La condition des femmes kabyles.
Un proverbe kabyle résume à lui seul le statut de la femme dans la société ancienne : "Même la femme la plus droite est plus courbe qu'une faucille". En d'autres termes, l'ordre est celui des hommes, et les femmes y sont soumises. Pourtant on disait que la femme est "la poutre du foyer", en d'autres termes le centre de la famille, et la famille est la structure centrale de l'ancienne société amazighe.
La société kabyle ancienne s'appuyait sur une stricte répartition des rôles entre hommes et femmes, et les femmes y avaient une grande importance.
Les femmes étaient exclues de la vie politique. Elles ne pouvaient pas participer à l'assemblée du village, la Tajmat(1). La tradition voulait même qu'une femme s'éloigne de tout groupe d'hommes discutant entre eux. Si les femmes n'étaient pas admises à l'assemblée, la fontaine du village était leur lieu de rendez-vous, puisqu'elles étaient chargées de la corvée d'eau. Même s'il n'était pas un lieu de délibération officiel, il était un lieu d'échange important. Les femmes y discutaient activement et par ce biais savaient donner des recommandations aux hommes une fois revenues à la maison. Elles y amenaient leurs enfants en bas âge. Sa fréquentation était strictement interdite aux hommes. Cette interdiction est forte : même un jeune homme qui savait qu'une jeune fille lui était promise ne devait pas s'y rendre. Ceci aurait entraîné une malédiction pour son futur couple. La fontaine est lieu de l'eau, source de vie. Elle est le lieu exclusif des femmes qui symbolisent la vie et sa renaissance.
Dans la société traditionnelle, les mondes masculins et féminins étaient séparés, mais la femme n'y était respectée. La maîtresse de maison était considérée comme le pilier de la famille. L'homme vaquait aux affaires extérieures : le dur travail des champs, faire le marché et gérer l'argent de la famille. La femme restait en principe chez elle. Elle tenait la maison, élevait les enfants. Elle s'occupait des animaux, faisait de la poterie et du tissage. Elle avait aussi en charge la corvée d'eau et le ramassage du bois. Lorsqu'elles avaient du temps libre, les femmes se recevaient entre elles à la maison. Entre les enfants et le père, la femme tenait le rôle de médiatrice, un enfant n'ayant pas à interpeller son père. Celui-ci est le chef de famille au sens fort : il est le gardien de l'honneur de sa famille, mais il pouvait difficilement ne pas tenir compte de l'avis de sa femme.
Le travail des femmes était respecté autant que celui des hommes. Sur ce point, l'ancienne société kabyle était égalitaire. Par exemple, la mise en place du métier à tisser donnait lieu à une fête. Lorsqu'il fallait couper du bois, c'est bien sûr l'homme qui s'en chargeait. La femme, au nom du partage des tâches, portait ensuite le bois jusqu'au foyer. On trouvera une multitude de partages de tâches de ce type dans la société kabyle ancienne.
Une faute grave à l'égard d'une femme était une faute d'honneur, que sa famille défendait comme telle. Lorsqu'un homme parlait à une femme, il se devait de se montrer poli et respectueux.
La femme est protégée par les hommes. Elle est considérée comme une personne à part entière, mais ce sont aux hommes de sa famille de la défendre par la force si nécessaire, parce qu'elle est considérée comme ne pouvant pas se défendre physiquement. Ainsi proférer des injures en présence d'une femme, même à raison, ou des plaisanteries graveleuses, est proscrit. Les femmes kabyles, quand un homme exagère par ses propos, savent vite lui rappeler les limites à ne pas dépasser. Elles rappellent le respect qui leur est du. S'il insiste, les hommes réagissent, en exigeant d'abord des excuses, et s'ils ne les obtiennent pas, en chassant celui qui en est l'auteur, si nécessaire par la contrainte physique. Ces pratiques de respect existent toujours. Elles se sont transmises dans l'immigration et mieux vaut soigner son langage en présence de femmes. Ceci est d'autant plus recommandé que lorsqu'un homme est correct, les femmes font preuve de beaucoup d'attention à son égard, y compris à l'égard d'un étranger.
Entre hommes, on peut s'injurier, ce qui est assez courant, voir se battre, pratique qui n'est évidemment pas recommandée. Alors les hommes sont alors d'égal a égal, par la parole, voire par la force physique. Ils défendent leur honneur respectif. Si une femme de la famille est présente tout change : l'honneur de cette femme (et donc de la famille) a été insulté, et elle ne doit pas assister à ce genre de rivalité. Si un homme a été injurié, et pire, s'il a été provoqué en bagarre en présence de son épouse ou d'une femme de sa famille (sœur, tante, mère, grand-mère, cousine, etc..), même à raison, c'est l'honneur de la famille qui a été atteint, et il ne le pardonnera pas.
Il existait, dans la société traditionnelle, une hiérarchie, ou plus exactement un ordre des femmes mais il était caché. Les vielles femmes y tenaient un rôle important, de par leur expérience et leur sagesse. Ceci ramène à un autre aspect. A une vielle femme que l'on croise au village en Kabylie, on lui dit par politesse et même si on ne la connaît pas "A Tamghart", ce qui se traduit littéralement par : "Salut la vieille". Ce terme n'est pas péjoratif. Il signifie au sens figurer "Salut, vénérable femme". La vieillesse est sagesse et honneur, pour la femme comme pour l'homme.
Spirituellement les femmes jouaient un très grand rôle : elles étaient considérées comme des médecins de l'âme, capable de chasser les mauvais esprits, ce dont les hommes sont incapables. Ainsi, dans la tradition, avant que tout le monde ne s'endorme, la maîtresse de maison faisait le tour de la maison avec une bougie pour chasser les mauvais esprits. Lorsque l'on croyait que la maison était possédée, c'est elle qui consultait le marabout et exécutait les rites magiques de purification. Dans tous les actes de l'entretien de la maison, elle savait chasser les mauvais esprits, par exemple en balayant et nettoyant la maison, ou en crépissant les murs. Inversement, elle savait comment garder les bons esprits dans la maison, en les nourrissant.
Lorsque la situation était particulièrement critique, on s'en remettait aux femmes. En cas de sécheresses graves, la procession à Anzar, pour obtenir la pluie, était leur affaire. Si on craignait une malédiction dans le village, ce sont les femmes qui déclenchaient Timzeght, le sacrifice des bœufs.
Par le passé, les femmes avaient aussi un rôle important lors des conflits entre tribus. Souvent, avant une guerre, les tribus envoyaient des délégations de femmes qui tentaient une ultime négociation, souvent avec succès.
Dans la vie courante, la condition de la femme était la conséquence de la primauté de la lignée masculine. Celle-ci s'exerçait surtout dans le mariage. Il n’était pas l’affaire des futurs mariés mais des familles. Le jeune homme pouvait être fiancé très jeune, parfois avant l'âge de dix ans. Une fois majeur, il pouvait s’opposer à ce choix, par l’intermédiaire d’un ami. Cette opposition était rare, mais dans ce cas, son père pouvait éventuellement modifier son choix. Quant à la jeune fille, elle apprenait le plus souvent qu’elle allait être mariée après que l’accord soit conclu. Elle pouvait être mariée très jeune, dés 12 ou 13 ans(2). La jeune fille kabyle était entièrement éduquée dans cette condition d’acceptation du mari qui lui serait imposé. Les rituels de mariages, qui étaient très complexes dans la société kabyle sont décrits sans la page "Le mariage Kabyle".
Comme dans toutes les sociétés méditerranéennes traditionnelles, la virginité de la jeune fille était une condition impérative au respect de l'honneur de sa famille. Le viol ou la tentative de viol d'une jeune fille était considéré comme un crime, qui obligeait la vengeance par la mort du violeur, et n'acceptait aucun pardon. Tous les hommes adultes de la famille se devaient d'exécuter la sanction, ou d'aider à son exécution en attirant par exemple le coupable dans un piège.
Ceci explique aussi que la jeune fille enceinte hors mariage était victime d'un sort très dur. On pensait qu'elle avait déshonoré volontairement la famille.
Dans la société traditionnelle, les femmes étaient exhérédiées. Elles ne pouvaient prétendre à aucun héritage. Lorsqu’une femme se mariait, elle restait étrangère à la famille de son mari, n’ayant aucun droit sur les propriétés de celui-ci. Si son mari mourait, l’héritage revenait aux descendants masculins de son mari, et à défaut à ses frères.
Cette règle était apparemment extrêmement dure. Mais dans la réalité, elle était tempérée par les usages :
Quand la propriété la permettait, on accordait un habous à la veuve. Le habous est une propriété de terre cultivable, dont elle possédait l'usufruit. Si elle reste la propriété de la famille du mari, au moins la femme pouvait pourvoir à sa subsistance en cultivant la terre.
L'honneur obligeait les hommes de prendre en charge ses parentes orphelines, veuves ou répudiées. Même dans la pire misère, ils se devaient de leur donner un minimum de nourriture. Ils préféraient se priver durement que de faillir à cette règle de solidarité et d'honneur.
Dans le village kabyle, tout le monde se connaissait. Comme dans toute société humaine, il arrivait des adultères, d'autant que bien des couples étaient mal mariés. Si une femme trompait son mari, celui-ci réagissait selon le code de l'honneur : il s'empressait de tuer l'amant. S'il y renonçait, sa propre famille l'y poussait. Les cousins ou les oncles pouvaient se charger de cette tâche à sa place, mais il encourait le déshonneur. Une famille riche pouvait même, pour éviter de se voir mouiller dans une affaire criminelle, recourir au service d'un tueur à gage. La famille de l'amant se retrouvait dans l'impossibilité de venger le crime, puisqu'il avait par son acte, manqué à l'honneur de son propre clan. La femme n'avait pas d'autre solution que de se soumettre au mari, s'il voulait bien ne pas la répudier. Cependant, le mari ne pouvait pas se venger sur sa femme, qui restait membre de sa famille d'origine.
Lorsqu'un homme trompait sa femme, il avait tout intérêt à le faire avec une femme célibataire sans quoi il aurait mis sa vie en jeux. On l'aurait en effet accusé d'avoir séduit une femme mariée. Prendre comme maîtresse une femme célibataire avait un avantage : il pouvait répudier sa légitime et se remarier. Dans ce système, on le voit, l'homme est avantagé.
Enfin, les naissances hors mariages n'étaient pas acceptées dans l'ancienne société kabyle. Une jeune fille enceinte hors mariage encourait purement et simplement la mise a mort. Il en allait de même de la veuve enceinte. Encore actuellement dans bien des villages, une femme non mariée et enceinte est considérée comme un grave déshonneur. Dans le meilleur des cas, la famille fait en sorte qu'elle puisse aller accoucher à l'hôpital, mais elle doit abandonner immédiatement son enfant à l'assistance publique, qui est très insuffisante en Algérie. Dans le pires des cas, ce sont des tentatives de meurtres qu'elles subissent... Dans les hôpitaux comme celui de Tizi Ouzou, il arrive encore des femmes enceintes épuisées dans un état déplorable. Elles portent souvent des traces de coups, quand ce n'est pas des fractures des côtes ou des membres. Elles ont été chassées par leur famille et ont parcouru à pied des dizaines de kilomètres. Elle n'ont qu'une solution : accoucher et abandonner leur enfant. A son retour au village, le plus souvent, la femme est mise à l'index et doit survivre comme elle le peut, dans la misère et sans l'entraide collective. Il arrive bien souvent que des femmes bannies ne retournent pas dans leur village. Elles se retrouvent à la rue. Certaines de ces pratiques se perpétuent. Aucune recherche n'est faite par les autorités sur bons nombres de meurtres de jeunes femmes.
On en jugera aisément, le sort de la femme kabyle n'était et n'est pas toujours enviable, loin de là. La femme, dans la société kabyle ancienne, se devait avant tout d'être mariée et mère. Hors de ce statut, il n'y avait aucun salut pour elle. Ce n'est pas pour rien si un proverbe kabyle dit "La place de la femme, même un chien n'en voudrait pas".
publié par INCONNU dans: Histoire
AURES : Révolte de 1916
Par : Ammar NEGADI
A titre indicatif :
Le Centre Mac—Mahon / Aïn Touta créé en 1872 avait une superficie de 922 hectares répartis en 20 lots agricoles de 24 ha, soit 480 ha. Reste 442 ha divisés en deux lots industriels.
Quant à la commune proprement de Mac-Mahon elle avait une superficie de 283 852 ha occupée par 391 français et 34 066 «indigènes».
Sur ces bases, on peut faire un calcul simple qui démontre que la colonisation avait divisée en deux un territoire, refouler la population locale sur une moitié (la moins bonne …) et distribuer l’autre aux colons.
Dans le cas de Mac-Mahon / Aïn Touta 34 000 «indigènes» sur 18 000 ha et 400 français sur 16 000 ha.
Bibliographie :
Ageron Ch.-R. : «Les troubles insurrectionnels du sud Constantinois Novembre 1916. - Janvier 1917» in «L’Algérie Algérienne de Napoléon III a de Gaulle». Paris, 1980,
DEJEUX (Jean) : «Le bandit d’honneur en Algérie : de la réalité et de l’oralité à la fiction», Paris, Awal, La Boîte à Documents, Etudes et Documents Berbères, Volume 4, 1988, pp. 39-60, 63 notes, ill., ann.
Depont O. : «Les troubles insurrectionnels dans l’arrondissement de Batna en 1916. 1917», Alger,
Depont O. : «Pages d’histoire, une insurrection en Algérie 1916-1921», Revue de l’Afrique du nord.
LETAN (Robert : «La révolte des Aurès de 1916 dans les Aurès», 572 pages, nombreuse photos d’époque. Table des index de nom propres et de lieux. Est disponible chez l’auteur R. Letan 36, rue de l’Isère 20100 Casablanca
SOUGUENET (L.) : «Mission dans l’Aurès (1915-1916)», Paris, La Renaissance du livre, 1928,
St Arnaud : «Lettres du Maréchal St Arnaud sur ses compagnes dans l’Aurès»,
Abdelhamid ZOUZOU : «L’Aurès au temps de la France coloniale. Evolution politique, économique et sociale (1837-1939)». Alger, Ed. Houma, 2001, 1 996 p. en 2 volumes.
(L’auteur, professeur en histoire contemporaine à l’université d’Alger, a passé quinze années de recherche et de documentation pour présenter une thèse de doctorat d’Etat à l’université Paris XII, 1992, sous le titre : «L’EVOLUTION POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE DE LA REGION DE L’AURES (1837-1939)». Dans sa préface, Charles-Robert Ageron, professeur à l’université Paris XII, écrit que la thèse de Zouzou est une encyclopédie de savoir et de connaissances, mais aussi une histoire construite et expliquée où les Algériens retrouveront, présentés dans une problématique post coloniale, tous les traits caractéristiques de la domination coloniale. «Au total, cette thèse écrite directement en français par un universitaire de langue arabe retient l’attention par l’ampleur de son information, le classicisme de sa facture et la solidité de ses démonstrations». Quant à l’auteur, il souligne que le fait d’être originaire des Aurès n’explique en rien son choix, la raison la plus simple, c’est que cette partie de l’Algérie n’a fait l’objet d’aucune étude académique. Le choix chronologique n’est pas non plus fortuit : il marque la chute du Beylik Echark, l’année 1837 a été prise comme point de départ parce qu’elle coïncide avec le déclenchement de la résistance auressienne ; laquelle n’avait pas attendu l’arrivée de l’armée à Batna, en 1843, pour se manifester. Quant à 1939, cette date correspond au commencement du conflit mondial, «En ce sens elle trace une limite séparant nettement l’ancienne époque d’une nouvelle phase caractérisée par une entière prise de conscience politique tout à fait apte à agir contre le système colonial». Cette étude, riche et massive, et parfois «confuse» en son déroulement, est centrée la région auressienne : la colonisation française n’a engendrée que régression.
Liste des extraits :
A - Causes de la résistance des Aurès
B - Révolte des Aurès de 1916 (Rapport Depont)
C - Charles-Robert AGERON : LES ALGÉRIENS MUSULMANS ET LA France (1871-1919)
D - Gilbert MEYNIER : «L’Algérie révélée», Genève-Paris, Lib. Droz, 1981, pp. 591-598
E / Les troupes coloniales dans la Grande Guerre, (Jauffret)
F / Abdelhamid ZOUZOU : «L’AURES au temps de la France coloniale. EVOLUTION POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE (1837-1939)»
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A / Causes de la résistance des Aurès
Les causes de l’insurrection relèvent de plusieurs facteurs parmi lesquels la dégradation des conditions sociales, politiques et économiques qui eurent des incidences directes sur les Algériens lesquels vivaient une situation dramatique en raison de la famine, des épidémies et des lois scélérates dont le Code de l’indigénat, parallèlement à la propagation de la misère et la cherté de la vie.
La conjugaison de tous ces facteurs suffisait à elle seule pour déclencher l’insurrection bien que certains historiens aient évoqué également le rôle joué par les confréries soufies dans l’incitation des Algériens à la révolte et la rébellion.
Par-dessus tout, le mécontentement qui s’est répandu chez les Algériens en raison de la promulgation de la loi sur la conscription obligatoire en 1912 est considéré comme l’étincelle qui a entraîné l’explosion de la situation.
En dépit du fait que cette loi avait suscité l’adhésion de certains lettrés du mouvement des jeunes algériens à tendance libérale, qui y voyaient un moyen d’intégration selon eux, elle rencontra néanmoins une violente opposition de la part du public. Le rejet de la conscription obligatoire par les Algériens s’est amplifié après l’arrivée de nouvelles inquiétantes sur la mort par milliers de jeunes conscrits au cours des batailles terribles qui se déroulaient en Europe, puisque le ministère de la guerre français avait enregistré en octobre 1916, 7822 tués, 30.354 blessés et 2611 prisonniers.
En 1916, la France avait un besoin pressant de troupes supplémentaires et pour cela, elle décida d’enrôler les jeunes ayant atteint l’âge de 17 ans pour les envoyer au front dans les plus brefs délais.
Par ailleurs, la mise sous séquestre à l’orée du vingtième siècle des terres appartenant aux habitants de Aïn Touta, Merouana et Sériana dans la région des Aurès afin d’établir des centres d’implantation pour les émigrés européens et créer des communes mixtes dont la commune de Belezma en 1904, fut à l’origine du déclenchement de troubles dans la région et amena la cour d’assises de Batna à prononcer diverses peines de prison à l’encontre des accusés. En guise de représailles, les Algériens refusèrent de se soumettre aux lois du colonisateur. Les adversaires de la loi sur la conscription obligatoire déclarèrent en décembre 1914 qu’ils bénéficiaient du soutien des Turcs et des Allemands pour la libération de l’Algérie.
A l’instar de la résistance de Béni Chougrane en 1914, celle des Aurès en 1916 différait des insurrections du 19ème siècle sur divers points dont les plus importants sont:
- L’insurrection n’avait aucune relation avec les confréries et les zaouias
- Elle ne s’est pas déclenchée en raison de l’opposition des grandes familles et des notables au colonialisme.
- Elle n’a pas eu lieu en raison de la faible présence de troupes militaires françaises comme ce fut le cas en 1870 et 1871.
Cette insurrection fut une forte réaction collective contre la politique militaire coloniale représentée par les lois de 1907 et 1912 portant sur la conscription obligatoire des jeunes ainsi que le service du travail obligatoire dans les fermes et les usines en France.
Les étapes de la résistance des Aurès
L’insurrection des Aurès débuta effectivement le 11 novembre 1916 lorsque les populations de Aïn Touta et Barika se rassemblèrent au village de Boumaza et s’accordèrent à déclarer la guerre sainte aux impies. Cette nouvelle se propagea rapidement dans les villages et des centaines d’hommes répondirent à l’appel sacré. Ceci poussa les Français à couper toutes les communications entre la région et le monde extérieur en interdisant les déplacements et les voyages de et vers les Aurès.
Les insurgés réagirent en détruisant les câbles du téléphone, du télégraphe et les ponts. Par ailleurs, ils attaquèrent les domiciles et les biens des Européens, visant particulièrement les agents de l’administration coloniale dans tous les villages et hameaux.
Les opérations des résistants contre les intérêts français s’intensifièrent, touchant le fort administratif «Mac Mahon», ce qui se solda par la mort du sous-préfet de Batna et la destruction du fort après que la garde militaire française se fut enfuie en l’abandonnant.
Tandis que l’administration coloniale sous-estimait ces événements, les insurgés entreprirent d’encercler la ville de Barika le 13 novembre 1916 pour attaquer un convoi français le lendemain.
Devant l’aggravation de la situation et l’extension de l’insurrection, le gouverneur général d’Algérie demanda des renforts militaires supplémentaires, en insistant sur la nécessité de recourir à l’aviation pour terroriser les populations, notamment après que 10 soldats français furent tués lors des accrochages du 5 décembre 1916 lorsque les troupes françaises avaient attaqué les rebelles qui s’étaient réfugiés dans les monts Mestaoua.
A cet effet, la France retira le bataillon 250 du front en Europe pour l’envoyer en Algérie, le nombre de soldats français dans les Aurès ayant atteint ainsi 6000 hommes commandés par le général «Monnier». Le commandement militaire fit venir les avions de guerre du type de ceux qui étaient en Tunisie pour les envoyer vers la région des Aurès.
Au début de Janvier 1917, on dénombrait plus de 14000 soldats basés dans les Aurès, équipés d’armes des plus modernes en vue de liquider définitivement l’insurrection et réprimer ses animateurs.
Entre novembre 1916 et la fin du mois de mai 1917, les troupes coloniales ont commis les pires crimes contre les populations désarmées en représailles contre la poursuite de la résistance. La preuve la plus édifiante de ce qui fut commis par les Français durant cette période est le rapport établi par la commission parlementaire française qui s’est penchée sur la politique pratiquée par les Français, basée sur les assassinats par toutes sortes d’armes, la terre brûlée et la saisie des biens des populations. Ne se contentant pas de cela, la France emprisonna plus de 2904 révoltés, accusés de rébellion et de provocation de troubles. 825 Algériens furent présentés devant les tribunaux et 805 d’entre eux furent condamnés à environ 715 ans de prison au total tandis que 165 furent dirigés vers les tribunaux arabes à Constantine et 45 vers le tribunal de Batna qui prononça à leur encontre 70 ans de prison.
Les condamnés furent soumis à des amendes totalisant 706656 francs français et l’administration coloniale saisit environ 3759 fusils de chasse anciens, 7.929 ovins, 4511 caprins et 266 bovins.
Compte tenu de la gravité de la situation, le gouvernement français s’empressa de placer l’ensemble de la région sous administration militaire aux termes du décret du 22/11/1916.
En dépit du fait que les espoirs fondés par les Algériens, à travers la résistance des Aurès en 1916, de se débarrasser du colonialisme et de sa tyrannie, ne se soient pas concrétisés, les conséquences de cette insurrection et les drames qu’elle engendra demeurèrent gravés dans les esprits des habitants de la région, dans les écrits des historiens et les œuvres des poètes jusqu’au déclenchement de la Révolution du premier novembre.
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B / REVOLTE DES AURES DE 1916 (contre la conscription)
Rapport de Monsieur l’Inspecteur général des Communes Mixtes, Directeur intérimaire des Territoires du Sud, concernant les troubles insurrectionnels de l’arrondissement de BATNA en 1916
Par Octave Depont, en date du 1er septembre 1917
Chapitre I
Le pays et ses habitants
Tribus ayant pris part en totalité ou en partie à l’insurrection
Organisation administrative
L’arrondissement de BATNA est la plus grande circonscription administrative du Département de CONSTANTINE
Sa superficie est de 1.518.172 hectares. A part SETIF, celles des quatre autres arrondissements est à peu près le tiers de ce chiffre
Par contre, sa population européenne est la plus faible. 7102 français et 1093 étrangers, contre 289.898 indigènes divisés eux-mêmes en 141.359 arabes et 99.209 berbères.
L’arrondissement compte quatre communes de plein exercice et cinq communes mixtes.
Communes de plein exercice : BATNA, BISKRA, LAMBESE, KHENCHELA.
Communes mixtes : AURES, KHENCHELA, AIN TOUTA, BARIKA, BELEZMA, AIN-ELKSAR.
Il y a peu de colonisation.
Dans son enquête sur les résultats de la colonisation officielle de 1871 – 1895, Monsieur DE PEYERIMOFF, parlant les HAUTS-PLATEAUX, s’exprime ainsi : «Plus fâcheux encore (que pour le plateau de CONSTANTINE) apparaît à l’état de la colonisation dans la région de la BATNA où l’on a hasardé une douzaine de périmètres. Terres souvent maigres, climat sec, emplacements parfois médiocrement sains, peuplement faible, et, pour les lots de ferme, vente sans obligation de résidence ni limitation de la faculté d’achat, bien des causes ont agi, on le voit, pour préparer un échec qui, dans l’ensemble, est visible. Dans les groupes de fermes, la population française a pratiquement disparu. Au contact de cette population faible, les indigènes ne progressent pas non plus, et leur situation économique reste, elle aussi, médiocre»….
Quelques nouveaux centres : BAGHAI (KHENCHELA) CORNEILLE et BERNELLE (BELEZMA) ont cependant mieux réussi que les anciens. CORNEILLE compte 265 européens, BERNELLE, 254.
La population indigène habite les massifs montagneux principaux de l’AURÈS, du BELEZMA, du METLILI, et les plaines environnants.
L’AURES est compris dans le quadrilatère BATNA, BISKRA, KHANGA SIDI NADJI, KHENCHELA. Sa longueur de l’Est à l’Ouest, est d’environ 100 Kilomètres ; sa largeur est à peu près la même du Nord au Sud. Il renferme, on le sait, la plus haute cime de l’ALGÉRIE, le CHELIA (2328m.)
Comme l’AURÈS, le BELEZMA qui s’étend à l’Ouest de la route de CONSTANTINE à BATNA jusqu’aux N’GAOUS et jusqu’aux plaines du Sud de SAINT-ARNAUD, est un massif difficile est compliqué, ses plus hauts sommets ne dépassent pas 200 mètres. Dans le sens se la longueur, il a environ 80 kilomètres alors que sa plus grande largeur n’est que de 25 kilomètres.
L’AURES sera bientôt traversé par deux routes principaux : MENAA et ARRIS. Bientôt, les touristes pourront visiter, en pleine sécurité, les gorges de TIGHANIMINE, de BANIANE, de MCHOUNECHE, la curieuse DJEMINA, et d’autres sites également pittoresques et beaux.
Le BELEZMA n’est guère percé que par des chemins muletiers. Seulement, une route en fait le circuit qui comporte plus de 200 kilomètres de développement.
Il renferme le massif célèbre de la MESTAOUA, une grande forteresse naturelle, formé par des escarpement à pic qui, depuis des siècles, a été l’oppidum de tous les révoltés et de tous les mécontents du pays en 1771, contre SALAH Bey ; en 1974 contre MOSTEFA Bey BEN OUZNADJI, en 1811 contre HAMANE Bey ; en 1818, contre MOHAMMED TCHAKER Bey ; en 1871, (1) et en 1816 contre nous.
Dans son histoire des Beys de CONSTANTINE, Monsieur .VAYSETTES (2) parlant de l’expédition du Bey BEN OUZNADJI, dit que celui-ci ne put forcer le repaire de la MESTAOUA qu’en y faisant mettre le feu et tuer tout ce qui s’y trouvait. «Son infanterie et ses goums furent décimés… on était obligé d’emporter chaque jour les morts avec des filets, pour ne pas livrer leurs cadavres à la férocité de l’ennemi.»
Nous dirons plus loin, ce que furent notamment les résistances de 1871 et de 1916, dans la MESTAOUA.
Le METLILI
Le METLILI, massif isolé, s’élève au-dessus de la plaine de SEGGANA-SEFIANE au Nord- Ouest, de la plaine d’EL OUTAYA au Sud-Est et de L’oasis d’EL KANTARA au Nord Est. Il est constitué par une série de rides parallèles orientées Nord-Est et dont les plis ont serrés comme les fronces d’une étoffe.
Sa longueur est de 45 Kilomètres environ, et sa largeur est, en moyenne, de 15 Kilomètres.
Le point culminant est le DJEBEL-METLILI à 1495 mètres, où se trouve un poste optique communiquant avec AUMALE Dans la partie Nord du Massif et sur le versant d’EL KANTARA, on rencontre de nombreuses excavations naturelles dans les rochers. Les indigènes en ont aménagé quelques unes pour y habiter l’hiver.
Le METLILI, et surtout le poste optique, sont très appréciés des touristes qui se rendent volontiers d’EL KANTARA dans cette montagne aride et imposante.
Sans remonter jusqu’à un lointain passé historique, qui peuple le pays des Libyens et de Gétules, de Juifs, de Mazyques et de Marmarides (3) nous arrivons, tout de suite, au berbère qui est le fond de la race nord africaine, et que les ethnologues modernes divisent en cinq groupement principaux :
Au Nord, le groupe Kabyle,
A l’Ouest, le groupe Berbère de l’Atlas marocain,
Au Sud, le groupe des Touaregs,
A l’Est, le groupe des Chaouias, de l’AURÈS et du BELEZMA,
Au centre, le groupe des Mozabites.
Tous ces groupes sont plus ou moins caractérisés, en ce sens qu’ils ont, plus au moins, été pénétrés par les Arabes, sauf pour ce qui est des Touaregs et des Mozabites.
Cette pénétration favorisée par les invasions et les circonstances, n’a cependant guère atteint les Chaouis de l’AURÈS et du BELEZMA, race invinciblement rétive. Fermée, ou à peu près, par ses défenses naturelles, à toute invasion, race qui a vu passer tous les conquérants sans se laisser pénétrer par aucun.
Constamment en guerre entre elles, comme toutes les tribus de L’AFRIQUE DU NORD, ces populations, à part les apports des vaincus auxquels elles accordaient asile, ont gardé, dans chaque canton, dans chaque village même, juxtaposés, mais non confondus, vivant sur un même sang, tous leurs caractères sociologiques spéciaux.
Bien entendu, il faut faire exception pour les plaines où, plus abordables, les Chaouis sont plus ou moins arabisés.
Des remaniements de territoires ayant, à diverses reprises, notamment depuis 1904, été opérés dans les communes mixtes d’AIN TOUTA, du BELEZMA et de BARIKA, du fait de la création du BELEZMA, de la suppression de l’ancienne commune mixte des OULED SOLTANE, et de la remise au territoire civil de l’annexe de BARIKA, il en est résulté que des tribus ont été disloquées pour passer, par parties, dans l’une ou dans l’autre des trois circonscriptions subsistantes.
Nous les présenterons donc, au fur et à mesure que le récit nous y conduira, sans tenir compte des divisions administratives actuelles.
Au surplus, le tableau ci-dessous nous indiquera le partage des tribus que nous avons à étudier comme ayant pris part, en totalité ou en partie, au soulèvement :
Nom des Tribus Douars ayant pris part à l’insurrection Territoires auxquels ces Douars ont été incorporés
Arrondissements
L a k h d a r
Halfaouias
Ouled Soltane
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Ouled Bou Aoun
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Ouled Chelih
Hodna Oriental
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Saharis
Beni Bou Slimane
Djebel Chechar
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Segnias
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Maadid
Les Lakhdar Halfaouia
BRIKET
TILATOU
SEGGANA
OULED AOUF
MARKOUNDA
OULED SLIMANE
SEFIANE
N’GAOUS
OULED FATMA
MEROUANA
OUED EL MA
OULED CHELIH
DJEZZAR
BARIKA
METKAOUAK
NAGRA
AIN KELBA
BITAM
ZELLATOU
OULDJA
CHECHAR
OULED SEBAA
OULED MESSAAD
OULED ACHOUR
OULED GACEM
MAADID
AIN TOUTA
AIN TOUTA
BARIKA
AIN TOUTA
BELEZMA
BARIKA
BARIKA
BARIKA
BELEZMA
BELEZMA
BELEZMA
A I N T O U T A & BELEZMA
BARIKA
BARIKA
BARIKA
BARIKA
BARIKA
BARIKA
AURES
KHENCHELA
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AIN MLILA CONSTANTINE
AIN MLILA CONSTANTINE
AIN MLILA CONSTANTINE
AIN MLILA CONSTANTINE
MAADID SETIF
BRIKET……………………2303 habitants
TILATOU……….…….……2281 habitants
Les indigènes de cette tribu proviennent, pour son noyau principal, qui a donné son nom à la confédération, des Lakhdar, arabes émigrés du Sud. La seconde qualification Halfaouia viendrait de la grande quantité d’alfa qu’on rencontre dans cette région.
D’autres habitants sont issus d’émigrés partis de divers points de l’AFRIQUE, entre autres du MAROC, et de l’ALGÉRIE (BOU THALEB et SETIF).
Les Briket, de race arabe, renferment une sous fraction (les Ouchechna) d’origine zénatienne.
Ces Lakhdar Halfaouia (4) avaient reconnu l’autorité des Turcs ; ils payaient l’impôt entre les mains du cheikh de BELEZMA. Ils se soumirent à la FRANCE en 1844.
Au moment du siège de ZAATCHA (1849), ils se jetèrent dans l’insurrection, et s’y firent remarquer par d’audacieuses attaques contre nos convois ; mais la prise de cette oasis les ramena promptement dans le devoir.
Le vaste territoire détenu par les Lakhdar Halfaouia s’étend, du Nord Est au Sud Ouest, depuis BATNA jusqu’aux plaines du HODNA.
Le douar BRIKET, le moins étendu de la tribu, a une superficie de 8897 hectares, dans lesquels sont englobées les terres de colonisation du centre de MAC MAHON. Les terres y sont melks.
Ses habitants sont sédentaires ; ils se livrent à la culture de céréales et à l’élevage du mouton, lequel constitue leur principale ressource. Les céréales rapportent peu, en effet, excepté dans les terres avoisinant l’Oued El KSOUR, qui peuvent recevoir des irrigations.
D’ailleurs, le douar BRIKET est soumis aux mêmes influences climatériques que MAC MAHON ; la sécheresse s’y fait durement sentir dans toute la zone située entre EL BIAR (LAMBIRIDI) au Nord, et les TAMARINS au Sud, et l’on ne peut guère compter sur une récolte moyenne que tous les dix ou douze ans.
C’est dire que la population est loin d’être aisée. Aussi bien, chaque année, la société de prévoyance lui vient-elle en aide par des secours en grains.
Des épidémies (typhus de misère et variole) y ont causé plusieurs fois des ravages et fait d’assez nombreuses victimes, notamment en 1900.
Les gens de BRIKET passaient pour être dociles, encore que, depuis longtemps, ils aient eu comme cheikhs, des hommes de peu d’autorité et de prestige.
Le dernier LOUCHENE Rahmani, s’est, nous l’avons vu, prudemment enfui de MAC MAHON dès les premiers coups de feu de la rébellion.
Le douar limite le territoire de colonisation de MAC MAHON dans la partie Nord-Ouest. Pour arriver à MAC MAHON, les bandes armées de SEGGANA, SEFIANE, OULED AOUF et TILATOU ont été obligées de traverser le territoire de BRIKET. Il aurait donc été facile aux gens du douar de franchir les 4 ou 5 kilomètres qui les séparent du village pour y donner l’alarme. Or, non seulement ils ne l’ont point fait, mais encore ils se sont joints aux rebelles. Ce qui le prouve c’est la découverte dans plusieurs mechtas, d’étoffes volées à MAC MAHON, et celle du cadavre d’un indigène de ce douar, percé de balles Lebel, dans la nuit du 11 au 12 novembre.
La compromission des indigènes de BRIKET est donc bien établie. Constamment au village, ils étaient au courant de la disposition des locaux, et même, dans l’incursion faite au bordj, on peut y voir la main de deux anciens cavaliers de la commune mixte que nous avons 5 Voir le chapitre Maraboutisme déjà présentés, les sieurs «LOUCHENE» MOKHTAR et «LOUCHENE» HAFSI, devenus depuis l’abandon forcé de leur emploi, des religieux fanatiques.
D’autre part, l’affaire des TAMARINS est presque exclusivement l’oeuvre des gens de BRIKET.
Nous ne trouvons pas à BRIKET d’indigènes appartenant à de vieilles familles marquantes. Le personnage le plus influent est le nommé «SAHRAOUI « MOHAMMED BEN AMAR,
moqaddem des RAHMANIA et serviteur du marabout de TOLGA. Si SAHRAOUI possède 150 khouanes. C’est lui on le sait qui a sauvé Mme MARSEILLE et ses fillettes.
Son geste évidemment très beau, à premier vue, n’est peut être pas à la réflexion, une preuve convaincante de son loyalisme.
Il a fait, à propos de sa présence à MAC MAHON dans la nuit du crime, une déposition si invraisemblable que nous sommes amenés à suspecter sa bonne foi.(5)
Douar TILATOU
Le douar TILATOU, quatre fois plus étendu que BRIKET, est peuplé également par des sédentaires qui l’hiver, habitent, en partie, les grottes du METLILI.
Comme leurs coreligionnaires de BRIKET, ils s’adonnent à la culture des céréales et à l’élevage de mouton. Leurs terres sont melks. Cependant les superficies cultivées y sont moindres qu’à BRIKET, bien que TILATOU soit soumis à des pluies plus régulières que son voisin.
La misère physiologique y sévit comme à BRIKET. L’autre misère aussi.
Avant la conquête, les TILATOU y remédiaient temporairement, en se faisant les gardiens pillards des portes et des passages du Sud. Ils semblent qu’ils aient gardé de ce passé une certaine indépendance que favorise leur territoire accidenté et leur genre de vie même.
La légende (est-ce bien une légende ?) leur prête une origine juive. La voici à peu près telle qu’on nous l’a rapportée.
TILATOU (autrefois EL KHAMMES) était, dit-on, habité par des israélites qui faisaient du commerce avec le Sud, surtout avec la ville de BISKRA. Lorsque SIDI OKBA, retour du MAROC, vint s’installer dans la région, il voulut débarrasser le pays de ses habitants non musulmans.
Profitant de ce que les juifs de TILATOU s’étaient rendus, certain jour, à BISKRA, il posta ses gens auprès d’un col qui traversait la route à deux kilomètres S.E environ de MAC MAHON. Quand les juifs revinrent, ils furent tous massacrés à cet endroit connu depuis sous le nom de «col des Juifs». Il existe encore des tombes que les gens du pays montrent comme étant celles des victimes de ce guet-apens.
Après l’assassinat, les gens de SIDI OKBA prirent, comme épouses, les femmes des TILATOU, et, par la suite, reconstituèrent la nouvelle population de sang mêlé, du douar.
Nombre de gens de TILATOU ont, en tous cas, le faciès israélite, et, de plus, la bosse du commerce.
En ce qui concerne les troubles de novembre 1916, leur participation est nettement établie.
Le 18 novembre, au cours d’une opération, on a retrouvé, dans la région de l’Oued BERRICHE, un des fusils modèle 1874 et 42 cartouches provenant du Bordj administratif.
D’autre part, des perquisitions faites dans les mechtas GHASSEROU. BERRICHE et METLILI, amenèrent la découverte d’une partie des étoffes volées au village.
L’opération militaire du 18 novembre, fut marquée par la résistance des habitants des mechtas précitées qui, réfugiés sur les hauteurs dominant leurs groupements, faisaient feu sur la troupe. Un tirailleur sénégalais fut tué. Une deuxième démonstration faite, fin janvier, dans le METLILI, ne donna lieu à aucun incident. Cependant, l’autorité militaire découvrit un réduit défensif solidement établi en un point si escarpé qu’il fallut l’aide du canon pour le détruire. En outre, des militaires ayant mis le feu à un gourbi isolé et abandonné, une très forte explosion se produisit, décelant un approvisionnement de poudre.
C’est dans le METLILI, que le bandit «BENALI» MOHAMMED BEN NOUI, se réfugiait avec ses compagnons, déserteurs pour la plupart. Le réduit défensif est très vraisemblablement l’oeuvre de ceux-ci.
A part deux moqaddems de RAHMANIA, n’ayant qu’une influence locale, il n’y a pas de personnages marquants dans le douar TILATOU.
Au miment où les évènements se sont produits ; le cheikh du douar était le kabyle «BEN YOUCEF» SMAIL, ancien Khodja de commune mixte, qui n’avait aucune autorité dans son territoire où il ne se rendait qu’avec appréhension.
Les propos tenus par lui suffisent à édifier sur sa valeur morale et professionnelle. «Où étiez-vous, lui demandait-on, quand les rebelles assassinaient le brigadier forestier des TAMARINS à proximité de votre bordj ?» Je me tirais des pieds, répondit-il» (6)
Douar OULED AOUF
Les OULED AOUF (2859 habitants) appartiennent à la tribu des OULED SOLTANE, qui comprenait aussi les Douars OULED SI SLIMANE, SEFIANE, MARKOUNDA, N’GAOUS, et qui fut soumise à l’application du Sénatus-consulte en 1890.
Les OULED SOLTANE dépendaient autrefois de la commune mixte du même nom dont le siège était N’GAOUZ. La suppression de cette unité administrative a entraîné le rattachement des OULED AOUF à la commune mixte d’AIN TOUTA. Les Douars MARKOUNDA et OULED FATMA entrèrent dans les composition de la commune mixte du BELEZMA (1904) et les OULED SI SLIMANE, ainsi que SEFIANE, furent plus tard, (1907) placés sous l’autorité de l’administrateur de BARIKA.
Les OULED SOLTANE, à l’exception d’une partie de SEFIANE, sont berbères.
Nous voyons mêlé aux grandes luttes qui marquèrent l’occupation arabe, un nommé AISSA BEN SOLTANE, originaire des OULED AOUF. Les habitants de la tribu et, notamment de la faction des OULED AOUF, ont toujours passé, pour être belliqueux. On les a trouvés dans la guerre contre BEN YAHIA BEN GHANIA et les ALMOHADES, et ils prétendent n’avoir pas été soumis aux Romains ni aux Turcs. Il y a, sans doute, beaucoup de vantardise dans cette affirmation des OULED SOLTANE. En tous cas ils faisaient aux BENI-IFRENE (N’GAOUS) une guerre acharnée qui se terminait régulièrement par le pillage de N’GAOUS. Une nouvelle razzia était faite dès que les BENI-IFRENE avaient reconstitué leur fortune.
Ces pillages systématiques cessèrent avec l’occupation française qui eut lieu sans combat. On procéda simplement à quelques razzias dans la tribu, et celle ci fit sa soumission, en 1844, au Général SILLEGUE.
Pendant 27 ans, la paix n’a cessé de régner, mais en 1871, les instincts de brigandage de cette population de montagnards, la jetèrent activement dans l’insurrection.
Dans le courant d’Avril, ils se joignaient aux contingents rebelles des OULED CHELIH et de TLET, et participaient aux assassinats de trois enfants et de douze européens de la scierie SALLERIN, à OULED HAMLA ; au pillage des fermes du RAVIN BLEU à l’affaire de la scierie PRUD’HOMME à OUED EL MA Le 22 Avril, ces contingents tentaient un coup de main sur BATNA, mais, dispersés à coups de canon, ils se portaient sur FESDIS et EL MADHER. Poursuivis par les colonnes MARIE ET ADLER, ils se réfugiaient dans les montagnes du BELEZMA où ils se faisaient remarquer par l’incendie du Bordj du Caïd SAID BEN CHERIF qui nous était resté fidèle.
Le 8 juillet, les OULED SOLTANE attaquaient N’GAOUS. Après plusieurs tentatives infructueuses contre les BENI IFRENE, ils entreprenaient le siège du village. Ce siège dura 40 jours au bout desquels les habitants (BENI IFRENE) furent délivrés, le 7 septembre, par la colonne SAUSSIER Malheureusement, les rebelles les plus compromis réussirent à s’enfuir dans la MESTAOUA où ils continuèrent leurs exploit pendant quelques mois encore Le séquestre fut appliqué sur les biens de la tribu rebelle et celle ci obtint, par la suite, l’autorisation de se libérer des effets de la mesure répressive en payant une soulte de rachat.
A part les BENI IFRENE, qui sont de moeurs plus douces, les OULED SOLTANE sont grossiers et d’une grande brutalité, voleurs, pillards et fanatiques. Pour la plupart, ils appartiennent à la confrérie des RAHMANIA.
En novembre 1916, les OULED AOUF, indépendamment de leur participation à l’affaire du village de MAC MAHON, se firent remarquer par leur ténacité à maintenir l’état de rébellion dans le douar. Seul, de toute la commune mixte, celui-ci fit complètement défaut aux opérations de la conscription. Une mechta, celle de KHENZARIA, fut particulièrement hostile.
Après avoir éconduit, et même menacé de mort, dans la journée du 11 novembre, l’administrateur adjoint CARLI, qui s’était rendu chez eux pour tenter de les faire revenir sur leur refus de se conformer à la loi militaire, les gens de cette mechta se réfugièrent dans le Djebel RAFAA et demeurèrent réfractaires à l’autorité jusqu’au 18 décembre.
A cette date, une opération militaire énergique amenait l’arrestation d’une cinquantaine de rebelles parmi lesquels l’instigateur de la révolte le sieur «RAHMANI» Mohammed ben SAID, moqaddem des RAHMANIA 7Cette dernière arrestation eut pour résultat sur l’intervention du même moquaddem la soumission immédiate de toute sa mechta y compris les inscrits d’office, insoumis et déserteurs.
Les opérations militaires aux OULED AOUF furent marquées le 28 Décembre au «Chabet ENNEMEUR» par la mort de deux zouaves.
S’étant imprudemment éloignés de la colonne, ces deux militaires furent assassinés par des gens de la mechta TAMAZRIT. Une enquête rapide permit d’obtenir les aveux de deux des coupables (?) qui restituèrent les deux Lebel enlevés aux zouaves.
Parmi les personnages marquants de la tribu dont le souvenir se rattache aux évènements présents, citons SI EL HADJ AHMED MAHFOUD, décédé en 1883, descendant direct de SI AHMED BEN AOUF, réputé comme ayant propagé l’islamisme chez les OULED SOLTANE.
Si EL HADJ AHMED BEN MHFOUD fut cadi de N’GAOUS pendant 20 ans. On prétend qu’il a défendu ce village en 1871 contre les rebelles, mais cette attitude se concilie mal avec la mesure d’internement en Corse dont SI EL HADJ AHMED et son fils SEDDIK furent frappés ensuite, pendant huit mois. Quelques descendants de cette famille habitent encore N’GAOUS. Une des filles de SI EL HADJ AHMED est mariée au fils du marabout «AMIRA» ALI BEN AMOR BEN ATHMANE de la Zaouia de TOLGA, dont nous aurons occasion de parler en étudiant le rôle de la Khouannerie dans l’insurrection.
Aux OULED AOUF, il n’y a actuellement aucun personnage marquant, en dehors de quelques moqaddems dont l’influence ne dépasse guère leurs mechtas respectives.
Le sieur BOUHENTALLAH Mohammed, cheikh du douar s’est rendu complice des rebelles en conservant un mutisme absolu. Révoqué, puis arrêté, pour être traduit devant la commission disciplinaire, il est mort en prison.
Les OULED AOUF cherchent, aujourd’hui qu’il n’est plus là pour se défendre, à faire retomber sur lui toute la responsabilité de l’affaire en prétendant qu’il est a poussé à la résistance dont il leur a donnée l’exemple en cachant chez lui, pendant plus de six mois, un de ses neveux, un déserteur.
Tout en faisant, dans ces allégations, la part de l’exagération, il faut retenir que le cheikh des OULED AOUF ne nous a jamais prêté, avant comme après les événements, le concours qu’il nous devait. Il n’avait d’ailleurs ni capacités, ni énergie. Sans tempérament, il se laissait mener par son fils «BOUHENTALLAH» Ahmed, khodja du douar, individu sans moralité et dangereux C’est lui qui, en réalité, commandait les OULED AOUF.
Dans les douars MARCOUNDA et OULED FATMA (BELEZMA) de la même tribu des OULED SOLTANE, nous trouverons un cheikh, le nommé BOURADI Mohammed, personnage religieux, employant son influence à la résistance contre la conscription, présidant à TAKSELENT une réunion de conjurés.
Tribu des Ouled Bou AOUN
C’est la plus importante des tribus de la commune mixte du BELEZMA. Elle comprend neuf Douars : BOUGHEZEL OULED MOHAMMED BEN FERROUDJ, ZANA, OULED MEHENNA, CHEDDI, EL SAR et les trois Douars plus hauts cités : OULED EL MA, MEROUANA et OULED FATHMA, population : 10 000 habitants.
On raconte qu’à une époque reculée et assez difficile à préciser, un nommé AOUN originaire de SEGUIA EL HAMRA (MAROC) arriva à N’GAOUS où, grâce à son intelligence, il acquit rapidement une assez grande influence. Il exerçait la profession de gassab, joueur de flûte.
Entreprenant et audacieux, il profita du mécontentement qui se manifestait contre la garnison turque, pour se mettre à la tête de ses partisans, massacrer la garnison, s’emparer de N’GAOUS et proclamer l’indépendance des tribus voisines qui avaient fait leur soumission aux turcs. Le Bey de CONSTANTINE ayant pris en personne la direction d’une colonne pour venir venger la mort de ses soldats, AOUN ne se sentant pas assez fort, se réfugia chez les HIDOUSSA (MEROUANA) dans les montagnes du BELEZMA.
Arrivée à N’GAOUS, la colonne turque châtia les rebelles et les frappa d’une forte amende, mais plusieurs fractions réussirent à aller rejoindre AOUN, et le Bey, reconnaissant la grande influence de celui-ci jugea plus politique de s’en faire un ami. Il lui donna le titre de cheikh du BELEZMA. A sa mort, AOUN laissa un fils, EL GUIDOUM, qui fut à son tour remplacé par son fils ALI. Celui-ci s’allia aux TELEGHMA, aux OULED ABDELNOUR et aux EULMAS, puis il s’insurgea contre le Bey de CONSTANTINE.
Après une rencontre entre les contingents armés du Bey et les siens, rencontre dont les résultats ne sont pas connus, ALI BEN EL GUIDOUM fut confirmé et agrandi dans ses pouvoirs par le Bey, HASSAN BOU HANEK remplaçant de ce Bey (1736-1753) résolut de se débarrasser d’ALI BEN EL GUIDOUM dont l’influence grandissante gênait sa popularité. Après lui avoir demandé sa fille en mariage, il lui tendit un piège, le fit égorger, se saisit de ses deux fils FERHAT et HAMOU, et donna son commandement à un nommé BOU AOUN, des OULED BOU ZIAN.
Celui ci fut à son tour trahi par le Bey au profit de FERHAT BEN ALI BEN GUIDOUM que BOU HANEK avait fait élever dans sa famille et pris en affection au point que, peu de temps après, le Bey lui avait confié l’administration de toute la région comprise entre AIN AZEL au Sud de SETIF, et le TARF au nord de KHENCHELA. En 1804, il fut tué à la tête de son goum dans les contingents du Bey OSMAN près de l’embouchure de l’OUED EL KEBIR (EL MILIA) selon les uns, chez les FLISSAS sous le règne D’AHMED BEY EL COLI(1756-1771) selon les autres.
On est ici autant dans le domaine de la légende que dans celui de l’histoire. Les récits continuent, sans grand intérêt, par la succession du cheikhat et les disputes, les combats, auxquels cette succession donna lieu jusqu’en 1844, année de la soumission des OULED BOU AOUN à notre domination.
Dans tout cela, comme l’observe très bien M. J.D.LUCIANI deux points paraissent indiscutables : les hommes de valeur, entre autres FERHAT BEN ALI BEN GUIDOUM, fournis par les gens du BELEZMA ; en second lieu, le tempérament guerrier et pillard de ces indigènes qui ont toujours trouvé dans leurs montagnes, en particulier dans le Djebel MESTAOUA, un refuge difficile à atteindre.
Tribu des Ouled Chelih
Les OULED CHELIH (3333 habitants) appartiennent pour partie au BELEZMA et pour partie AIN TOUTA. Ils firent leur soumission à la France en 1844, en même temps que les Lakhdar halfaouia et dans les mêmes conditions que cette tribu, c’est-à-dire sans combat et grâce à l’influence de SI AHMED BEN CADI, Caïd de BATNA. L’histoire des OULED CHELIH n’offre rien de particulier en dehors du groupe des OULED MEHENNA qui, ayant cherché à se rendre indépendant, au temps d’ALI BEN AOUN, fut razzié et emmené dans le BELEZMA qu’il n’a plus quitté depuis.
Les OULED CHELIH demeurèrent en paix jusqu’à l’insurrection de 1871 à laquelle ils prirent une part très active. En ce qui concerne particulièrement le douar OULED CHELIH nous le voyons mêlé, en Avril 1871 à l’attaque d’ouvriers forestiers dans le BELEZMA ; au pillage de la scierie SELLERIN, (depuis la ferme PETITJEAN) où furent assassinés 3 enfants et 12 ouvriers ; à l’assassinat d’un certain nombre de colons du «RAVIN BLEU» et au pillage de leurs fermes ; à l’affaire de la scierie PRUD’HOMME, à OUED EL MA qui coûta la vie de 13 Européens ; aux coups de main sur BATNA, FESDIS et EL MADHER.
A la suite de ces actes insurrectionnels, les biens des OULED CHELIH furent séquestrés.
La compromission des habitants de ce douar dans les évènements de 1916 est bien moins grave. Il n’y a eu que le pillage de la ferme RAYNAL, et encore convient-il d’ajouter qu’il a été l’oeuvre de deux mechtas seulement, AIN DRIN et BRAKA.
On ne trouve aux OULED CHELIH aucune personnalité importante par ses origines.
Faute de candidats dans le douar, le cheikh a été recruté en dehors. C’est un nommé DOUMANDJI Salah, originaire de BATNA.
Si ses collègues des OULED AOUF, de TILATOU et de BRIKET, ont fait preuve d’une négligence si grave qu’elle peut être interprétée, tout au moins en ce qui concerne les OULED AOUF, et BRIKET, pour de la compromission dans les troubles, le cheikh DOUMANDJI, par contre, nous a témoigné un dévouement qu’il y a lieu de relater. Etant couché à MAC MAHON dans la nuit des évènements, et toutes les communications électriques ayant été coupées, il s’est rendu, seul, au galop de son cheval, à BATNA, pour prévenir les autorités des graves évènements qui se passaient.
A signaler, dans le douar OUED EL MA, (BELEZMA) un personnage rahmanien d’assez grande envergure «BOUZIDI» Mohammed ben TAIEB, connus sous l’appellation de «MOUL GUERGOUR».
Nous le trouverons au chapitre des causes du soulèvement, en même temps que trois fractions religieuses du douar MEROUANA (BELEZMA).
Territoire de BARIKA
A la date du 15 août 1914, la tribu des OULED SOLTANE, en particulier les Beni Ifrène , avaient présenté une centaine d’engages volontaires. Les Ouled Si Sliman et les Sefiane étaient plutôt tièdes.
En 1916, à l’exception des Beni Ifrène qui demeurèrent fidèles, les Ouled Si Slimane et les Sefiane se solidarisèrent dans la résistance avec les gens du HODNA. Nombre de leurs cavaliers suivaient la colonne de BARIKA. D’autre part, ils soudaient leurs projets de résistance avec les gens du BELEZMA leurs voisins de la même tribu.
Le HODNA ORIENTAL
Les ruines que l’on rencontre partout et qui, souvent enfouies, ne demanderaient qu’un peu d’argent pour être mises à jour et nous livrer leur secret, prouvent combien les Romains s’étaient établis fortement dans le pays ; notamment à Tobna, ville importante, siège d’un évêché, située à trois kilomètres de BARIKA.
La tradition fait remonter au XIe siècle l’établissement des Arabes dans le HODNA.
S’il faut en croire IBN KHALDOUN, le pays fut très prospère pendant leur occupation, puisque cet historien dit que le nomade qui remontait l’été vers le Tell marchait à l’ombre des superbes jardins qui couvraient la plaine jusqu’au pied du BOU TALEB.
Les turcs vinent vers la fin du XVIe siècle. L’occupation semble s’être opérée sans résistance ; elle donna lieu, par la suite, à des luttes très vives et très sanglantes entre les Ouled Derradj et les Ouled Mahdi qui occupaient la partie occidentale du HODNA.
Les indigènes du HODNA oriental forment six groupes qui font remonter leur arrivée dans le pays aux XVIe et XVIIe siècles.
1 - Ouled Sanoune
Les Ouled Sanoune disent avoir pour grand ancêtre SAHNOUNE BEN CHINOUNE, qui vint au commencement du XVII siècle, des environs de TOUGGOURT, se placer comme berger chez SI BARKAT, marabout du BOU TALEB ; il y prit deux femmes dont il eut neuf fils. Il s’installe alors au douar MAGRA, chez les Ouled Zemira.
2 - Selalhas
Les ancêtres de cette tribu s’établirent près du Djebel DJEZZAR, dès le XVII siècle.
3 - Ouled Amor et Ouled Nedjaa
Ce sont les descendants de DERRADJ qui vint se fixer dans le HODNA ORIENTAL vers la fin du XVIe siècle et fonda la puissante et redoutable tribu des Ouled Derradj, gens de sac et de corde, pillards et bandits, ayant conservé, depuis plus de trois siècles, la pire des réputations. (9)
DERRADJ venait de MILIANA avec de nombreux compagnons qui donnèrent leur nom aux différentes fractions de la tribu. Les Ouled Amor prirent MAGRA, les Ouled Nadjaa, s’emparèrent des terrains arrosés par l’Oued BERHOUM, les Souamas s’installèrent dans la partie occidentale du HODNA.
Vers la fin du XVIIe siècle, deux familles de marabouts vinrent se fixer : les Ouled Abdlekader à MAGRA et les Ouled Sidi Yahia, à BERHOUM
4 - Ouled Sidi Ghanem
Le marabout SIDI GHANEM quitta ORAN vers le milieu du XVIIe pour planter sa tente dans les environs d’AIN KELBA.
Les Ouled Derradj qui étaient déjà dans le pays les laissèrent cultiver en paix les terres dont ils avaient besoin.
Devenus plus nombreux, les descendantes de SIDI GHANEM firent le partage des terres : les fils de SIDI YAHIA et de SIDI GUENDOUZ, prirent celles arrosées par l’oued MENAIFA, tandis que les fils de BELKACEM : SEKKAI et KHADED s’installèrent près d’AIN NAKKAR.
Les Ouled Sidi Ghanem ne prirent aucune part dans les luttes de leurs voisins.
Actuellement ils sont disséminés chez les Ouled Nedjaa ou les Ouled Sahnoune.
5 - Zoui
Les Ouled Zoui sont d’origine maraboutique ; leurs descendants n’ont aucune souvenance des évènements qui se sont déroulés chez eux depuis l’arrivée de leurs ancêtres ; ils comprennent quatre fractions :
Les Ouled Sidi Othmane,
Les Ouled ben Dahoua,
Les Ouled Khadra,
Les Ouled Sidi Ahmed ben Kassem.
Tels sont les cinq principaux groupes qui occupaient le HODNA ORIENTAL à l’arrivée des Français en ALGÉRIE.
Ces différents groupes ne vivaient pas toujours en bonne intelligence, mais les Beys n’intervenaient que pour lever des impôts et les laissaient libres de vider leurs querelles comme ils l’entendaient.
Le HODNA depuis la prise de CONSTANTINE jusqu’en 1849
L’arrêté du 30 septembre 1838, qui institue les cinq khalifats, est le premier acte officiel qui consacre l’autorité de la FRANCE dans le HODNA. Le territoire qui forme actuellement la commune mixte de BARIKA, était partagé entre Ahmed BEN MOKRANI, khalifat de la MEDJANA, et Ferhat BENSAID BEN BOU AKKAZ, cheikh El Arab.
Au mois de janvier 1840, BOUAZIZ BEN GANA succéda à Ferhat BENSAID comme khalifat du SAHARA, et il avait autorité sur la tribu du HODNA ORIENTAL comme sur tout le territoire de la commune mixte actuelle.
Les khalifats ne purent maintenir la paix sur leur immense territoire. L’arrivée de nos troupes augmenta les dissensions et provoqua la formation des «çofs».
Dans la région de BARIKA, les tribus n’avaient aucun lien commun.
Elles formaient une sorte de confédération, plutôt de nom que de fait, comprenant différents groupes, toujours en lutte entre eux.
En 1844, il parut opportun de diminuer l’autorité des Ben Ghana et on créa le Caïdat du HODNA à la tête duquel on place un marabout vénéré des M’Doukal, SI MOHAND BEN SI MOHAMMED EL HADJ, avec résidence à BARIKA.
Ce Caïdat formé dans un but politique ne constituait ni une unité politique ni une unité géographique, puisque le bassin du HODNA était divisé ainsi en deux : la partie occidentale sous le commandement de khalifat MOKRANI, tandis que les vallées supérieures des Ouled Barika et BITAM formaient, en dehors du Caïdat, les Ouled Soltane, et les Lakhdar Halfaouia, de SEGGANA, qui dépendaient du Caïdat de BATNA.
SI MOKRAN ne put maintenir l’ordre et la paix dans un pays où l’état d’anarchie régnait depuis si longtemps.
Cependant un mouvement d’accalmie se produisit en 1845 à la suite de la tournée de police effectuée par le Général LEVASSEUR dans le HODNA. Mais en 1849 toutes les tribus s’insurgèrent pour aller au secours de ZAATCHA. Les rassemblements se dispersèrent à la nouvelle de la défaite de SERIANA.
Le Caïd SI MOKRAN fut renvoyé, et les tribus qu’il administrait prirent place dans le commandement de SI MOKHTAR BEN DAIKHA, Caïd des Ouled Soltane et des Ouled Sellem.
A cette époque, l’administration n’est plus, comme au début de la conquête, confiée entièrement aux grands chefs indigènes. Déjà, nous nous sentons de force à gouverner nous mêmes et les bureaux arabes institués par le Maréchal BUGEAUD, le 1er mars 1844, commencent à administrer directement les indigènes, dont les grands chefs sont sous les ordres des commandants de Cercles, conformément à l’ordonnance du 15 Avril 1845.
Le HODNA depuis 1871
Lorsque l’insurrection éclata, l’officier commandant le poste de BARIKA fut rappelé à BATNA, et le Caïd SI SMAIL convoqua les goums du HODNA. Les malfaiteurs, les mécontents et les ambitieux furent ainsi livrés à eux mêmes.
Les Ouled Sahnoune et les Selalhas se soulevèrent à l’appel de AHMED BEY BEN CHEIKH MESSAOUD. Au mois de juin 1871, le frère d’AHMED BEY se rendit chez le moqaddem des Rahmania, SI EL HADJ MOHAMMED BEN ABDALLAH BEN BOUCETTA, des Selalhas, et lui demanda de décider les tribus du HODNA à se joindre aux révoltés. Le marabout refusa, car son fils et non neveu combattaient à nos côtés. Mais ZOUAOUI alla trouver les frères du marabout, et, en une nuit, les tribus s’insurgèrent.
A BARIKA, le cheikh MIHOUB BEN SEGHIR, gardait la maison de Commandement, et le cheikh BIBI BEN MOHAMMED, avec 200 tentes fidèles, en surveillait les abords.
Le 25 juillet, Les Ouled Sahnoune obligèrent le cheikh MIHOUB à quitter le bordj de BARIKA et à cesser toutes relations avec les Français.
Le cheikh fut fait prisonnier ; mais les tentes fidèles s’étaient repliées sur SEGGANA où elles rallièrent le goum des Lakhdar Halfaouia qui maintenait le calme dans la région sous le commandement du cheikh MESSAOUD BEN NCIB. Le bordj fut respecté grâce au marabout BOUCETTA qui voulant se garder une porte de sortie en cas d’échec des insurgés, était venu à BARIKA.
Les Ouled Nadjaa, conduits par DJENAN BEN DERRI, qui nous avions nommé cheikh en 1864, le seul agent qui fut ouvertement contre nous, aidés des bandes de SAID BEN BOUDAOUD, Caïd du HODNA occidental, cousin du bachagha MOKRANI, vinrent razzier les Ouled Amor demeurés fidèles.
Dans la nuit de 26 au 27 août, ils attaquèrent le bordj de BIBI BEN MOHAMED. Le fils de ce dernier fut tué, et les Ouled Amor raziés. Le bordj de MAGRA devint alors le quartier général des insurgés du HODNA oriental. BIBI BEN MOHAMMED fut fait prisonnier ; le cadavre de son fils fut déterré et brûlé.
Les Ouled Amor, effrayés, prirent la fuite et vinrent à SEGGANA se placer sous la protection du cheikh MESSAOUD BEN NCIB.
Au mois de septembre, le Général SOUSSIER se mit en marche pour rejoindre BARIKA. Il passa par le Sud des montagnes des Ouled Soltane, faisant de petites étapes et pacifiant le pays. A l’annonce de son arrivée, les Ouled Sahnoune, les Selalhas et les Zoui, venus à BARIKA, envoyaient au Caïd SI SMAIL des députations pour lui demander d’intervenir en leur faveur ? seul, DJEMAN BEN DERRI resta avec les Ouled Mokrane.
Le 19 septembre, le Général arriva à BARIKA où le marabout BOUCETTA lui remit le bordj qui avait été préservé du pillage.
Les Ouled Derradj furent vite soumis. Aux pertes qu’ils avaient subies, aux razzias, aux pillages s’ajoutèrent les amendes d’abord, la contribution de guerre ensuite. Le Caïd SI SMAIL qui était à SEGGANA vint à BARIKA reprendre son commandement. DJENAN BEN DERRI fut révoqué et son commandement ajouté à celui de BIBI BEN MOHAMMED qui devint ainsi cheikh des Ouled Amor et des Ouled Nadjaa.
En 1873 on créa l’annexe de BARIKA. Rien ne vint plus troubler la paix dans le HODNA ORIENTAL. Des modifications territoriales furent apportées en 1874, 1875, 1881, 1885 et 1890. Les chefs d’annexe purent entreprendre des travaux de longue haleine et lorsqu’en 1907, l’annexe fut érigée en commune mixte, on pensait que les Ouled Derradj étaient pour toujours fidèles et soumis.
Il n’en était rien. SI MOHAMMED BEN EL HADJ BEN GANA, Caïd du HODNA oriental depuis 1901, avait demandé et obtenu que la jouissance des terrains que les djemaa lui avaient consentie dans les quatre Douars dont il gardait le commandement (DJEZZAR, METKOUAK, BARIKA et MAGRA) lui fut maintenue avec les autorisations d’irrigations utiles.
Quelques temps après de vives réclamations surgirent : on accusait l’agha BEN GANA d’abuser des irrigations en prélevant plus que sa part. Un ancien cheikh révoqué par l’autorité militaire, KHELLAF BEN SAAD, prit la tête du mouvement d’hostilité contre l’agha.
L’autorité locale, compromise à l’endroit de BEN GANA, persista à nier ce mouvement qui reprit avec plus de violence et se traduisit, en 1911, par une émigration nombreuse vers la SYRIE. La plupart des caravanes furent cependant arrêtées en TUNISIE. L’autorité locale nia encore cette émigration. Alors se produisit le serment du Matmor de SIDI ABDELKADER liant les conjurés pour une lutte à outrance devant aboutir à la déchéance de l’agha. L’administrateur eut la malencontreuse faiblesse de proposer aux perturbateurs une trêve de deuil (l’agha venait de perdre son frère le bachagha des Zibans.
Cet acte de puissance à puissance n’arrêta nullement les protestations. Une enquête fut décidée ; 2000 indigènes, hurlant, trépignant, vinrent se masser devant le bordj administratif et deux brigades de gendarmerie durent charger pour dégager le bordj et ouvrir un passage de l’agha BEN GANA.
L’agitation, par la suite, prit des allures encore plus graves : des rassemblements tumultueux eurent lieu à BARIKA. On y venait en armes et on y discutait publiquement le départ de l’agha ; puis on incendiait sa récolte. Les troubles tournaient à la rébellion ouverte et il fallut en arriver à l’envoi d’une force de gendarmerie et à l’internement de seize meneurs pour ramener dans le pays une tranquillité relative.
Tout cela était, en grande partie, l’oeuvre des Ouled Sahnoune.
En 1916, les mêmes Ouled Sahnoune et Ouled Derradj de MAGRA, refusèrent de présenter leurs conscrits, mettant ainsi en échec l’autorité locale Un autre échec plus grave encore fut celui de la colonne envoyé dans le HODNA qui reçut des coups de fusil sans les rendre, chez les Zoui, d’AIN KEBLA (10).
Le 12 novembre, après le sac de la ferme GRANGIER, la veille, des bandes hostiles de SEGGANA, des Sahari et autres gens du HODNA entouraient BARIKA ainsi que nous l’avons relaté.
Rappelons que le 14, un convoi fut attaqué entre BARIKA et SEGGANA.
Le seul chef indigène marquant, dans la commune mixte, était le cheikh moqaddem de SEGGANA qui fera l’objet d’une note spéciale (11).
Un personnage religieux dévoué, est le moqaddem des Rahmania de MAGRA, HASSANI CHERIF TOUHAMI, dont nous dirons l’action bienfaisante au chapitre des marabouts.
Les Ouled Ziane et les Saharis
Ces deux tribus qui appartiennent la première à AIN TOUTA, la deuxième à BARIKA, on presque toujours été divisées par des haines terribles. Lors du soulèvement de 1916 les Ouled Ziane sont demeurés dans l’expectative mais le douar BITAM des Saharis a marqué un assez sérieux mouvement de révolte. Il est opportun d’en dire quelques mots, au moins pour ceux qui ont la garde de la sécurité dans l’arrondissement de BATNA.
L’importance tribu des Ouled Ziane comprend quatre Douars : GUEDDILA (4891 habitants), DJEMORAH (1509 habitants), BRANIS (1794 habitants), BENI SOUIK (443 habitants), tous quatre dépendant de la commune mixte d’AIN TOUTA.
Originaire du MAROC, qu’ils auraient quitté au début du 16éme siècle, les Ouled Ziane vinrent, tout d’abord, se fixer à EL ALIA (30 kilomètres au Nord de BARIKA), puis arrivèrent dans la région des Palmeraies de GUEDDILA, DJEMORAH, BENI SOUIK et BRANIS, dont ils chassèrent ou massacrèrent les habitants pour prendre leur place, vers le milieu de XVIème siècle. Ne disposant, dans la région des palmeraies, d’aucun terrain de labour ou de parcours, les Ouled Ziane essayèrent bientôt de s’étendre au détriment de leurs voisins. Après des luttes longues et sanglantes, ils parvinrent a acquérir à OUED TAGA (AURES) et plus tard, à DRAUH et à CHETMA, des droits de propriété que le Sénatus-consulte leur a reconnus.
La nécessité dans laquelle ils étaient de trouver, en dehors de leurs territoires arides, et brûlants l’été, des pâturages pour leurs troupeaux rapidement accrus, fit estiver les Ouled Ziane d’abord, sur les contreforts du TELL, puis dans le TELL même ; le Sénatus-consulte leur a reconnu des droits de parcours très importants : dans la commune mixte d’AIN EL KSAR, aux Douars Ouled Moussa, Ouled Si Belkheir, Ouled Si Menacer Achemer, Ouled Ammar, Ouled Makhlouf, dans la commune mixte de BARIKA, au douar BITAM et dans celle d’AIN TOUTA, au douar EL KANTARA.
Les Saharis
La tribu des Saharis comprend actuellement trois Douars : BITAM (4309 habitants), EL OUTAYA (1457 habitants et EL KANTARA (3326 habitants), le premier, rattaché à la commune mixte de BARIKA, Les deux autres à celle d’AIN TOUTA.
Pendant la première phase du soulèvement de 1916, le douar BITAM a fait cause commune avec les rebelles.
Le mouvement sur BARIKA ayant échoué les BITAMI qui avaient envoyé des contingents de cavaliers aux insurgés vinrent offrir leurs services pour la constitution d’un goum contre les OULED SOLTANE. Politique arabe tissée de mensonge et de duplicité.
D’origine arabe pure, les Saharis seraient venus du HEDJAZ vers le milieu du 11éme siècle, mais ne se seraient établis que bien plus tard dans la région Sud de BARIKA où ils sont actuellement fixés, et dont les Ouled Sahnoun leur ont, pendant longue temps, disputé la possession. De sanglants combats, dont le souvenir n’est pas encore effacé, furent livrés entre ces deux tribus qui restèrent ennemies.
Sous les Turcs, leurs habitudes de pillage en avaient fait la terreur de leurs voisins.
Les Beys de CONSTANTINE, pour consolider leur autorité dans les ZIBANE, avaient constitués les Saharis en une sorte de maghzen.
Deux grandes familles que nous étudierons eu titre des chefs indigènes, les BOUAKKAZ et les BEN GANA se disputèrent longtemps la suprématie chez les Saharis (12).
La recherche du pâturage d’été fut, pour les Saharis une nécessité vitale et c’est ainsi qu’ils furent en compétition d’intérêt, avec les Ouled Ziane, au DAYA.
Causes de l’inimitié entre les Saharis et les Ouled Ziane
Une origine différente, des besoins identiques, furent les principales causes d’inimitié entre ces deux tribus, toutes deux guerrière et combatives. L’animosité s’accentua sous l’influence des çofs. Tandis que les Saharis se rangèrent sous la bannière des Ben Gana, les Ouled Ziane prirent fait et cause pour les Bouakkaz Les chefs de partis eurent toujours soin d’entretenir, sinon d’attiser, cette inimitié, d’abord, pour flatter leur clientèle et en augmenter l’importance, puis, pour servir leurs intérêts personnels.
En 1871, les Saharis étaient réunis sous l’autorité d’un seul Caïd, SI MOHAMMED BENHENNI, du çof Bouakkaz , en résidence à EL OUTAYA ; poussés par les Ben Gana, ils assiégèrent, le 30 mars, le bordj du Caïd qui résista à l’assaut, mais ils pillèrent le caravansérail.
Dès le 3 avril suivant, une petite colonne de 1000 hommes fut formée à BATNA et dirigée sur EL OUTAYA : elle reçut l’appui d’un goum important des Ouled Ziane qui razzièrent les Saharis.
Le Daya
Le Sénatus-consulte fut appliqué en 1866 aux Ouled Ziane et aux Saharis ; aux premiers, il reconnut des droits de parcours au DAYA, dans le douar BITAM, la fraction la plus remuante des Saharis. Même après que se fut effacé le souvenir des évènements de 1871, la communauté des droits des Saharis et des Ouled Ziane, sur le DAYA, resta une cause latente d’inimitié utilisée par les chefs de çofs pour les besoins de leur cause.
Compris entre le Djebel AHMAR et le Djebel MEKHRIZANE, le DAYA est une sorte de haute plaine ou de cuvette d’altitude moyenne de 450 à 500 mètres, orientée sensiblement de l’Est à l’Ouest, sur les derniers contre forts de l’ATLAS. Sa largeur est d’environ 14 kilomètres, sa longueur de 20. Abrité des vents par les montagnes qui l’entourent, le DAYA fournit un excellent pâturage aux troupeaux de Sud. Cette région était primitivement réservée au parcours, mais les usagers mirent, peu à peu, quelques parcelles en culture, et, comme les années à printemps pluvieux, la récolte était abondante sur ce sol encore vierge, la pratique des labours illicites ne fit qu’augmenter d’importance. Les parcours furent réduits d’autant. Ce furent certainement les Zianis qui eurent le plus à pâtir de ce nouvel état de choses, parce qu’à cause de l’éloignement de leur village il leur était beaucoup plus difficile de labourer qu’aux BITAM, qui étaient pour ainsi dire chez eux. Cependant quelques Ouled Ziane pratiquèrent, eux aussi, des labours illicites. Mais lorsque les bergers venaient avec leurs troupeaux ils se faisaient un malin plaisir de faire manger la récolte de la tribu opposée. Il s’ensuivit de nombreuses discussions, coups de feu, vols, procès, qui ne firent qu’augmenter l’inimitié réciproque.
Les crimes de 1916
En 1916, en Mars et Mai, les Ouled Ziane et les Saharis se tuèrent chacun deux fellahs dans les circonstances suivantes : le 22 Mars, les troupeaux des Ouled Ziane ayant commis quelques déprédations dans les récoltes provenant de labours illicites des BITAM au DAYA, les propriétaires lésés firent courir le bruit que leurs ennemis séculaires venaient de s’emparer de 1200 moutons. A cette nouvelle, un grand nombre d’indigènes des BITAM s’assemblèrent pour courir sus aux prétendus voleurs ; leur Caïd arriva à temps pour calmer les esprits ; il fit une enquête et constata qu’il n’y avait pas eu de vol, mais simplement des dégâts peu importants. A la vue des Saharis assemblées, les Ouled Ziane campés dans le DAYA, eurent peur et s’enfuirent hâtivement vers le Sud. Le bruit courut parmi les fuyards que plusieurs des leurs avaient été tués par les Saharis ; il n’en fallut pas davantage pour que, rencontrant une caravane de cinq personnes dont une femme d’EL OUTAYA (la soeur du cheikh actuel), deux hommes de M’DOUKAL et deux de BITAM, ces deux derniers furent tués par les Ouled Ziane en fuite. L’adjoint indigène de GUEDDILA dénonça, quinze jours après, douze indigènes de son douar comme ayant pris part à ce crime, mais aucune charge ne put être relevée contre les inculpés, et une ordonnance de non lieu intervint en Décembre 1916.
En juin 1916, huit indigènes de GUEDDILA campaient sous deux tentes, aux environs de FONTAINE DES GAZELLES, pour y moissonner leurs récoltes. Les Saharis désireux de venger leurs morts de Mars, firent prévenir les gendarmes d’EL KANTARA que des perquisitions dans les tentes de ces indigènes seraient fructueuses. En effet, plusieurs armes furent saisies ; deux jours après, un groupe de huit Saharis tombait sur les GUEDDILA désarmés et leur tuait deux hommes qu’ils décapitaient ; les têtes des victimes furent emportées par les assaillants et n’ont pas été retrouvées, à ce jour. L’enquête à laquelle il fut procédé ne donna aucun résultat et l’affaire fut classée.
Réconciliation
Une vingtaine de jours s’étaient à peine écoulés depuis ce dernier crime, que les kebars des Saharis, jugeant sans doute l’honneur satisfait, demandèrent, par lettre, aux Ouled Ziane, qu’un accord intervint entre eux. Comme à cette époque la plupart des intéressés étaient absents de leurs Douars, l’arrangement fut remis au mois d’Octobre suivant. Les évènements du 12 novembre reléguèrent cette question au second plan ; elle ne pu être utilement reprise que fin 1916.
Après divers pourparlers entre les tribus intéressées, le Sous-Préfet de BATNA assisté des administrateurs de BARIKA et d’AIN TOUTA réunissait à EL KANTARA, le 12 janvier 1917, les notables de BITAM, DJEMORAH, GUEDDILA, BRANIS et BENI SOUIK. A cette occasion le sous préfet jeta les bases de la réconciliation en insistant sur
publié par Amar Negadi dans: Histoire
Amirouche Aït Hamouda
Colonel de l'Armée de libération Nationale.
Colonel de l'Armée de libération Nationale.
Né le 31 Octobre 1926 à Tassaft Ouguemoune (actuellement sur le territoire de la commune d'Iboudraren).
Fils posthume d'Amirouche Aït Hamouda et Fatima Aït Mendès.
Initié au militantisme par Bachir Boumaza au lendemain de la seconde guerre mondiale sur le chantier de construction du barrage de Kherrata, il s'installe à Relizane (ouest de l'Algérie) où son activité et son courage physique font l'admiration des militants de la cause nationale.
A la création de l'O.S (Organisation Spéciale), groupe paramilitaire chargé de la préparation des combattants pour la lutte armée, il est l'adjoint de Ounès Benattia auquel il succède après l'arrestation de ce dernier.
En 1950, sur ordre de ses chefs, et dans le cadre de la crise profonde qui secoue alors le mouvement national, il quitte l'Algérie pour la France où son engagement dans les rangs des durs lui vaut un passage à tabac qui le laisse pour mort après un meeting houleux à la Mutualité à Paris.
Il y reste jusqu'en Septembre 1954 date à laquelle il revient en Algérie et participe à la préparation du déclenchement de la lutte armée aux environs de l'Arbâa des Ouacifs où il est initié au maniement des explosifs par Mokhtar Kaci-Abdallah.
Le premier Novembre 1954, il entre dans la clandestinité sous les ordres de Amar Aït Chikh et assiste en 1955, impuissant, au simulacre de procès, organisé, à l'instigation de Krim Belkacem, qui aboutit à l'assassinat de son cousin Amar Ould Hamouda (figure connue du mouvement national).
Dur au mal, infatigable, habile tacticien, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie jusqu'au grade de commandant. C'est à ce titre, et en qualité de responsable de la zone de la Soummam en basse Kabylie, qu'il assure la sécurité du Congrès de la Soumman qui jettera les bases idéologiques du combat libérateur et assoiera le socle de l'Etat Algérien moderne.
Lors de la crise de la Wilaya 1, après la mort de Mostefa Ben Boulaïd et la liquidation de chefs prestigieux tels Abbas Laghrour, Bachir Chihani et quelques autres, il est chargé par le CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne) de remettre de l'ordre dans les rangs des combattants. Il s'acquitte avec brio de cette mission et redonne à la Wilaya 1 son unité perdue et récupère, en lui sauvant la vie, le futur colonel Haouès (Ahmed Ben Abderrazzak)
Lors du départ de Saïd Mohammedi vers l'extérieur, le conseil de Wilaya le désigne comme successeur, ce qu'il refuse pour ne pas violer la règle de l'ALN qui exige que le poste revienne à l'officier le plus ancien dans le grade, en l'occurence, Saïd Yazouren dit Vrirouche. Ce dernier, envoyé à Tunis, y est maintenu pour permettre la désignation d'Amirouche au grade de colonel.
L'épisode douloureux du complot dit de "la bleuite" affecte profondément la wilaya 3 et donne lieu à des liquidations physiques massives au sein des unités combattantes. Grâce à l'abnégation d'adjoints prestigieux, tels les commandants Ahcène Mahiouz, H'Mimi (Ahmed Feddal), Moh Ouali (Slimani Mohand Ouali), Ali Azzi, Lamara Hamel, il remet en route les unités combattantes. Souffrant de l'absence totale d'approvisionnement en armes en provenance de l'extérieur. Il décide alors, avec le colonel Haouès de se rendre à Tunis demander des comptes au GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) et envoie une mission d'approche vers la Wilaya 2 dont le chef, le colonel Ali Kafi avise Lakhdar Bentobbal de l'arrivée prochaine des colonels. Ce dernier avise Belkacem Krim et Abdelhafid Boussouf et ils décident ensemble de laisser le temps au service français du chiffre de décoder les messages de l'ALN.
Suivi à la trace par les troupes françaises, le groupe des colonels, escortés par le commandant Amor Driss, tombe dans une embuscade mortelle au lieudit Djebel Thameur en date du 29 Mars 1959.
Fils posthume d'Amirouche Aït Hamouda et Fatima Aït Mendès.
Initié au militantisme par Bachir Boumaza au lendemain de la seconde guerre mondiale sur le chantier de construction du barrage de Kherrata, il s'installe à Relizane (ouest de l'Algérie) où son activité et son courage physique font l'admiration des militants de la cause nationale.
A la création de l'O.S (Organisation Spéciale), groupe paramilitaire chargé de la préparation des combattants pour la lutte armée, il est l'adjoint de Ounès Benattia auquel il succède après l'arrestation de ce dernier.
En 1950, sur ordre de ses chefs, et dans le cadre de la crise profonde qui secoue alors le mouvement national, il quitte l'Algérie pour la France où son engagement dans les rangs des durs lui vaut un passage à tabac qui le laisse pour mort après un meeting houleux à la Mutualité à Paris.
Il y reste jusqu'en Septembre 1954 date à laquelle il revient en Algérie et participe à la préparation du déclenchement de la lutte armée aux environs de l'Arbâa des Ouacifs où il est initié au maniement des explosifs par Mokhtar Kaci-Abdallah.
Le premier Novembre 1954, il entre dans la clandestinité sous les ordres de Amar Aït Chikh et assiste en 1955, impuissant, au simulacre de procès, organisé, à l'instigation de Krim Belkacem, qui aboutit à l'assassinat de son cousin Amar Ould Hamouda (figure connue du mouvement national).
Dur au mal, infatigable, habile tacticien, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie jusqu'au grade de commandant. C'est à ce titre, et en qualité de responsable de la zone de la Soummam en basse Kabylie, qu'il assure la sécurité du Congrès de la Soumman qui jettera les bases idéologiques du combat libérateur et assoiera le socle de l'Etat Algérien moderne.
Lors de la crise de la Wilaya 1, après la mort de Mostefa Ben Boulaïd et la liquidation de chefs prestigieux tels Abbas Laghrour, Bachir Chihani et quelques autres, il est chargé par le CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne) de remettre de l'ordre dans les rangs des combattants. Il s'acquitte avec brio de cette mission et redonne à la Wilaya 1 son unité perdue et récupère, en lui sauvant la vie, le futur colonel Haouès (Ahmed Ben Abderrazzak)
Lors du départ de Saïd Mohammedi vers l'extérieur, le conseil de Wilaya le désigne comme successeur, ce qu'il refuse pour ne pas violer la règle de l'ALN qui exige que le poste revienne à l'officier le plus ancien dans le grade, en l'occurence, Saïd Yazouren dit Vrirouche. Ce dernier, envoyé à Tunis, y est maintenu pour permettre la désignation d'Amirouche au grade de colonel.
L'épisode douloureux du complot dit de "la bleuite" affecte profondément la wilaya 3 et donne lieu à des liquidations physiques massives au sein des unités combattantes. Grâce à l'abnégation d'adjoints prestigieux, tels les commandants Ahcène Mahiouz, H'Mimi (Ahmed Feddal), Moh Ouali (Slimani Mohand Ouali), Ali Azzi, Lamara Hamel, il remet en route les unités combattantes. Souffrant de l'absence totale d'approvisionnement en armes en provenance de l'extérieur. Il décide alors, avec le colonel Haouès de se rendre à Tunis demander des comptes au GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) et envoie une mission d'approche vers la Wilaya 2 dont le chef, le colonel Ali Kafi avise Lakhdar Bentobbal de l'arrivée prochaine des colonels. Ce dernier avise Belkacem Krim et Abdelhafid Boussouf et ils décident ensemble de laisser le temps au service français du chiffre de décoder les messages de l'ALN.
Suivi à la trace par les troupes françaises, le groupe des colonels, escortés par le commandant Amor Driss, tombe dans une embuscade mortelle au lieudit Djebel Thameur en date du 29 Mars 1959.
publié par hardeur dans: Histoire
Colonel Mohand Oulhadj (AKLI Mohand Oulhadj)
RACHID ADJAOUT, ANCIEN OFFICIER DE L’ALN TÉMOIGNE
«Ce que je sais de Si Mohand Oulhadj...»
23-01-2005 - Page : 14
Pour ma part, je tiens à saluer ces deux compagnons de la lutte de Libération nationale pour leur témoignage, ô combien émouvant, sur cet illustre héros que l’histoire semble avoir mis aux oubliettes comme tant d’autres d’ailleurs... Ayant vécu une longue période de la lutte de Libération nationale avec Si Mohand Oulhadj, je me sens dans l’obligation morale de livrer moi aussi, quelques témoignages sur ce « vieux», nom que tous les maquisards qui le côtoyaient lui avaient respectueusement donné.
J’ai connu Si Mohand Oulhadj lors du congrès de la Soummam et depuis jusqu’au cessez-le-feu, nous avons vécu ensemble des périodes mouvementées, jalonnées de moments de joie, de gloire et parfois de détresse, mais nous n’avons jamais douté de l’issue finale de notre combat. Il était très heureux d’avoir été promu commandant, adjoint direct du colonel Si Mohammedi Saïd (Si Nacer) puis de Si Amirouche ; à ce titre, il se dépensa sans répit pour mettre en place les résolutions du congrès de la Soummam et participa à toutes les phases de la structuration et de l’organisation de la Wilaya III. Il était très lié avec Si Mohammedi Saïd, homme pieux comme lui et ayant approximativement le même âge.
Dès le départ de Si Nacer en Tunisie au cours de l’année 1957, Si Amirouche le prit comme adjoint de wilaya et fit de lui son homme de confiance. A la mort de Si Amirouche en 1959, Si Mohand Oulhadj assura l’intérim de chef de la Wilaya III jusqu’à sa nomination définitive par le Gpra en qualité de chef de wilaya. A ce titre, il assuma ses responsabilités ès qualité jusqu’au cessez-le-feu.
Au cours des années 1957 et 1958, il était le plus heureux des hommes car un convoi d’armes et de munitions, venant de Tunisie, parvint à nous avec peu de pertes parmi nos hommes. 1957 et 1958 étaient aussi les années glorieuses de l’ALN qui moissonnait les victoires sur à peu près tous les champs de bataille. C’était aussi la période où les forêts d’Akfadou, Tigrine, Bounaâmane et Atrouche se remplissaient d’unités de l’ALN, où chacune venait exhiber devant les responsables son lot d’armes récupérées sur l’adversaire.
Au poste de commandement de la Wilaya III qui se trouvait du côté de «Tamda Taberkants» ou Atrouche, les discussions nocturnes étaient longues dans les huttes de bois, sous un froid glacial autour d’un plat de lentilles (lorsqu’il y en avait). Je me rappelle, un souvenir vivace et profond, les encouragements que nous prodiguait le «vieux» tout en écoutant les commentaires de Geniève Taboui sur une chaîne de radio française.
C’est là aussi que j’ai eu à connaître et à apprécier le courage du jeune Amar Azouaou appelé le « petit Amar » à cause de son jeune âge ; il ne se séparait pas de sa machine à écrire et était le boute-en-train de tant d’autres jeunes Si Ouali Aït Ahmed, Saâda, Messous, Si Hamel Lamara, Si Youcef Benabid, Si Smaïl, Si Salah Mekacher, Si Amardjia...
Que mes compagnons moudjahidine dont j’ai oublié le nom m’excusent car nous faisions tous partie de cette élite qui entourait Si Mohand Oulhadj et avant lui, Si Amirouche. Tous intellectuels, ils composaient le service de presse de la Wilaya III ou le secrétariat du poste de commandement que dirigeaient d’une main de maître Si Tahar Amirouche et Si Hocine Salhi. C’était aussi la période où des compagnies entières de jeunes étudiants étaient envoyées en Tunisie pour la poursuite de leurs études et nombreux sont de nos jours de hauts cadres de la nation ou des généraux de l’ANP.
Ensuite, les convois d’acheminement d’armes se succédèrent et de nombreux moudjahidine qui partaient les mains vides pour ramener des armes de Tunisie, mouraient en cours de route ou au retour. La ligne «Maurice/Challe» décimera des milliers de nos moudjahidine, mais nos jeunes continuèrent à se sacrifier pour le pays sur cette barrière infranchissable.
A la mort de Si Amirouche, Si Mohand Oulhadj a été très affecté par la mort de ce valeureux responsable. Il lui a fallu des efforts surhumains pour remonter le moral de ses troupes et de la population, l’adversaire profite de cette perte pour lancer des opérations de plus en plus meurtrières sur l’ensemble de la Wilaya III. L’opération «Jumelles» déclenchée par le général Challe, commandant en chef des troupes françaises en Algérie, le 22 juillet 1959, décima des unités entières de l’ALN ; les cadres moururent les uns après les autres, mais l’ennemi ne vint jamais à bout de notre résistance malgré toute l’armada qui a été déployée.
Le général de Gaulle s’illustra par plusieurs tournées en Kabylie et du haut du «PC Artois» au col de Chellata, lança sa «fameuse» paix des braves qui n’eut aucun résultat. C’est aussi en cette période que l’adversaire lança des opérations de noyautage de l’ALN (affaire de la bleuite) qui causèrent beaucoup de dégâts dans les rangs de l’ALN. A cette opération de déstabilisation s’ajouta une autre affaire de dissidence montée par quelques officiers de la région 4 ; mais cette dernière affaire fut vite réglée par la clairvoyance de Si Mohand Oulhadj et de quelques cadres qui servirent d’intermédiaires entre les différents belligérants.
N’étant pas parvenu à écraser la Wilaya III par les armes et la déstabilisation psychologique, le général de Gaulle tenta une dernière diversion en envoyant comme émissaire le colonel Si Salah alors chef de la Wilaya IV auprès de Si Mohand Oulhadj. Faut-il rappeler que Si Salah a voulu négocier «la paix des braves» avec les autorités françaises qui lui demandèrent de rallier à sa cause les responsables de la Wilaya III? Si Salah, dès sa sortie de l’Elysée, est venu discrètement faire ses offres à Si Mohand Oulhadj qui, imperturbable, le renvoya en lui conseillant de poursuivre la lutte armée jusqu’à la victoire finale malgré toutes les pertes subies.
Dans cet univers de violence et de coups bas, les populations payèrent le plus lourd sacrifice à la révolution, des villages entiers ont été détruits et les populations sorties indemnes étaient regroupées dans des centres entourés de barbelés où l’officier SAS régna en maître des lieux en distribuant au compte-gouttes des tickets de rationnement.
La Wilaya III connut à partir de la fin de l’année 1959 sa descente aux enfers ; plus de 80% de l’ALN et de ses cadres furent décimés au cours de l’opération «Jumelles» et la résistance à l’ennemi devint aléatoire ; les djounoud ne recevaient plus d’armes et de munitions de l’extérieur, ils devaient coûte que coûte survivre et tenir le plus longtemps possible face à l’armée française et à ses commandos de chasse constitués de harkis et d’officiers français.
Dans ce contexte, l’ALN perdait du terrain, mais l’action diplomatique, elle, en gagnait, avançait même à pas de géant alors que les manifestations de décembre 1960-1961 en Algérie et en France réussirent à imposer une nouvelle tournure à la guerre, ce qui obligea la France à tenter des négociations avec le Gpra. Ce fut un réconfort inestimable pour les moudjahidine, et les gens avertis voyaient venir la fin du calvaire.
A la même période, un événement important s’est produit : j’étais alors responsable du PC des transmissions qui se trouvait dans la forêt d’Atrouche et nous possédions un poste émetteur-récepteur de type «Angrc.9» assez puissant pour émettre jusqu’au Caire ou plus facilement avec les bases de l’Est (Ghardimaou ou Nador) au Maroc. Ce poste nous a été envoyé par Si Abd Elhafid Boussouf du Maroc avec 3 opérateurs radio, un jeune Tlemcénien Tayeb et deux autres djounoud de la région dont Nourredine Khodja. Nous étions en contact permanent avec l’extérieur et en plus, nous nous servions de ce poste pour diffuser nos communiqués et très brièvement de la propagande car on craignait d’être repérés par l’ennemi grâce à leur gonio aérienne qui sillonnait la région.
Si Abd Elhafid Amokrane, éminent orateur, était chargé de cette mission de propagande et à force d’utiliser le poste, nous avions régulièrement droit aux bombardiers B.26 qui larguaient leurs bombes sur la région et aux salves d’artillerie lourde à partir du poste d’Acif-El-Hamam.
Nos jeunes opérateurs nous avaient bien mis en garde: il fallait réduire nos émissions au strict minimum de messages chiffrés. Notre code était à la portée des services français; à ce sujet, des mesures draconiennes ont été prises mais le danger était en fait à côté de nous sans que personne ne s’en rende compte.
L’utilisation de ce poste se faisait de deux manières, soit avec la génératrice, soit avec de grosses piles de 90 volts qui étaient introuvables. Un semblant d’opération militaire française a été déclenchée du côté de Larbaâ Nath Irathen et une pile piégée de 90 volts, celle justement qui nous manquait, une pile d’origine de Angrc-9 a été abandonnée sur le terrain ; elle a été trouvée et remise au commandant Si Ahcène Mahiouz par des citoyens, lequel l’a transmise au PC des transmissions. Par manque de ces piles d’origine, nos opérateurs ont modifié les fiches d’adaptation depuis déjà longtemps afin d’utiliser des piles civiles que les zones nous envoyaient. Nous avions un petit stock dans un abri et cette pile d’origine, tombée des cieux, nous la laissâmes de côté et en réserve pour une éventuelle pénurie. Entre-temps, elle me servit pendant quelques mois d’oreiller dans notre refuge sans me rendre compte que je dormais sur 2 kg de TNT.
Un jour, Si Mohand Oulhadj et Si Abdelhafid Amokrane étaient de passage au PC. Ils avaient l’intention d’y passer la nuit en notre compagnie comme ils avaient d’ailleurs l’habitude de le faire. Pour compléter la «djemââ» Si Mohand Oulhadj me demanda d’aller chercher le docteur Si Ahmed Benabid qui était dans son infirmerie à quelques encablures de là. Au retour, nous entendîmes une très forte explosion du côté d’où j’étais parti ; nous accélérâmes le pas et quelle ne fut notre horrible surprise lorsque nous découvrîmes des tôles de zinc éparpillées sur des centaines de mètres ; nos trois opérateurs furent déchiquetés par la déflagration et des morceaux de chair étaient accrochés aux arbres. Si Mohand Oulhadj et Si Abdelhafid Amokrane étaient grièvement blessés et se trouvaient projetés loin, gémissant sans secours dans cette immense forêt. Ils reçurent les premiers soins du Docteur Benabid et nous les emportâmes aussitôt à l’infirmerie de la Wilaya.
Plus de message, plus d’émission, plus de B.26 non plus. Tout contact avec l’extérieur était terminé, malgré l’apport d’un poste émetteur que Si Abderrahmane Mira nous ramena de Tunisie car nous n’avions plus d’opérateur radio.
Si Abdelhafid Amokrane et Si Mohand Oulhadj me racontèrent par la suite qu’en voulant entrer en contact avec le colonel Si Nacer alors chef d’état-major à Ghardimaou, les opérateurs radio ont voulu utiliser la pile qui me servait « d’oreiller », elle explosa entre leurs mains, quant à nos deux responsables, ils garderont définitivement les séquelles de leurs profondes blessures.
Lorsque le cessez-le-feu fut annoncé, nous nous sommes retrouvés ensemble dans cette forêt d’Akfadou qui nous a abrités pendant de si longues années. Personne ne croyait plus à ce miracle et ce jour-là, il y avait plus de larmes que de joie sur nos visages.
Le 19 mars 1962, au matin, nous étions tapis du côté de Tigounatine lorsque, pour la dernière fois, deux avions T.28 vinrent larguer leurs dernières bombes pas loin de l’endroit où nous étions : il était 11h45, nous sommes restés au même endroit, attendant la suite des événements jusqu’à fin avril. Le cessez-le-feu semblait respecté partout et Si Mohand Oulhadj qui avait reçu un message du «Rocher Noir» nous ordonna de monter au village le plus proche du côté d’Azazga, «Chorfa».
Nous étions une quinzaine de maquisards et nous nous mîmes à marcher par cet après-midi brumeux à travers la forêt lorsque nous fûmes surpris par des rafales d’armes automatiques: notre vieux cuisinier tomba, touché à mort. C’était le capitaine Si Amira qui venait en sens inverse et qui tira sur nous par mégarde croyant apercevoir une unité de l’armée française. Le destin a voulu, que ce vieux compagnon, qui nous a servi ses plats durant toute la guerre de Libération, ne partage pas avec nous la joie des fêtes de l’indépendance, tué par les siens! Ironie du sort! Une fois à Cheurfa, les liaisons se sont succédé avec «Rocher Noir» (actuellement Boumerdès). Nous étions enfin au milieu du peuple et nous eûmes droit à tous les honneurs.
Si Mohand Oulhadj convoqua son comité de wilaya pour consultation et au cours de la journée, un hélicoptère de l’armée française en provenance de Boumerdès vint se poser au village. A son bord, le colonel Allahoum, et quelques officiers de l’ALN. Ils nous avaient ramené tout un stock des accords d’Evian que nous devions distribuer aux zones pour application et en même temps ils devaient prendre les noms des officiers de la Wilaya III, qui devront siéger dans les différentes commissions de cessez-le-feu. A ce titre, je fus désigné avec Si Hamel Lamara comme représentant de la Wilaya III des sous-commissions locales devaient être également installées au niveau des zones.
Le colonel Allahoum et Si Mohand Oulhadj nous donnèrent lecture du contenu des «Accords d’Evian» et insistèrent sur leur stricte application ; nous devions faire face aux officiers français sans complexe et rendre compte de toutes les difficultés rencontrées. Après quoi, la délégation venue du Rocher-Noir devait repartir en fin de journée ; malheureusement, une épaisse brume est venue couvrir la région et l’hélicoptère ne put repartir: c’est ainsi qu’avec les deux pilotes français nous passâmes la nuit à Cheurfa après avoir mangé autour de la même table. Dans le courant de la nuit, des blindés sont venus en renfort d’Azazga pour assurer la sécurité de l’hélicoptère et de ses occupants. Le lendemain, à la faveur du beau temps, l’hélicoptère décolla avec ses passagers et Si Mohand Oulhadj nous acheta à Tizi Ouzou deux tenues civiles à Si Lamara et à moi-même.
Nous avions pour instruction de prendre attache avec un général français à Tizi Ouzou en ce qui concerne Si Lamara et un autre à Aïn-Arisa, (Sétif) par mon intermédiaire. Des «laisser-passer» en qualité de membres de commission de cessez-le-feu nous furent remis.
Pour ma part, je fis appel à Si Ahmimi Bencheikh de Seddouk pour venir me chercher et me déposer à Aïn Arnat en compagnie du commandant Si Ahmimi Fedal. A peine sortis d’Azazga, sur la route nationale, on se heurta à un barrage de l’armée française; surpris, nous ne savions quoi répondre aux soldats qui nous demandaient nos pièces d’identité. Je me suis souvenu alors du laisser-passer que j’avais en poche et tout fièrement je l’ai exhibé; le soldat se mit tout de suite à appeler ses camarades en criant: «Venez voir un fellaga.» Un capitaine qui se trouvait non loin de là vint à sa rescousse et par curiosité me posa quelques questions oubliant du coup le commandant Si Ahmimi, assis à mes côtés. Le soldat qui avait insisté pour la présentation des pièces d’identité s’éclipsa devant son capitaine qui lui fit savoir que le «fellaga» en question parle peut-être mieux que lui le français ; il nous salua et nous ouvrit la route.
Au carrefour de «Bourbatach» (au-dessus d’El Kseur), nous eûmes droit au même scénario devant un barrage de soldats français, mais nous ne rencontrâmes pas de difficulté et nous continuâmes notre route jusqu’à Takerietz, où un gros camion surgissant d’un tournant nous éjecta hors de la route, dans un fossé, ne causant que quelques dégâts à la voiture de Si Ahmimi Bencheikh. Le commandant Si Ahmimi Fadel, énigmatique comme d’habitude, observa : «La France ne nous a pas tués durant sept années de guerre et aujourd’hui nous avons failli périr dans un fossé». Par précaution, je ne me rendis pas directement chez moi à Seddouk et nous avons préféré être déposés au village de Takaatz.
Ce n’est qu’à la nuit tombée que je rentre à Seddouk, à la joie et à la surprise de toute ma famille qui sanglotait en me prenant dans ses bras ; mais parmi ces membres, un personnage important, mon père, manquait. Je compris tout de suite le grand silence qui répondit à ma question: «Où est mon père?» J’appris par la suite qu’il est décédé des suites des tortures subies au camp «DOP» de Béjaïa. La fête fut bien sûr gâchée et le lendemain, j’ai continué ma route sur Sétif. Dès que je me suis présenté à la base militaire d’Aïn-Arnat, je fus «royalement» reçu par le général commandant la 19e division d’infanterie.
Il était flanqué de quelques officiers dont un colonel et un commandant qui feront partie de la commission de cessez-le-feu. Nous discutâmes d’un peu de tout mais particulièrement du respect des «Accords d’Evian». Le général me demanda d’installer mon PC non loin de la base pour des commodités évidentes. Je lui ai proposé alors la maison de Laouamri qui se trouvait à quelques kilomètres de là, dans le petit village d’Aïn-Messaoud que je connaissais déjà pour y avoir séjourné pendant la guerre.
Aussitôt, le commandant Goussot, avec une équipe de soldats, m’accompagnèrent au village et une ligne téléphonique militaire fut installée entre Aïn-Arnat et Aïn-Messaoud. Tous les moyens ont été mis à ma disposition, dont un véhicule et un hélicoptère. Depuis ce jour, les contacts furent permanents entre nous et nos rapports étaient des plus conviviaux. Chaque réunion ou chaque déplacement était sanctionné par un procès-verbal conjointement signé.
Pour les premières missions, nous nous sommes surtout préoccupés de la libération des détenus qui se trouvaient dans différents centres d’internement et particulièrement celui de Ksar-Tir. La première visite de la commission, en présence cette fois du représentant de la Wilaya I, le capitaine Douadi Benali, nous avons obtenu la libération de plus de 700 prisonniers issus de différentes régions du pays.
Nous n’avons pas eu de gros problèmes à résoudre durant la période précédant le référendum d’auto-détermination. Il n’y a eu que quelques petits incidents dans la vallée de la Soummam et du côté de Tichy entre des unités de l’ALN et l’armée française, sans gravité, car nous intervenions très rapidement sur les lieux et les choses rentraient dans l’ordre.
Le gros problème que nous avons eu à résoudre à cette époque, c’était le départ des unités de l’armée française car à chaque fois, il fallait faire un état des lieux, établir des plans, signer les procès-verbaux et remplacer les unités de l’armée française par une unité de l’ALN ou tout au mieux assurer le gardiennage des lieux. Parmi les grandes bases que j’ai eu à réceptionner, citons l’émetteur de télévision de Megris sur les hauteurs de Sétif, la nouvelle piste d’atterrissage de l’aérodrome de Béjaïa non achevée ainsi que plusieurs casernes.
J’ai eu à traiter, comme me l’avait recommandé le colonel Si Mohand Oulhadj, de l’affaire de la récupération des corps des colonels Si Amirouche et Si Lhouès. La demande écrite de ma part à la partie française est restée lettre morte mais des assurances verbales m’ont été données à savoir que les corps ont été enterrés à Boussaâda et qu’il faudra faire revenir sur les lieux le commandant de ce secteur pour nous indiquer l’endroit exact. Les membres français de la commission ne voulaient pas s’engager dans cette affaire et nous répondaient souvent que l’on pouvait nous adresser aux citoyens de la région, faisant par là, allusion aux harkis qui avaient assisté à l’accrochage et qui pouvaient nous montrer l’endroit précis. C’est ce qui a été fait d’ailleurs quelques dizaines d’années après.
Pour ma part, j’ai rédigé dans ce sens un compte-rendu détaillé de mes démarches au colonel Si Mohand Oulhadj qui en a transmis une copie au ministère de la Défense.
Ce modeste témoignage s’adresse à la jeunesse de ce pays, à tous les vivants qui ne connaissent que partiellement l’histoire de la glorieuse révolution algérienne, aux compagnons de la lutte pour la Libération nationale accusés parfois de n’avoir rien dit, rien écrit pour la connaissance réelle de ce que furent sept années de guerre.
A notre «petit Amar» mais aussi grand que la majestueuse forêt d’Akfadou.
A Si Makhlouf, le sage fils de Si Mohand Oulhadj, je dis en votre nom à tous au «vieux père» de tous les moudjahidine qu’il repose en paix et que bientôt, nous le rejoindrons pour achever ce récit dans la stricte intimité de l’Au-delà.
Rachid ADJAOUT
publié par Rachid ADJAOUT dans: Histoire
El Mokrani (Hadj Mohammed)
A l?époque du bachaga El Hadj Mohamed El Mokrani, l?Algérie a connu une situation de troubles suite à la chute en 1870 du régime militaire qui s?était appuyé sur les bureaux arabes, lesquels, dans une sorte de défi lancé aux colons, avaient tenté de rapprocher les affaires des indigènes musulmans de l?administration coloniale. Cette politique fut contestée par les colons qui servait ?selon eux- plus les intérêts des indigènes que les leurs, même si c?est pour une part infime.
Partant de ce principe, l?administration civile avait pris la relève et fut chargée par les colons de transformer l?Algérie en patrie des colons, d?accaparer les biens des indigènes et de renvoyer ces derniers vers des régions tout justes bonnes pour y séjourner. A côté de cela, les conditions de vie dramatiques des Algériens, la spoliation des terres qui avaient entraîné des famines, des épidémies et la misère ont fini par avoir raison de ce qui subsistait du peuple algérien qui a souffert des conditions politiques inspirées par les colons et mises en place par l?administration coloniale.
Les causes de la résistance d?El Mokrani
Après la chute de l?Empire et la naissance de la république et après la défaite de Napoléon III face à Bismarck, le renversement du régime en place en France a eu un effet direct sur la situation intérieure en Algérie, caractérisée par la montée en puissance des colons à travers l?influence exercée par eux sur le gouvernement de Paris et l?appel fait aux autorités en Algérie ; situation inacceptable par le chef de Majana, le bachagha Mohamed El Mokrani.
Par ailleurs, Mohammed El Mokrani avait reçu en 1864 du général Devaux un blâme en raison de l?aide qu?il avait apportée à l?un des amis de son père, le cheikh Bouakkaz ben Achour. El Mokrani considéra cela comme une humiliation pour lui, pour sa famille et pour les habitants de sa région.
D?autre part, les autorités coloniales n?ayant aucune confiance en El Mokrani avaient procédé à la création d?une commune mixte à Bordj Bou Arréridj à la tête de laquelle avait été nommé l?officier Olivier. Cheikh El Mokrani a jugé que cette mesure portait atteinte à son influence politique dans la région, puisqu?il devenait ainsi un simple membre au sein du conseil municipal de la ville de Bou Arréridj, sans avis ni poids à opposer à la force des colons en matière de représentativité.
Les autorités d?occupation visaient, de ce fait, à réduire l?influence d?El Hadj El Mokrani en tant que leader politique. Celui-ci s?empressa donc de présenter sa démission de sa fonction de bachaga. Elle fut rejetée le 09 mars 1871 sous prétexte qu?elle n?était pas assortie d?un engagement de sa part à assumer la responsabilité de tous les évènements pouvant survenir dans les zones placées sous son autorité.
Cette attitude constitua également une autre cause du déclenchement de la résistance car elle était perçue comme une atteinte à sa dignité.
Par ailleurs, il y eut la famine qui avait touchée la région entre 1867 et 1868 faisait des milliers de victimes parmi les Algériens, dans l?indifférence totale de l?administration coloniale qui ne jugea pas nécessaire de porter secours aux indigènes. Ceci confirma une fois de plus à El Mokrani que pour la France, seuls ses intérêts en Algérie comptaient.
Parmi les causes objectives, il y avait également un motif religieux. En effet, l'Eglise exploitant les conditions sociales dramatiques des populations est allée vers elles , portant l'Evangile dans une main et les aides dans l'autre. Les indigènes se virent quasiment obligés de confier leurs enfants aux Pères Blancs pour leur éviter de mourir, même si c?est au prix de leur christianisation.
Parmi les causes politiques citées précédemment, le bachaga El Mokrani a vu dans le remplacement du régime militaire par le pouvoir civil le moyen d'asseoir la domination des colons européens sur les Algériens et les asservir. Ceci était stipulé par le décret du 24 octobre 1870 qui renforça El Mokrani dans sa conviction que cela allait accroître les souffrances endurées par le peuple algérien du fait des colons et des juifs naturalisés aux termes du décret de naturalisation promulgué par Crémieux lui-même juif. Ce qui fit dire au chef de l'insurrection de 1871, Cheikh Mohamed El Mokrani, sa célèbre phrase: " Je préférerais être sous un sabre qui me trancherait la tête mais jamais sous la houlette d'un juif». Suite à cela, il préféra s'en remettre à l'arbitrage de l'épée face à la nouvelle administration civile.
A cela, il faut ajouter les prêts contractés par El Mokrani auprès de la Banque d'Algérie et du juif Mesrine en raison de la famine qui avait décimé les populations de la région. Ce prêt étant destiné à aider les nécessiteux et les victimes de la famine, mais après le départ du gouverneur général militaire Mac Mahon et la prise en main du pouvoir par les autorités civiles, celles-ci refusèrent d'honorer l'engagement d'El Mokrani, lui créant ainsi une crise financière et l'obligeant, pour les habitants de sa région, à hypothéquer ses biens et devenir ainsi victime des abus de pouvoir des colons et des juifs.
D'autre part, la politique raciste appliquée par la nouvelle administration à l'égard des Algériens employés dans la réalisation de la route reliant Alger à Constantine a accéléré le déclenchement de l'insurrection. En effet, l'administration pratiquait de fait une ségrégation en matière de salaires et de nature des travaux. Ainsi, les salaires les plus bas étaient attribués aux Algériens qui étaient affectés aux travaux les plus pénibles, sachant que les ouvriers issus pour la plupart de la ville d'El Bordj feraient part de leurs souffrances au bachaga El Mokrani pour qu'il y mette un terme. Il y procéda en utilisant une partie de ses biens propres afin de soulager leurs souffrances.
Les étapes de la résistance d'El Mokrani et rôle du Cheikh El Haddad
1- Phase de déclenchement
Après l'encerclement au cours du mois de février 1871 des troupes françaises dans le fort de la ville d'El Milia par les habitants d'Ouled Aïdoun, l'insurrection déclenchée à Souk Ahras sous la direction de Mohammed El Kablouti et les spahis ainsi que la résistance à Laghouat de Bennaceur Ben Chohra et du Chérif Bouchoucha , furent autant d'évènements importants qui constituèrent les prémices de la première phase de l'insurrection d'El Mokrani, déclenchée le 16 mars 1871 après qu'il eut présenté pour la deuxième fois sa démission de son poste de bachaga le 27 février 1871.
Le déclenchement effectif fut marqué par la restitution au ministère de la guerre de son insigne de bachaga à savoir le burnous, ainsi que la tenue d'une série de réunions avec ses hommes et les hauts dirigeants dont la dernière fut la réunion élargie à caractère martial tenue le 14 mars 1871.
Le 16 mars, débuta son avancée vers la ville de Bordj bou Arréridj à la tête d'une troupe estimée à sept mille cavaliers dans le but de l'encercler et faire ainsi pression sur la nouvelle administration coloniale.
2- Phase de généralisation de l'insurrection; émergence du Cheikh El Haddad et des frères de la Rahmania
Après l'encerclement de la ville d'El Bordj, l'insurrection s'est étendue à travers de nombreuses régions de l'Est Algérien, arrivant jusqu'à Miliana, Cherchell, Jijel, Collo ainsi qu'El Hodna, M?sila, et Bousaâda auxquelles il faut ajouter Touggourt, Biskra, Batna et Ain Salah.
C'est dans de telles circonstances que quelques dissensions sont apparues entre les zaouias de la région de Kabylie, dont la zaouia Rahmania à Seddouk et les zaouias de Chellata et Illoula. Ces dissensions se propagèrent au sein même de la famille d'El Mokrani, divisée en deux fractions : la faction du bachaga El Mokrani avec pour siège Majana, alliée au bachaga de Chellata, Ben Ali Chérif, et la faction du bachaga Mohamed Ben Abdesslam El Mokrani, caïd de Ain Taghzout, à l'est de Bordj Bou Arréridj qui était l'ami de Cheikh Aziz, caïd de Amoucha et la famille de Cheikh El Haddad.
Devant cette situation qui ne servait pas la lutte déclenchée par El Mok