvre, 1950, La terre et le sang, 1953, Les chemins qui montent, 1957, Jours de Kabylie) et un recueil de poèmes traduits de Si Mhand Oumhand (Les Isefra, 1960).
En chantier, il laissait également pour la postérité Le Journal publié en 1962, Lettres à ses amis (1969), et un recueil de nouvelles, L’Anniversaire (1972) De tous les écrivains algériens, à l’exception de Jean Sénac, dont il était aussi l’ami, il fut le seul à avoir connu, bien connu, Albert Camus.
Il eut un échange de correspondance avec lui.
Malgré le fait d’avoir été assassiné par l’OAS, Mouloud Feraoun devra payer encore un indigne tribut aux vigiles du terrorisme universitaire qui accableront, dès les années 1970, la quasi-totalité des écrivains algériens francophones de la période nationaliste les accusant d’avoir été des assimilationnistes (hizb frança : parti de la France).
Aussi, pourra-t-on à juste titre parler pour Mouloud Feraoun comme pour Albert Camus de crime post-mortem, ce qui appelle toute l’attention sur un double assassinat, physique d’abord qui le ravit à sa famille et à sa patrie suivi, une décennie plus tard, d’un assassinat universitaire qui, paradoxalement, le rend à la famille des hommes de lettres et le sort de l’oubli.
Il faut toute la bêtise crasse et la niaiserie haineuse de faux lettrés « chiens de garde » pour provoquer une résurrection par assassinat post-mortem.
Quand il entre en production littéraire à la fin des années 1940, début des années 1950, Mouloud Feraoun livre un ouvrage modeste, Le fils du pauvre, que les éditions du Seuil amputeront en réédition d’une bonne partie (il est à espérer qu’une traduction de l’œuvre intégrale voie le jour).
Le livre édité en 1950 passe d’abord inaperçu.
Il n’est mis sous les feux de la rampe qu’en 1954 quand les éditions du Seuil le publient enfin.
Il y a à l’évidence derrière cet événement qui peut paraître banal, un ensemble d’indices qui méritent attention et qui auront longtemps servi à de faux procès et de véritables purges intellectocides.
Mouloud Feraoun fait la connaissance d’Albert Camus en 1951, grâce à Emmanuel Roblès leur ami commun.
Dans une lettre adressée à Camus, Feraoun nous informe que ce dernier avait été touché et intéressé par Le fils du pauvre.
Malheureusement, nous ne disposons pas, et à ce jour, de la lettre de Camus ni d’aucun texte de Camus au sujet du livre de Feraoun.
Les éditions Gallimard qui ont assuré la publication intégrale de l’œuvre de Camus n’ont fait aucune place et pas la moindre allusion à ce texte ni à son auteur.
Bien plus, l’amitié de Camus pour Feraoun ne lui aura pas ouvert les éditions Gallimard, comme pour d’autres à l’instar de Sénac, et encore ! Quel aura pu donc être l’intérêt de Camus pour Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun ? La question, n’ayant sans doute plus aucun intérêt pour l’actualité, n’en demeure pas moins une curiosité saine à assouvir et qui aurait dû, tout d’abord, faire réfléchir ceux qui poignardèrent à froid Feraoun à titre post-mortem et leur éviter les discours incantatoires infâmes parce qu’infamants.
Traitant de la vie quotidienne en Kabylie, l’ouvrage décrit la vie paysanne au village, puis la vie citadine à Tizi Ouzou.
Ensuite, il nous donne à voir une Kabylie qui n’a presque rien à voir avec l’enquête sur la Misère en Kabylie qu’Albert Camus une décennie plus tôt publia dans Alger Républicain (juin 1939).
La volonté farouche que décrit Mouloud Feraoun d’une population attachée et accrochée viscéralement à la terre ancestrale apporte un démenti cinglant aux assertions et aux conclusions camusiennes sur la résignation des Kabyles à s’expatrier et à émigrer massivement dans le centre de la France comme le prétendait l’enquête à la veille de la Grande Guerre.
Le fils du pauvre contredit Misère de la Kabylie comme cela aura été démontré dans un récent ouvrage (*).
Le second ouvrage qui sera le premier à être publié par Le Seuil en 1953 confirmera cet ancrage dans la patrie ancestrale.
La Terre et le sang illustre bien la force de caractère du paysan kabyle.
Après une émigration, Ameur Ou Kaci revient au village avec Marie sa jeune épouse française.
Celle-ci sera assimilée et totalement assimilée à la communauté villageoise montagnarde.
Mais de cette assimilation totale, personne ne parlera, car elle contrevient au cliché conservateur si pratique pour les manipulateurs.
Le retour de Ameur chez sa vieille mère Kamouma contredit les conclusions camusiennes de 1939 qui vont servir aux services de propagande et d’action psychologique de l’armée coloniale dans leur offensive contre le traditionalisme kabyle.
Déformée par la critique de l’école coloniale, la littérature de Mouloud Feraoun qui est authentiquement nationaliste va être relue et dénaturée par les vigiles-répétiteurs de l’institution inquisitoriale universitaire algéroise comme assimilationniste et quasiment procoloniale.
Le second intérêt cardinal de la littérature de Mouloud Feraoun, c’est de témoigner du regain de vitalisme de la société kabyle.
Tous les ethno-anthropologues auront considéré celle-ci comme une société de culture mortifère, et Mammeri aussi, entre 1939 et 1969.
C’est grâce à Feraoun que Mammeri perçoit le profond souffle de revitalisation de la société berbère qu’il avait décrite enserrée et mortifiée.
Il reconsidérera profondément son jugement (préface de la réédition, ENAG, 1990).
Nous y reviendrons.
M.
Lakhdar Maougal
(*) A.
A.
Kassoul et M.
L.
Maougal, The Algerian destiny of A.
Camus Translated by Philip Beitchman Academica Press, Nevada (USA)
L'Expression 16 mars 2006
L’humaniste assassiné par des inhumains
Combien de temps faut-il pour produire une intelligence de cette trempe?
Voilà maintenant quarante-quatre ans que fut lâchement assassiné Mouloud Feraoun, une grande figure de la littérature algérienne, alors qu’il participait à une réunion des centres socio-éducatifs à Ben Aknoun, dont il était inspecteur, un certain 15 mars 1962, par l’Organisation criminelle l’OAS à quelques jours seulement de la signature des accords d’Evian.
C’est le 8 mars 1913, que naquit l’écrivain à Tizi Hibel (Tizi Ouzou), dans une famille très modeste, pour ne pas dire misérable, comme il en existait partout en Algérie.
Combien de temps faut-il pour produire une intelligence de cette trempe, pour accumuler tant de savoir ?
On l’avait assassiné dans le but évidemment de priver l’Algérie de demain de son élite, de ses guides de son intelligentsia.
Parce que l’homme était aussi un éducateur, un formateur des cadres de demain et plus que jamais un observateur lucide plus qu’avisé.
L’OAS, à travers cet acte ignoble, visait surtout l’Algérie.
«A retrouver tant d’intelligence, de sensibilité, de pouvoir créateur, s’avive le regret d’une mort injuste qui, le 15 mars 1962, faisait disparaître l’un des plus grands écrivains de l’Algérie», témoignait son ami écrivain Emmanuel Roblès.
De même que reconnu de tout le monde et ayant accédé au sommet de l’échelle dans le domaine de la littérature, l’homme n’a pas pour autant sous-estimé ou délaissé son métier d’instituteur, dont la mission lui tient à coeur.
«Il est courant pour les écrivains de parler de second métier.
Pour ma part, je n’ai qu’un métier.
Ce métier, je le remplis bien.
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Dans ce domaine, nos efforts n’ont jamais été stériles ou vains», écrit-il dans des lettres à ses amis.
Mouloud Feraoun étonne par son style facile, simple mais réservé.
Ses oeuvres qui sont d’une lucidité éclatante, dont la transcription des faits réels dépasse l’entendement, sont aussi des études sociologiques.
En somme, un auteur réaliste sans artifices et un témoignage de son temps qui rendait compte de la vie quotidienne des siens sans honte ni maquillage.
«La floraison (de la littérature algérienne) s’explique par notre impérieux besoin de témoigner sincèrement entièrement, de saisir notre réalité sur le vif et dans tous ses aspects afin de dissiper des malentendus tenaces et de priver les consciences tranquilles de l’excuse de l’ignorance.
La voie a été tracée par ceux qui ont rompu avec un Orient de pacotille pour décrire une humanité moins belle et plus vraie, une terre aux couleurs moins chatoyantes mais plus riche de sève nourricière; des hommes qui luttent et souffrent, et sont les répliques exactes de ceux que nous voyons autour de nous (.
.
.
)», (écrit-il dans l’Anniversaire).
Un homme juste s’est éteint injustement.
Ainsi, l’a décidé l’OAS à quelques jours de l’indépendance de l’Algérie.
Le grand humaniste fût donc privé de voir les siens déferler de joie dans les rues, ruelles et coins du pays.
Abdeslam Aouadène
La Dépêche de Kabylie 16 mars 2006
Il y a 44 ans, l’assassinat des inspecteurs des Centres sociaux
L’espoir assassiné
Les assaillants firent sortir six personnes en les appelant par leurs noms pour les aligner face à un mur et les fusiller.
Les six inspecteurs sont : Mouloud Feraoun, Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hamoutene et Salah Ould Aoudia.
Le 15 mars 1962, soit trois jours avant la signature des Accords d’Evian qui allaient mettre fin à la guerre d’Algérie, l’Armée de l’Organisation Secrète (OAS), farouchement opposée à toute idée de l’indépendance de l’Algérie, prit d’assaut le Château-Royal à El Biar où s’étaient réunis les inspecteurs des Centres sociaux, un organisme crée par Jacques Soustelle avec l’assistance de Germaine Tillion.
Les assaillants firent sortir six personnes en les appelant par leurs noms pour les aligner face à un mur et les fusiller.
Les six inspecteurs sont : Mouloud Feraoun, Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hamoutene et Salah Ould Aoudia.
Ces inspecteurs faisaient partie de ceux qui espéraient fonder un dialogue culturel entre les communautés en présence en aidant les plus pauvres et les plus démunis.
Ils voulaient servir de passerelle entre ceux que l’histoire et les vicissitudes de la vie opposaient par les armes.
Une entreprise humaniste bâtie sur la fraternité et la paix.
Ils étaient sans aucun doute les victimes expiatoires d’un ordre violent, imparable et irrésistible inscrit sur le fronton d’un pays qui n’avait d’autre alternative pour accéder à sa liberté que l’ultime solution : la révolte armée.
Les Ultras ne pouvaient imaginer un seul instant, qu’après 132 ans d’occupation, de jouissance de privilèges et de négation de l’indigène, il puisse surgir un nouvel ordre qui redonnerait la dignité aux autochtones et la parole aux gueux.
Dans une lettre à Emmanuel Roblès, écrivain et ami de M.
Feraoun, Ali Feraoun écrit à propos de son père, le lendemain du drame : "Je l’ai vu à la morgue.
Douze balles, aucune sur le visage.
Il était beau, mon père, mais tout glacé et ne voulait regarder personne.
Il y en avait une cinquantaine, une centaine, comme lui, sur les tables, sur des bancs, sur le sol, partout.
On avait couché mon père au milieu, sur une table ".
Jean Amrouche, moins d’un mois avant sa mort le 16 avril 1962, écrivait dans un message : " Traîtres à la race des seigneurs étaient Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard, puisqu’ils proposaient d’amener les populations du bled algérien au même degré de conscience humaine, de savoir technique et de capacité économique que leurs anciens dominateurs français.
Criminels, présomptueux, Mouloud Feraoun, Ali Hamoutene, Salah Ould Aoudia qui, s’étant rendus maîtres du langage et des modes de pensée du colonisateur, pensaient avoir effacé la marque infâmante du raton, du bicot, de l’éternel péché originel d’indigénat pour lequel le colonialisme fasciste n’admet aucun pardon.
Voilà pourquoi les six furent ensemble condamnés et assassinés par des hommes qui refusent l’image et la définition de l’Homme, élaborées lentement à travers des convulsions sans nombre par ce qu’il faut bien nommer la conscience universelle ".
Dans l’introduction à la réédition par l’ENAG de ‘’La Terre et le sang’’, Mouloud Mammeri écrivait à propos de l’assassinat de Feraoun : " Le 15 mars 1962, au matin, une petite bande d’assassins se sont présentés au lieu où, avec d’autres hommes de bonne volonté, il travaillait à émanciper des esprits jeunes ; on les a alignés contre le mur et…on a coupé pour toujours la voix de Fouroulou.
Pour toujours ? Ses assassins l’ont cru, mais l’histoire a montré qu’ils s’étaient trompés, car d’eux, il ne reste rien … rien que le souvenir mauvais d’un geste stupide et meurtrier, mais de Mouloud Feraoun la voix continue de vivre parmi nous ".
Le fils de Salah Ould Aoudia, Jean-Philippe, ne cesse, lui, de chercher la vérité à propos de ce massacre et de réclamer que justice soit faite.
En 1992, il fit paraître un livre intitulé : ‘’L’Assassinat de Château-Royal’’ (éditions Tirésias) du nom du lieu qui abritait les Centres sociaux.
Dans une contribution qu’il a faite à l’ouvrage collectif ‘’Elles et Eux et l’Algérie’’ (éditions Tirésias-2004), il note :
"Le massacre des Centres sociaux éducatifs est un acte dont les tueurs sont tous si fiers qu’à ce train-là tous les sicaires de cette organisation déclareront un jour qu’ils ont tiré sur les six enseignants des Centres sociaux éducatifs.
En toute impunité !
En effet, je ne peux pas, juridiquement, poursuivre un seul de ces onze ‘’salopards’’ qui s’autoproclament assassins de mon père et de ses compagnons.
Cette indécente impunité des criminels trouve son origine dans les quelque soixante articles détaillant les lois d’amnistie successives qui témoignent de la bienveillance de la République, sans cesse renouvelée, à l’égard de ceux qui ont pourtant voulu la renverser.
Merci aux généreux dispensateurs d’amnistie…
Ces pardonneurs, toutes tendances politiques confondues, animés du seul souci de l’unité de la nation, se sont-ils préoccupés de ce que pouvaient ressentir les citoyens hostiles à l’OAS et les victimes de cette organisation terroriste ? Et que dire de l’écoeurante complaisance à l’égard des tueurs de l’organisation que celle des médias qui écartent systématiquement le contrepoids que pourraient constituer les témoignages des victimes, face à un Jacques Susini, par exemple, pilier des émissions sur l’OAS et directement impliqué dans le crime de Château-Royal ?
L’affaire du général Aussaresses est significative de la prééminence du bourreau au sein de notre société (…) Eh bien, sans que rien ne nous ait préparé, il a suffi qu’un vieux général borgne proclame haut et fort les multiples exactions par lui commises et ordonnées à ses équipes de ‘’spécialistes en liquidation sommaire’’ pour que l’opinion publique franchisse cet obstacle qu’on pensait insurmontable et admette que la ‘’question’’ préalable avait été restaurée par la France pendant la guerre d’Algérie.
La parole du tortionnaire a été plus convaincante que celle du supplicié, de l’intellectuel et de l’historien le plus éminent ".
En 1998, une association a été créée en France à la mémoire de Mouloud Feraoun et de ses cinq compagnons assassinés pour pérenniser le souvenir de ces humanistes tués dans l’exercice de leurs fonctions et pour entretenir la mémoire autour des idéaux qui étaient les leurs par tous les moyens possibles (conférences, distributions de prix, publications,…).
L’association compte “poursuivre l’œuvre humanitaire qu’ils avaient entreprise dans le sens de la fraternité et de la paix, et honorer également toutes les autres victimes de l’intolérance et du fanatisme’’.
Amar Naït Messaoud
La Nouvelle République 15 mars 2006
Château-Royal se souvient.
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Loin d’être un simple acte isolé, cet attentat, qui a visé six hommes réputés pour leur engagement pour des valeurs telles que la tolérance, la fraternité et l’égalité, a jeté l’émoi parmi la population.
Un énième seuil de violence venait d’être franchi, un de trop.
Aujourd’hui, 44 ans après ce jour fatidique, on se souvient encore de ce que fut le dévouement des trois Algériens : Mouloud Feraoun, Ali Hamoutène, Salah Ould Aoudia et des trois Français, amis de l’Algérie : Max Marchand, Robert Aymard et Etienne Basset, tués abjectement par l’Organisation de l’armée secrète.
(OAS) Engagés dans un projet, dont la portée humaine, sociale et éducative dérangeait au plus haut point, les six hommes étaient très vite devenus des cibles à abattre.
Lorsque le commando fait irruption dans les locaux de la direction des centres socio-éducatifs de Château-Royal, le sort des six inspecteurs est scellé.
Ils sont appelés un à un à l’extérieur.
Là, ligotés et alignés le long du mur d’enceinte de l’établissement, ils sont froidement exécutés à la mitraillette.
Une fin atroce et injuste.
L’«Association des amis de Marx Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons», commémore aujourd’hui, à partir de 10h30, à Château-Royal, l’assassinat des six victimes de l’intolérance.
La mémoire reprendra ses droits pour se souvenir de tous ces hommes et surtout d’un homme, Mouloud Feraoun.
Ecrivain de la première génération, Feraoun a vu le jour le 8 mars 1913 à Tizi Hibel, dans la commune de Larbaâ Nath Irathen.
Rentré à l’école à l’âge de 7 ans, Mouloud Feraoun poursuivra ses études à Tizi-Ouzou.
En 1932, il intègre l’Ecole normale de Bouzaréah et là il fait la connaissance d’Emmanuel Roblès.
Trois ans plus tard, il retourne à son village natal pour y enseigner et se marie avec sa cousine Dahbia dont il aura sept enfants.
En 1946, il occupe le poste de directeur à Taourirt Moussa et en 1957, il revient à Alger, pour diriger l’école Nador au Clos-Salembier.
Trois années plus tard, en 1960, il est nommé inspecteur des centres sociaux à Château-Royal (entre Châteauneuf et Ben-Aknoun) et c’est là qu’il est tué en 1962.
Parallèlement à sa carrière d’enseignant, Feraoun s’est lancé avec succès dans l’écriture romanesque.
Le fils du pauvre est publié en 1939, suivi, dix ans plus tard par La terre et le sang qui remporte un franc succès puis c’est Les chemins qui montent, édité par Le Seuil.
Cependant, si certains écrits revêtent un certain aspect autobiographique, Le Journal, qu’il commence à rédiger dès 1955 et qui est publié à titre posthume, finira par dévoiler toute la personnalité attachante et humaniste de son auteur.
Hassina A.
La Dépêche de Kabylie 15 mars 2006
Commémoration
Un fils de pauvre…écrivain de toute une ère
Il se peut que la pénurie et le dénuement bazardent certains dans le fatalisme et la résignation, comme il se peut, qu’ils les aiguillonnent à s’exempter de cette exécrable infortune et de relever un challenge contre toutes les entraves pour concrétiser leurs chimères ; ce q
publié par La Dépêche de Kabylie 1 décembre 2005 dans: Histoire
HISTOIRE DES BERBERES (source : http://fr.encyclopedia.yahoo.com/)
SOMMAIRE de la PAGE:
- 1 -Histoire des Berbères
· Les origines
· Les sources
· Du Iermillénaire à la reconquête byzantine
· De la conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade(XIIe siècle)
· Du XIIIe siècle à nos jours
-2 - Organisation politique des Berbères
· L'exemple touareg
-3 Organisation sociale des Berbères
-4- Religion
· Le christianisme
· L'islam
- 5-Langue
-6 - Littérature
On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent – ou ont parlé – des dialectes se rattachant à une langue mère: le berbère. D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés. Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen, qui signifie «hommes libres», pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle. Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs-nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.
1-Histoire des Berbères
Abordée dans l'Antiquité, réduite puis gelée par de subtiles spéculations généalogiques à l'époque médiévale, reprise à l'époque coloniale, la question des origines des Berbères, cherchées tantôt dans les sources linguistiques, tantôt dans les rapports ethniques, reste mal résolue.
Les origines
Au VIIIe millénaire av. J.-C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu d'abord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).
Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est-à-dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto-Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto-Libyens.
Les sources
Les Proto-Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto-Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'Égypte.
Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto-Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto-Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien. Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto-Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région – probablement à partir de l'Égypte – permit aux Proto-Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes. Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.
Du Ier millénaire à la reconquête byzantine
Au Ier millénaire av. J.-C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples: Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.
Les premiers royaumes berbères
Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J.-C., des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour; trois royaumes firent ainsi leur apparition: les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203); le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118); mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort: les Romains l'annexèrent en 40 apr. J.-C. Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.
La domination romaine
La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli.
Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.
De la conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)
Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el-Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants: l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux.
Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs, des États indépendants – petit État des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765-avant 790?) – échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.
L'agitation reprit au Xe siècle au nom du chiisme, que les Berbères adoptèrent en réaction à l'orthodoxie sunnite de l'islam; l'Ifriqiya aghlabide (800-909), royaume rattaché nominalement aux Abbassides, tomba en 910 entre les mains des chiites fatimides aidés par les Berbères Ketama de Petite Kabylie.
L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux: les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'Égypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent: ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes. Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua: le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147.
Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle.
Du XIIIe siècle à nos jours
À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division: Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie. Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les États maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité.
Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touareg en Algérie et au Niger.
2- Organisation politique des Berbères
Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise: une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole.
Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle av. J.-C. un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique: chez les Mzabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens.
Ces unités politiques – village ou cité – n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui – comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité – débouchèrent parfois sur des embryons d'États. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud-est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des Berbères.
L'exemple touareg
À ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes: les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar.
Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des États berbères. Les royaumes – ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité – n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies
3- Organisation sociale des Berbères
L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale; au-dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). À l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang – réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes – constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.
4- Religion
En l'absence de documents écrits, il est difficile d'appréhender les idées religieuses des Berbères de la haute Antiquité. Seules les découvertes de l'archéologie – position des corps, objets d'offrande, animaux de sacrifices – révèlent l'existence de rites funéraires à cette époque. Puis, par contact avec d'autres peuples et civilisations, vinrent s'ajouter aux cultes autochtones – parfois en s'y superposant – ceux de nombreuses divinités. De ces apports étrangers, le phénicien fut le plus durable. Longtemps après la disparition de Carthage, des Berbères continuèrent à adorer sous les noms de Saturne et de Junon Caelestis les divinités phéniciennes Baal Hammon et Tanit.
Sans être mineur, l'apport romain fut sporadique, et se heurta à la résistance culturelle berbère. Tout autre fut l'influence du christianisme. La position de Carthage au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l'omnipotence à l'époque romaine du dieu africain Saturne, l'existence précoce en Proconsulaire (Tunisie) et en Numidie (Algérie) de communautés juives prosélytes préparèrent le terrain et frayèrent la voie au monothéisme chrétien.
Le christianisme
Le christianisme se développa en Afrique plus tôt que dans les autres provinces occidentales de l'Empire romain. Dès la fin du IIe siècle, il compta de très nombreux adeptes. Un concile tenu à Carthage en 220 réunit 71 évêques; un autre, vingt ans plus tard, en groupa 90. Ce succès alla croissant malgré les persécutions répétées du pouvoir impérial; celle de Dioclétien, en 303-304, fut terrible, et beaucoup de chrétiens africains apostasièrent sous la contrainte. C'est à cette époque que naquit sous l'impulsion de Donat, évêque de Numidie, un mouvement que les historiens ont appelé «donatisme»; celui-ci revendiquait la pureté de l'Église et dénonçait les reniements de certains prêtres. Purement théologique initialement, ce mouvement évolua vers une opposition à la domination romaine.
Cependant, l'évangélisation se poursuivit, dépassant parfois les limites géographiques de l'Empire romain. Toutefois, malgré des conversions tardives – comme celle des Garamantes, au sud de l'Atlas, vers 568-569 –, le christianisme resta une religion principalement urbaine.
L'islam
La conversion des Berbères à l'islam fut massive. Implantée d'abord dans les cités, la nouvelle religion gagna progressivement les campagnes, les plateaux et le Sahara méridional. En se convertissant à l'islam, les Berbères ne renoncèrent pas à leur esprit d'indépendance. C'est sur le terrain même de la religion qu'ils exprimèrent leur opposition aux Orientaux. Des deux grands courants dissidents nés des discussions à propos de la succession du Prophète, le chiisme et le kharidjisme, c'est ce dernier qui eut auprès des Berbères un grand retentissement. Austère et égalitaire, le kharidjisme ne manqua pas de les séduire. À bien des égards, et bien que né hors d'Afrique, le kharidjisme rappelle dans l'histoire de l'islam maghrébin le donatisme berbère de l'époque chrétienne. Par opposition, les kharidjites berbères, après des révoltes sanglantes, formèrent des royaumes indépendants tels ceux de Tahert et de Sidjilmasa.
Au Xe siècle, les Ketama de Petite Kabylie constituèrent au profit du mahdi Obeid Allah un grand empire chiite (fatimide). L'orthodoxie (le sunnisme) ne triompha qu'à partir du XIe siècle; son succès fut l'œuvre d'autres Berbères: les Sahariens nomades Lamtouna d'abord, les montagnards Masmouda ensuite l'imposèrent définitivement. Avec l'avènement au XIIe siècle de l'Empire almohade, la dissidence religieuse ouverte fut bannie du Maghreb. Seul le kharidjisme, dans sa tendance ibadite, survécut au mouvement réformateur almohade. Du djebel Nefousa, en Libye, au Mzab, en Algérie, et à l'île de Djerba, en Tunisie, des communautés ibadites se sont maintenues jusqu'à nos jours.
5- Langue
La langue berbère constitue aujourd'hui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique – telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc –, ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe – comme hier le latin ou le punique – permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes.
On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4 000 à 5 000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1 200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies.
L'alphabet libyque – connu d'après certaines inscriptions – s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère.
Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.
6- Littérature
Dès le VIe siècle av. J.-C., le berbère fit l'objet d'une écriture: le libyque. De très nombreuses inscriptions attestent l'utilisation par les Berbères, dès l'Antiquité, d'un alphabet consonantique proche de celui utilisé de nos jours chez les Touareg. L'écriture libyque devint usuelle surtout dans les zones sous forte influence punique – Tunisie septentrionale, Nord constantinois et Maroc du Nord –, malgré une certaine évolution; cependant, elle ne put se généraliser et disparut à l'époque romaine.
Les Berbères utilisèrent assez tôt les langues étrangères. C'est en latin qu'écrivirent des auteurs africains aussi illustres qu'Apulée, Tertullien, saint Cyprien ou saint Augustin. Le latin, langue de l'administration dans les provinces romaines d'Afrique, devint aussi, avec le christianisme, langue de religion. L'islamisation entraîna par la suite l'arabisation linguistique des Berbères.
Toutefois, à l'époque islamique, il y eut encore une littérature berbère écrite; peu fournie, et essentiellement de nature religieuse, elle consista en quelques textes et ouvrages transcrits en caractères arabes avec des signes additionnels. À côté de traités ou de commentaires de religion, souvent attribués aux ibadites ou aux Almohades, il faut mentionner deux Coran rédigés en berbère et attribués l'un à Salah ben Tarif (VIIIe siècle), l'autre à Hamim des Ghomara du Maroc septentrional (Xe siècle). Les archives, rares et récentes, consistent pour l'essentiel en textes juridiques. Le droit berbère – de tradition coutumière – fut consigné par écrit à des époques différentes. Ainsi des règlements de nature pénale furent rassemblés en recueils. Certains de ces documents, originaires du pays chleuh, dateraient du XIVe siècle apr. J.-C., d'autres furent rédigés à des époques plus tardives. Le corpus des recueils de droit coutumier berbère s'est enrichi récemment de nouveaux documents marocains publiés dans leur langue originale.
Autrement importante fut et demeure la littérature orale berbère. Des contes et des légendes fidèlement conservés par la mémoire féminine constituent une bonne partie de la tradition orale. La poésie est également riche et ne manque pas d'originalité. Les Berbères eurent de grands poètes dont certains – tel le Kabyle Mohand (vers 1845-1906) ou la targuia Daçin – furent de véritables aèdes. D'autres, itinérants et professionnels, tels les amedyaz du Haut Atlas au Maroc ou les ameddahs de Kabylie, surent longtemps entretenir la mémoire collective berbère.
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Algérie : chefs d'état des origines à nos jours
Rois de la Numidie occidentale des Massaessyles :
Syphax (215 av J.C à 220 av J.C)
Rois de la Numidie orientale des Massyles :
Zelalsen (vers 225 av J.C jusqu'à vers 215 av J.C)
Gaïa (vers 215 av J.C à 207 av J.C)
Ozalces (207 à 206 av JC)
Capusa (206 à 206 av JC)
Lacumazes (206 à 206 av JC)
Massinissa (206 à 202 av JC), qui unifia la Numidie
Rois de la Numidie unifiée :
Massinissa (202 à 148 av JC)
Micipsa (148 à 118 av JC)
Gulussa (148 à 145 av JC) - vice-roi, ministre de la guerre
Mastanabal (145 à 118 av JC) - vice-roi, ministre de la justice
Adherbal (118 à 112 av JC)
Hiempsal I (118 à 118 av JC)
Jugurtha (118 à 106 av JC)
Gauda (106 à 88 av JC)
Hiempsal II (88 à 60 av JC)
Juba I (60 à 46 av JC)
Souveraineté saisie par la République romaine (46 a 30 a JC)
Juba II (30 à 23 av JC)
Ptolémée de Maurétanie (23 av JC à 40 ap JC) - Fin de la dynastie numide.
Occupation romaine
Empereur Auguste (25 av JC à 14)
Empereur Tibère (14 à 37) - Tacfarinas dirige une résistance
Empereur Caligula (37 à 41)
Empereur Claude Ier (41 à 54)
Empereur Néron (54 à 69)
Empereur Vespasien (69 à 79)
Empereur Titus (79 à 81)
Empereur Domitien (81 à 96)
Empereur Nerva (96 à 98)
Empereur Trajan (98 à 117)
Empereur Hadrien (117 à 138)
Empereur Antonin le Pieux (138 à 161)
Empereur Marc Aurèle (161 à 180)
Empereur Commode (180 à 192)
Empereur Septime Sévère (193 à 211)
Empereur Caracalla (211 à 217)
Empereur Macrin (217 à 218) - Cet empereur est issu de Cherchell
Empereur Élagabal (218 à 222)
Empereur Sévère Alexandre (222 à 235)
Empereur Dioclétien (284 à 285)
Empereur Maximien Hercule (285 à 305)
Empereur Constance Chlore (305 à 306)
Empereurs d'Occident, jusqu'à Honorius (395-423), puis Valentinien III (425-455) qui perd en 439 le contrôle du pays au profit de la domination partielle vandale.
Occupation vandale
des Vandales Genséric (430 à 477)
Hunéric (477 à 484) - révolte des Berbères Circoncellions
Gunthamund (484 à 496)
Thrasamund (496 à 523)
Hildéric (523 à 530) - son général Hoamer subit une défaite face aux Berbères.
Occupation byzantine
Empereur Justinien (530 à 565)
Empereur Justin II (565 à 578)
Empereur Tibère II (578 à 582)
Empereur Maurice Ier (582 à 602)
Empereur Phocas (602 à 610)
Empereur Héraclius (610 à 641)
Empereur Constantin III (641 à 641)
Empereur Heraclonas (641 à 641)
Empereur Constant II (641 à 647)
Califat Omeyade
qui succède aux 4 califes dit "el Rashidun"
Khalife Muawiya Ier (647 à 656)
Khalife Yazid Ier (680 à 683)
Khalife Muawiya II (683 à 684)
Khalife Marwan Ier (684 à 685)
Khalife Abd el Malik (685 à 705) - Alger est prise aux Byzantins.
Khalife Al Walid Ier (705 à 715)
Khalife Suleymane Ibn Abd el Malik (715 à 717)
Khalife Omar II (717 à 720)
Khalife Yazid II (720 à 724)
Khalife Hisham Ibn Abd el Malik (724 à 743)
Révolte berbère
(743 à 776) - L'Afrique du Nord s'enflamme sous la direction d'une révolte berbère contre l'impôt et le rite sunnite des Omeyyades qui seraient responsables de la mort de Ali ibn Abi Talib. Une armée berbère impose la défaite à deux armées arabes omeyades (à Chlef et dans le Constantinois) venues d'Espagne et de Damas. L'armée berbère se met en marche, et part de Béjaïa pour réformer le monde islamique.
Dynastie Roustemide
Abderahmane Ibn Roustoum (776 à 784)
Abdelwahab Ibn Abderahman (784 à 832)
Aflah ibn abdelwahab (832 à 871)
Abou Bakr Ibn Aflah (871 à 871)
Mohamed Abou Yaqzan (871 à 894)
Youssef Abou Hatem (894 à 897)
Yaakoub Ibn Aflah (897 à 901)
Youssef Abou Hatem - encore - (901 à 906)
Yakzan Ibn Mohamed (906 à 909)
Dynastie Fatimide
Imam Obeyd Allah El Mahdi Bi Allah - (909 à 934). Les armées berbères Kutama de basse Kabylie fondent, sous Ubayd Allah al-Mahdi, la dynastie Fatimide. Les Kutamas mettent fin à la dynastie Rostemides et conquièrent l'Ifriqiya. Lorsqu'ils transfèrent leur cour en Égypte, ils nomment la dynastie Ziride pour les remplacer et imposer l'union.
Dynastie Ziride
Ziri ibn Menad (935 à 973)
Bologhine ibn Ziri (973-983) - construit la ville musulmane d'Alger
al-Mansur ibn Bologhine (983-995)
Badis ibn Mansur (995-1015)
al-Muizz ibn Badis (1015-1062) - les Hilaliens, envoyés par les Fatimides, détruisent Kairouan, la capitale des Zirides est transféré à Mahdia
Tamim ibn al-Muizz (1062-1108)
Yahya ibn Tamim (1108-1131)
Ali ibn Yahya (1115-1121)
al-Hasan ibn Ali (1121-1148)
Dynastie Hammadide
Hammad ibn Bologhine (1014 à 1028) - fils de Bologhine ibn Ziri et prince Ziride il fonde la dynastie des Hammadides
al-Qaid ibn Hammad (1028 à 1045)
Muhsin ibn Qaid (1045 à 1046)
Bologhine ibn Muhammad ibn Hammad (1046 à 1062)
an-Nasir ibn Alnas ibn Hammad, (1062 à 1088)
al-Mansur ibn Nasir (1088 à 1105)
Badis ibn Mansur (1105)
Abd al-Aziz ibn Mansur (1105 à 1121)
Yahya ibn Abd al-Aziz (1121 à 1152)
Dynastie Almoravide
Youssef Ibn Tachfin (1061 à 1106) - fondateur de la dynastie Almoravide
Ali Ben Youssef (1106 à 1142)
Tachfin Ben Ali (1142 à 1146)
Ibrahim Ben Tachfin (1146-1147)
Ishaq Ben Ali (1147)
Dynastie Almohade
Abd al-Mumin (1145 à 1163) - fondateur de la dynastie des Almohades
Abu Yaqub Yusuf (1163 à 1184)
Abu Yusuf Yaqub al-Mansur (1184 à 1199)
Muhammad an-Nasir (1199 à 1213)
Yusuf al-Mustansir (1213 à 1223)
Abd al-Wahid al-Makhlu (1223)
Abu Muhammad al-Adil (1224 à 1227)
Yahya al-Mutasim (1227 à 1235)
Abu al-Hasan as-Said al-Mutadid (1242 à 1248) - il réussit à récupérer une partie de l'ouest de l'Algérie alors annéxé par les Hafsides
Dynastie Hafside
Yahya I (1229-1249)
Muhammad I al-Mustansir (1249-1277)
Yahya II al-Watiq (1277-1279)
Ibrahim I (1279-1283)
Abd al Aziz I (1283)
Ahmad Ibn Abi Umara (1283-1284)
Omar I (1284-1295)
Muhammad II al-Muntasir (1295-1309)
Abu Bakr I ach-Chahid (1309)
Khalid I an-Nasir (1309-1311)
Zakarija I al-Lihyani (1311-1317)
Muhammad III al-Mustansir al-Lihyani (1317-1318)
Abu Bakr II al-Mutawakkil (1318-1346)
Omar II (1346-1347)
(court règne du mérinide Abu al-Hasan ben Uthman (1347))
Ahmad I al-Fadî al-Mutawakkil (1348 - 1350)
Ibrahim II al-Mustansir (1350-1369)
Khalid II (1369-1370)
Ahmad II al-Mustansir (1370-1394)
Abd al-Aziz II al-Mutawakkil (1394-1434) - sous son règne l'empire s'étend d'Alger à Tripoli
Muhammad IV al-Mutansir (1434-1435)
Othman (1435-1488)
Yahya III (1488-1489)
Abd al-Mumin (1489-1490)
Zakariya II (1490-1494)
Muhammad V al-Mutawakkil (1494-1526)
Dynastie Zyanide
Yghomracen Ibn Zyan (1236 à 1283) - Fonde la dynastie dont la capitale est Tlemcen. Cette dynastie est également appelée Abdalwadide.
Othmane Ibn Yghomracen (1283 à 1304)
Abou Zeyane Mohamed Ier Ibn Othmane (1304 à 1308)
Abou Hammou Moussa II (1353 à 1389) - Prend Alger.
Abou Zeyane (1389 à 1389)
Abou El Hadjadj Youssef (1389 à 1393)
Abou Zeyane (1393 à 1399)
Abou Mohamed (1399 à 1401)
Abou Abdallah El Tensi (1401 à 1410)
Moulay Said Ibn Abou Hammou (1410 à 1411)
Abou Malek (1411 à 1425)
Abou Fares (1425 à 1425)
Abou El Abas Ahmed (1425 à 1425)
Moulay Mohamed (1425 à 1435)
Moulay Abdallah (1435 à 1437)
Abou Zeyane (1437 à 1438)
El Moutawakel (1438 à 1475)
Mohamed (1438 à 1460)
Abou Zakaria (1460 à 1488)
Abou Abdallah Mohamed (1488 à 1505)
Abou Abdallah Mohamed II (1505 à 1512) - il traite avec les espagnols qui contrôle déjà Alger, Oran, Béjaïa, Mers el Kébir et Ténès. Les Algériens font appel aux Ottomans pour venir les aider.
Régence d'Alger
Arudj Barberousse (1515 à 1518)
Khayr ad-Din Barberousse (1518 à 1520)
Ahmed Ben El Cadi (1520 à 1527)
Kheirdine Barbarossa (1527 à 1533)
Hassan Agha (1533 à 1545)
Hassan Pacha Ibn Kheirdine (1545 à 1551)
Salah Rais (1551 à 1556)
Mohamed Kourdougli (1556 à 1556)
Caid Youssef (1556 à 1556)
Yahia Pacha (1556 à 1556)
Hassan Pacha Ibn Kheirdine (1556 à 1561)
Ahmed Pacha (1561 à 1561)
Hassan Pacha Ibn Kheirdine (1561 à 1567)
Mohamed Ibn Salah Rais (1567 à 1568)
El Euldj Ali (1568 à 1571)
Arab Ahmed (1571 à 1573)
Caid Ramdan (1573 à 1577)
Hassan Veneziano (1577 à 1580)
Djaffar Pacha (1580 à 1582)
Caid Ramdan (1582 à 1582)
Hassan Veneziano (1582 à 1587)
Dely Ahmed (1587 a 1589)
Khider (1589 à 1591)
Chaabane (1591 à 1595)
Khider (1595 à 1596)
Mustapha (1596 à 1599)
Deli Hassan Boukricha (1599 à 1600)
Suleymane (1600 à 1604)
Khider (1604 à 1605)
Mustapha El Koussa (1605 à 1607)
Redouane (1607 à 1610)
Mustapha El Koussa (1610 à 1611)
Mustapha (1611 à 1614)
Hocine (1614 à 1616)
Mustapha (1616 à 1617)
Suleymane Pacha (1617 à 1618)
Hocine Pacha (1618 à 1619)
Sidi Saref Hadji (1619 à 1621)
Hocine Pacha, gouverneur de Sousse (1621 à 1623) - Épidémie de peste à Alger, bombardement anglais, bombardement hollandais
Mourad Pacha El Aama (1623 à 1624)
Ibrahim Pacha (1624 à 1624)
Sidi Saref Hadji (1624 à 1626)
Hocine Pacha (1626 à 1630)
Younes Pacha (1630 à 1632)
Hocine Pacha (1632 à 1634)
Youssef Pacha (1634 à 1637)
Ali Pacha (1637 a 1639)
Cheikh Hocine (1639 à 1640)
Abou Jamal Youssef (1640 à 1642)
Mohamed Boursali (1642 à 1645)
Ali Betchine (1645 à 1645)
Mohamed Boursali (1645 à 1647)
Abou Jamal Youssef (1647 à 1647)
Othmane (1647 à 1651)
Mohamed (1651 à 1653)
Tobal (1653 à 1655)
El Hadj Ahmed (1655 à 1656)
Ibrahim (1656 à 1656)
El Hadj Ahmed (1656 à 1657)
Ismail Ibn Ibrahim (1657 à 1659)
Khelil (1659 à 1660)
Ramdan (1660 à 1661)
Chaabane (1661 à 1665)
Ali (1665 à 1671)
Hadj Mohamed (1671 à 1681)
Baba Hassen (1681 à 1683)
El Hadj Hussein Pach el Dey anciennement Mezzo Morto (1683 à 1688)
Ibrahim Khodja (1688 a 1688)
Hadj Chaabane Bey (1688 à 1695)
El Hadj Ahmed (1695 à 1698)
Baba Hassen (1698 à 1700)
Hadj Mustapha (1700 à 1705)
Hocine Khodja (1705 à 1707)
Mohamed Baktache (1707 a 1710)
Dely Brahim (1710 à 1710)
Ali Chaouch (1710 à 1718)
Mohamed Ben Hassan (1718 à 1724)
Kourd Abdi (1724 à 1732)
Baba Ibrahim (1732 à 1745)
Ibrahim Koutchouk (1745 à 1748)
Mohamed Ben Bekir anciennement Il Retorto (1748 à 1754)
Baba Ali Bou Sbaa (1754 à 1766)
Mohamed Ben Osmane Khodja (1766 à 1791)
Dey Hassan (1791 à 1798) - Père de la célèbre Khedaouedj el aamia, et beau-père du futur Dey Hussein.
Dey Mustapha (1798 à 1805)
Ahmed Khodja Bey (1805 à 1808)
Hadj Ali (1808 à 1809)
Hadj Ali (1809 à 1815)
Mohamed Kharnadji (1815 à 1815)
Omar Agha (1815 a 1817)
Ali Ben Ahmed (1817 à 1818)
Dey Hussein (1818 à 1830)
Colonisation française
Charles X (1830 à 1830)
Louis Philippe (1830 à 1848)
Louis Napoléon Bonaparte (1848 à 1852)
Napoléon III (1852 à 1870)
Louis Jules Trochu (1870 à 1871)
Adolphe Thiers (1871 à 1873)
Patrice de Mac-Mahon (1873 à 1879)
Jules Grévy (1879 à 1887)
Marie François Sadi Carnot (1887 à 1894)
Jean Casimir-Perier (1894 à 1895)
Félix Faure (1895 à 1899)
Émile Loubet (1899 à 1906)
Armand Fallières (1906 à 1913)
Raymond Poincaré (1913 à 1920)
Paul Deschanel (1920 à 1920)
Alexandre Millerand (1920 à 1924)
Gaston Doumergue (1924 à 1931)
Paul Doumer (1931 à 1932)
Albert Lebrun (1932 à 1940)
Charles de Gaulle (1940 à 1946)
Félix Gouin (1946 a 1946)
Georges Bidault (1946 a 1946)
Léon Blum (1946 à 1947)
Vincent Auriol (1947 à 1954)
René Coty (1954 à 1959)
Charles de Gaulle (1959 à 1962)
République algérienne
Ahmed Ben Bella (1962 à 1965)
Houari Boumedienne (1965 à 1978)
Rabah Bitat (1978 à 1979)
Chadli Bendjedid (1979 à 1992)
Mohamed Boudiaf (1992 )
Ali Kafi (1992 à 1994)
Liamine Zeroual (1994 à 1999)
Abdelaziz Bouteflika (1999 à aujourd'hui)
publié par hardeur dans: Histoire
Massinissa et Mammeri
Slimane Hachi
Contre l’absurde qui menaçait son pays que faillirent déserter même les saints, dans la solitude des années plombées, l’homme qui en eut l’intelligence se devait de dire. Il le dit si joliment. Il menait là un combat de titan presque seul contre presque tous.
Massinissa-Mouloud Mammeri : le premier fit entrer un royaume unifié et ouvert dans les temps historiques, le second a fait entrer une culture, une langue dans les temps modernes.
D’avoir côtoyé le second, j’ai l’étrange sentiment d’avoir été le contemporain du premier et d’avoir connu le second, j’ai l’étrange sentiment d’avoir tapé sur l’épaule de la multitude des braves qui, du premier au second, ont fait que, face aux autres, contre eux quelquefois, souvent avec eux, nous ne sommes pas les autres. Mais d’où vient-il qu’un professeur interdit d’enseignement ait tant de disciplines, qu’un artiste interdit de poésie soit tant chanté ; mais d’où vient-il qu’un homme interdit de parole soit à ce point dit, qu’un intellectuel, tant de fois par la bêtise offensé, soit par l’intelligence tant fêté. C’est que dans la balance, la vérité triomphe toujours des faux-semblants. Comme il aimait à le dire. Par la seule force de l’intelligence nue, par la seule constance d’une voie sûre sans salle de classe, ni imprimatur, sans micro ni auditoire autorisé, ou alors avec si peu, de temps en temps. Quand il disait ce qu’il faisait conviction, qu’il n’y a pas de culture ennemie. Ceux qui le connaissaient savent qu’il l’entendait dans un sens au moins double : il ne comprenai pas qu’on s’acharne tant sur sa culture en même temps qu’il tremblait à l’idée qu’elle puisse, dans un réflexe de défense, se recroqueviller comme une peau de chagrin, comme un ghetto. “Nous autres, civilisations, savons aujourd’hui que nous sommes mortelles”. Ce pessimisme à l’état pur est repris dans “le Banquet”. “Pessimisme de l’intelligence” qui, en plus, ici, avait ses raisons. Dans l’Algérie indépendante. Sous la dictature on planifiait les actes de la monstrueuse idée, selon laquelle les cultures, les langues n’avancent que sur les cadavres des autres. Contre l’absurde qui menaçait son pays que faillirent déserter même les saints, dans la solitude des années plombées, l’homme qui en eut l’intelligence se devait de dire. Il le dit si joliment. Il menait là un combat de titan presque seul contre presque tous.
La culture et la langue de l’un des plus anciens peuples de la planète - mais pas seulement - risquaient d’être happées par une mort certaine non pas parce qu’elle étaient séniles, mais parce que depuis les nuits coloniales jusqu’au temps de la bêtise et de la haine érigées en système, une espèce de conjuration en programmait le gâchis. Sa culture n’était pas que combattue. Elle était niée.
Alors se résolut en lui l’engagement au profit d’un projet auquel il n’entendait pas déroger d’un iota. Le projet de la plus grande partie possible du puzzle de notre être. La tâche n’était pas immense seulement, presque tout était à entreprendre : faire entrer dans la modernité et ses exigences une culture et une langue qui eurent tant affaire à la stupidité. A partir des contributions de ses prédécesseurs (Boulifa, Cidkaoui, Amrouche et quelques autres), il adapta une méthode de transcription, formalisa la grammaire (qu’il appela tajerrumt), entreprit d’imposants travaux de lexicologie : il recueillit une remarquable somme de textes littéraires dont la valeur esthétique, l’importance historique et la puissance culturelle allaient en faire des documents de référence dans le fondement civilisationnel de notre peuple.
Si Muh U Mhend, les poètes anciens, Chikh Muhend U Lhusin, les ahellils du Gourara apparaissent déjà comme des pièces maîtresses dans notre patrimoine littéraire. Il lança des équipes de recherche scientifique ; d’anthropologie socioculturelle et de préhistoire, mit au point des grilles d’analyses, dirigea le CRAPE et la revue Lybyca, fondé la revue Awal à Paris, faute de pouvoir le faire à Alger, Rabat ou Tunis. “Par le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de l’action”, comme dirait Gramsci, il redonnait à la culture les instruments de sa vie “tout en chantant les paraboles avec art” comme dirait Yusef U Qasi.
Je le revois encore en 1980, avec de la magie dans les doigts, peaufinant les programmes d’un futur institut que les politiques de l’époque faisaient miroiter tout en s’imaginant abuser de la crédulité d’un homme qui était tout simplement de tous les rêves, de toutes les folies, de celui par lequel la revendication culturelle a conquis la place publique, car la porte la plus originale, la plus humaine par laquelle la contestation put entrer est la grande porte de la poésie.
Je le revois encore en 1980 s’amusant à déjouer la vigilance des deux pauvres hommes chargés de le surveiller dans leur 304 blanche banalisée, qui ne banalisera jamais rien du tout. Je l’entends encore me dire “je les ai semés”.Voilà qu’on se surprend à parler de Dda Lmulud au passé. Comme si tu étais mort alors que seulement tu n’est plus de ce monde. Ni mort, ni disparu, ni même absent. Tu est de ceux qui, par le labeur permanent, ‘l'humanisme envahissant, l’espérance contagieuse, la constance irréductible, ne peuvent pas ne plus être, ne peuvent pas s’effacer.
Comme pas mal d’enfants du siècle que tu as traversé presque de part en part, tu en a vécu toutes les turbulences, tu a été le témoin de nombreuses affres : la deuxième Guerre mondiale en Algérie, la Guerre de libération nationale, avril 1980, octobre 1988. Après chaque déchirure se sédimentait en toi la conviction toujours plus profonde que l’homme était ailleurs que dans les échanges balistiques, l’invective et la stupidité ; que la parole devrait couvrir le vacarme des canons qui “canonnent”, de la haine qui ravage et de la bêtise qui ânonne. Alors tu te mis en quête, entre deux turbulences qui n’était pas pour toi la paix, de ce qui pouvait rendre la vie des hommes plus humaine. Quête te menant du roman au théâtre, à la poésie, de l’anthropologie à l’histoire, du conte à la linguistique.
Ta profonde conviction était que si les hommes ont vécu ensemble depuis si longtemps, c’est que quelque part, il y a des espaces de convivialité, c’est que quelque part en eux, les hommes ont des lieux de concorde, c’est que quelque part des sourires et des poignées de mains par delà les géographies, au creux de l’Histoire, ont fait le lit de la permanence de l’espèce. Ces lieux de terre, ces coins de l’intelligence, ces souffles de paroles tu les prospectas, les fouillas, les montras avec un tel art, une telle maîtrise, une telle science, une telle intégrité qu’aujourd'hui dans ce Maghreb intégral que tu aimas tant, tant de femmes et d’hommes portent l’indicible douleur de ne plus pouvoir rencontrer ton sourire serein, de ne plus pouvoir rencontrer ton sourire serein, de ne plus pouvoir se laisser envahir par ton intelligence communicative et ta sensibilité à fleur de peau.
L’homme libre que tu entendais rester avait atteint l’universalité. Tu savais trop ce que les cultures se doivent les unes les autres. L’homme, chercheur-penseur, l’artiste que tu as été, tu l’as voulu et l’a fait réceptable, de somme de tout ce que notre peuple a produit, depuis des millénaires ; des exigences intellectuelles les plus modernes, la probité et la rigueur ; des qualité humaines primordiales, la communication et la générosité.
Slimane Hachi
Slimane Hachi
Contre l’absurde qui menaçait son pays que faillirent déserter même les saints, dans la solitude des années plombées, l’homme qui en eut l’intelligence se devait de dire. Il le dit si joliment. Il menait là un combat de titan presque seul contre presque tous.
Massinissa-Mouloud Mammeri : le premier fit entrer un royaume unifié et ouvert dans les temps historiques, le second a fait entrer une culture, une langue dans les temps modernes.
D’avoir côtoyé le second, j’ai l’étrange sentiment d’avoir été le contemporain du premier et d’avoir connu le second, j’ai l’étrange sentiment d’avoir tapé sur l’épaule de la multitude des braves qui, du premier au second, ont fait que, face aux autres, contre eux quelquefois, souvent avec eux, nous ne sommes pas les autres. Mais d’où vient-il qu’un professeur interdit d’enseignement ait tant de disciplines, qu’un artiste interdit de poésie soit tant chanté ; mais d’où vient-il qu’un homme interdit de parole soit à ce point dit, qu’un intellectuel, tant de fois par la bêtise offensé, soit par l’intelligence tant fêté. C’est que dans la balance, la vérité triomphe toujours des faux-semblants. Comme il aimait à le dire. Par la seule force de l’intelligence nue, par la seule constance d’une voie sûre sans salle de classe, ni imprimatur, sans micro ni auditoire autorisé, ou alors avec si peu, de temps en temps. Quand il disait ce qu’il faisait conviction, qu’il n’y a pas de culture ennemie. Ceux qui le connaissaient savent qu’il l’entendait dans un sens au moins double : il ne comprenai pas qu’on s’acharne tant sur sa culture en même temps qu’il tremblait à l’idée qu’elle puisse, dans un réflexe de défense, se recroqueviller comme une peau de chagrin, comme un ghetto. “Nous autres, civilisations, savons aujourd’hui que nous sommes mortelles”. Ce pessimisme à l’état pur est repris dans “le Banquet”. “Pessimisme de l’intelligence” qui, en plus, ici, avait ses raisons. Dans l’Algérie indépendante. Sous la dictature on planifiait les actes de la monstrueuse idée, selon laquelle les cultures, les langues n’avancent que sur les cadavres des autres. Contre l’absurde qui menaçait son pays que faillirent déserter même les saints, dans la solitude des années plombées, l’homme qui en eut l’intelligence se devait de dire. Il le dit si joliment. Il menait là un combat de titan presque seul contre presque tous.
La culture et la langue de l’un des plus anciens peuples de la planète - mais pas seulement - risquaient d’être happées par une mort certaine non pas parce qu’elle étaient séniles, mais parce que depuis les nuits coloniales jusqu’au temps de la bêtise et de la haine érigées en système, une espèce de conjuration en programmait le gâchis. Sa culture n’était pas que combattue. Elle était niée.
Alors se résolut en lui l’engagement au profit d’un projet auquel il n’entendait pas déroger d’un iota. Le projet de la plus grande partie possible du puzzle de notre être. La tâche n’était pas immense seulement, presque tout était à entreprendre : faire entrer dans la modernité et ses exigences une culture et une langue qui eurent tant affaire à la stupidité. A partir des contributions de ses prédécesseurs (Boulifa, Cidkaoui, Amrouche et quelques autres), il adapta une méthode de transcription, formalisa la grammaire (qu’il appela tajerrumt), entreprit d’imposants travaux de lexicologie : il recueillit une remarquable somme de textes littéraires dont la valeur esthétique, l’importance historique et la puissance culturelle allaient en faire des documents de référence dans le fondement civilisationnel de notre peuple.
Si Muh U Mhend, les poètes anciens, Chikh Muhend U Lhusin, les ahellils du Gourara apparaissent déjà comme des pièces maîtresses dans notre patrimoine littéraire. Il lança des équipes de recherche scientifique ; d’anthropologie socioculturelle et de préhistoire, mit au point des grilles d’analyses, dirigea le CRAPE et la revue Lybyca, fondé la revue Awal à Paris, faute de pouvoir le faire à Alger, Rabat ou Tunis. “Par le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de l’action”, comme dirait Gramsci, il redonnait à la culture les instruments de sa vie “tout en chantant les paraboles avec art” comme dirait Yusef U Qasi.
Je le revois encore en 1980, avec de la magie dans les doigts, peaufinant les programmes d’un futur institut que les politiques de l’époque faisaient miroiter tout en s’imaginant abuser de la crédulité d’un homme qui était tout simplement de tous les rêves, de toutes les folies, de celui par lequel la revendication culturelle a conquis la place publique, car la porte la plus originale, la plus humaine par laquelle la contestation put entrer est la grande porte de la poésie.
Je le revois encore en 1980 s’amusant à déjouer la vigilance des deux pauvres hommes chargés de le surveiller dans leur 304 blanche banalisée, qui ne banalisera jamais rien du tout. Je l’entends encore me dire “je les ai semés”.Voilà qu’on se surprend à parler de Dda Lmulud au passé. Comme si tu étais mort alors que seulement tu n’est plus de ce monde. Ni mort, ni disparu, ni même absent. Tu est de ceux qui, par le labeur permanent, ‘l'humanisme envahissant, l’espérance contagieuse, la constance irréductible, ne peuvent pas ne plus être, ne peuvent pas s’effacer.
Comme pas mal d’enfants du siècle que tu as traversé presque de part en part, tu en a vécu toutes les turbulences, tu a été le témoin de nombreuses affres : la deuxième Guerre mondiale en Algérie, la Guerre de libération nationale, avril 1980, octobre 1988. Après chaque déchirure se sédimentait en toi la conviction toujours plus profonde que l’homme était ailleurs que dans les échanges balistiques, l’invective et la stupidité ; que la parole devrait couvrir le vacarme des canons qui “canonnent”, de la haine qui ravage et de la bêtise qui ânonne. Alors tu te mis en quête, entre deux turbulences qui n’était pas pour toi la paix, de ce qui pouvait rendre la vie des hommes plus humaine. Quête te menant du roman au théâtre, à la poésie, de l’anthropologie à l’histoire, du conte à la linguistique.
Ta profonde conviction était que si les hommes ont vécu ensemble depuis si longtemps, c’est que quelque part, il y a des espaces de convivialité, c’est que quelque part en eux, les hommes ont des lieux de concorde, c’est que quelque part des sourires et des poignées de mains par delà les géographies, au creux de l’Histoire, ont fait le lit de la permanence de l’espèce. Ces lieux de terre, ces coins de l’intelligence, ces souffles de paroles tu les prospectas, les fouillas, les montras avec un tel art, une telle maîtrise, une telle science, une telle intégrité qu’aujourd'hui dans ce Maghreb intégral que tu aimas tant, tant de femmes et d’hommes portent l’indicible douleur de ne plus pouvoir rencontrer ton sourire serein, de ne plus pouvoir rencontrer ton sourire serein, de ne plus pouvoir se laisser envahir par ton intelligence communicative et ta sensibilité à fleur de peau.
L’homme libre que tu entendais rester avait atteint l’universalité. Tu savais trop ce que les cultures se doivent les unes les autres. L’homme, chercheur-penseur, l’artiste que tu as été, tu l’as voulu et l’a fait réceptable, de somme de tout ce que notre peuple a produit, depuis des millénaires ; des exigences intellectuelles les plus modernes, la probité et la rigueur ; des qualité humaines primordiales, la communication et la générosité.
Slimane Hachi
publié par Slimane HACHI dans: Histoire